Le gouvernement français, qui craint de voir son réseau de la santé submergé par l’épidémie de COVID-19, a demandé lundi à la population de restreindre de façon draconienne ses déplacements pour une période minimale de deux semaines afin de pouvoir gagner la « guerre » sanitaire en cours.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

« Je vous demande de rester chez vous, je vous demande aussi de garder votre calme », a déclaré le président Emmanuel Macron lors d’une allocution diffusée en soirée.

Le chef d’État, qui parlait de l’Élysée, a précisé que seuls les « trajets nécessaires » permettant de faire des courses, d’obtenir des soins de santé, de faire de l’activité physique en solitaire ou encore de se rendre au travail seraient autorisés.

Il a précisé qu’il « y aura des contrôles » et que « toute infraction sera sanctionnée », sans détailler si des forces de sécurité additionnelles seraient déployées à cette fin.

Le président a souligné à l’appui de sa décision qu’il était impératif, pour freiner l’épidémie, de réduire les contacts humains « au-delà du foyer » le plus possible.

« Nous sommes en guerre. […] L’ennemi est là, insaisissable et qui progresse. Cela requiert notre mobilisation générale », a-t-il martelé en écorchant au passage les Français qui ont fait peu de cas jusqu’à maintenant des risques posés par le virus.

PHOTO LUDOVIC MARIN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Emmanuel Macron, président de la République française, s’est adressé lundi, de l’Élysée, à ses concitoyens.

« Non seulement vous ne vous protégez pas, mais vous ne protégez pas les autres », a déclaré Emmanuel Macron, après avoir évoqué le fait que de nombreux Français ont continué durant la fin de semaine à se réunir dans des lieux publics malgré les appels du gouvernement.

Système de santé submergé

Les restrictions sur les déplacements, qui sont assorties d’aides financières importantes visant à atténuer l’impact économique de la crise pour les particuliers et les entreprises, surviennent alors que certains segments du système de santé français sont submergés de cas.

Malgré les efforts des dernières semaines, leur nombre continue de doubler tous les trois jours et atteignait lundi 6633, en hausse de 1210 sur une période de 24 heures.

Les lits de réanimation commencent à manquer, notamment dans l’est du pays, près de la frontière avec l’Allemagne, où l’État prévoit maintenant installer un hôpital de campagne des forces armées pour réduire la pression.

Le quotidien Le Figaro rapportait dans son numéro de lundi les propos d’un médecin réanimateur de Metz, qui parle d’une situation « très tendue ».

Il a prévu que lui et ses confrères risquaient bientôt d’être obligés, comme leurs homologues italiens, d’imposer des « limitations thérapeutiques » pour pouvoir venir en aide aux patients ayant le plus de chances de survivre à l’infection.

« Au-delà d’un certain âge ou d’un certain nombre de comorbidités [d’autres maladies, comme une insuffisance cardiaque ou un cancer], les patients ne pourraient malheureusement plus être admis en réanimation », a-t-il prévenu.

Dans une lettre ouverte, l’éditeur adjoint du journal La Repubblica, Gianluca Di Feo, a déploré lundi que l’Union européenne (UE) n’ait pas organisé de réponse coordonnée pour garantir que les pays membres disposent de vêtements de protection et de respirateurs en quantité suffisante pour affronter la crise.

Restrictions aux frontières

Ce manque de cohésion se manifeste aussi depuis quelques semaines dans la gestion des frontières.

Plusieurs États européens ont imposé des restrictions ou des fermetures aux frontières avec d’autres pays de l’UE, évoquant l’urgence sanitaire pour freiner la libre circulation normalement prévue dans l’espace Schengen.

PHOTO BENOIT TESSIER, REUTERS

Des voyageurs patientent à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, près de Paris, lundi.

Emmanuel Macron, qui critiquait ces mesures « internes » à l’Europe, s’est félicité lundi lors de son allocution de la volonté nouvellement affichée de la Commission européenne d’interdire les voyages « non essentiels » vers l’UE pour une période initiale d’un mois.

« Moins il y a de voyages, plus nous pouvons contenir le virus », a relevé la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, qui insistait la semaine dernière sur le fait que l’Organisation mondiale de la santé jugeait inefficace ce type de mesure.

Les dirigeants des pays membres doivent tenir ce mardi une vidéoconférence pour entériner la proposition.

D’autres États comme la Russie, le Canada et le Chili qui luttent contre l’épidémie ont annoncé des mesures similaires lundi, témoignant de l’importance du mouvement de fermeture des frontières en cours à l’échelle de la planète.