(Paris) Les marchés boursiers européens ont ouvert en chute libre lundi malgré l’offensive des banques centrales du monde entier face au choc de la pandémie de COVID-19 dont le bilan, principalement en Europe, s’aggrave de façon exponentielle, poussant les États à confiner leurs populations et à fermer leurs frontières.

Laurence CHABERT avec les bureaux de l'AFP dans le monde
Agence France-Presse

La Réserve fédérale américaine (Fed) a brutalement baissé ses taux d’intérêt à zéro dimanche, tout en participant à une action mondiale concertée des banques centrales pour approvisionner le monde en liquidités. La Fed a ainsi annoncé l’achat de 500 milliards de dollars de bons du Trésor et de 200 milliards de dollars de titres hypothécaires pour soutenir les marchés.

Mais ces annonces n’ont pas suffi à rassurer et les Bourses ont plongé à l’ouverture en Europe, après avoir piqué du nez en Asie-Pacifique (-9,7 % à Sydney, une chute historique). Les marchés sont tétanisés par les craintes d’une récession face à une épidémie qui semble ralentir dans son berceau asiatique, mais se propage sur les autres continents.

Et ce alors que les conséquences économiques du coronavirus s’annoncent de plus en plus catastrophiques. L’Union européenne anticipe une récession en 2020 « de 2 à 2,5 % », a annoncé lundi le commissaire européen chargé du Marché intérieur Thierry Breton.

La Chine a fait état lundi du premier recul de sa production industrielle en près de 30 ans et d’un effondrement des ventes de détail.

Le numéro un mondial du tourisme, l’allemand TUI, a suspendu la majeure partie de ses activités comme les voyages à forfait et les croisières. IAG, la maison-mère de British Airways, prévoit une réduction de sa capacité de vols d’« au moins 75 % » en avril et mai  et Easyjet avertit d’un possible « maintien au sol de la majorité de ses avions ».

Le nombre de cas de COVID-19 recensés dans le monde s’établissait dimanche à 13 h à 159 844 cas recensés dans le monde, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles.

L’Allemagne se ferme

La maladie a tué 6420 personnes dans le monde, dont plus de 2291 en Europe, devenue « l’épicentre » de la pandémie selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et l’Italie et l’Espagne, où les contaminations explosent, sont particulièrement touchées.

Il y a désormais plus de décès recensés ailleurs dans le monde (3221) qu’en Chine (3199). Point de départ de l’épidémie et pays le plus frappé, la Chine semble avoir enrayé la propagation du virus avec seulement 16 nouveaux cas lundi, dont 12 importés de l’étranger.

De nombreux pays cherchent à se protéger en s’isolant toujours plus, jusqu’à l’intérieur de l’Union européenne, mettant à mal le principe européen de libre circulation.

L’Allemagne a mis en œuvre lundi à 3 h ses contrôles aux frontières avec cinq pays annoncés dimanche – France, Autriche, Suisse, Danemark, Luxembourg. Des policiers allemands ne laissaient passer que les transports de marchandises et les travailleurs transfrontaliers.

La Russie, la République tchèque, l’Argentine, la Colombie ou encore le Guatemala ont eux aussi annoncé dimanche la fermeture totale ou partielle de leurs frontières.

Pays le plus touché en Europe par la pandémie, l’Italie a enregistré dimanche un nombre record de 368 nouveaux décès en 24 heures, qui porte le nombre des morts à 1809.

Le premier ministre italien Giuseppe Conte a appelé à « une coordination européenne » dans les domaines de la santé et de l’économie pour affronter le coronavirus, avertissant que son pays n’avait pas « encore atteint le pic » de contagions. « Le moment est arrivé de faire des choix courageux et l’Italie peut offrir une contribution significative, en tant que pays qui a connu en premier une diffusion aussi large du virus », dit-il dans un entretien lundi au quotidien Il Corriere della.

Sommet du G7 par visioconférence

M. Conte doit participer lundi à un sommet extraordinaire du G7 par visioconférence pour coordonner la lutte contre le coronavirus dans les domaines sanitaire, économique, financier et de la recherche.

Deuxième pays le plus touché d’Europe, l’Espagne a confiné sa population et décrété l’état d’alerte pour 15 jours.

En France (127 morts et 5423 cas avec plus de 400 personnes hospitalisées en état grave), la situation « est très inquiétante » et « se détériore très vite », a averti lundi le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, « le nombre de cas double tous les jours » .

Le pays a fermé depuis dimanche restaurants, bars, discothèques, cinémas, écoles et universités, mais maintenu ses élections municipales avec une participation qui s’est effondrée.

L’Autriche (602 cas samedi) a interdit les rassemblements de plus de cinq personnes et limité les déplacements au strict nécessaire.

Les Pays-Bas et le Luxembourg ont également ordonné dimanche la fermeture des lieux et commerces accueillant du public et l’Irlande celle des pubs.

Aux Pays-Bas, le gouvernement a ordonné la fermeture des écoles, bars, maisons closes, et aussi celle des coffee shops, devant lesquels de longues files d’attente s’étaient formées après l’annonce, les clients voulant assurer leur approvisionnement en marijuana.

L’état d’urgence a été décrété en Serbie pour une période indéterminée, et l’armée va être mobilisée pour contribuer à la lutte contre la pandémie. Le Pérou, la Bolivie et l’Équateur ont eux aussi imposé de sévères restrictions de mouvements à leur population.

Les six monarchies arabes du Golfe, qui ont suspendu leurs liaisons aériennes et comptent 1000 cas, notamment au Qatar) ont enregistré leur premier décès lié au coronavirus, à Bahrein.

La population libanaise doit rester confinée chez elle deux semaines et l’aéroport international de Beyrouth fermera à partir de mercredi jusqu’à fin mars.

L’Iran, troisième pays le plus touché au monde, a annoncé 113 décès supplémentaires (724 morts au total, 13 938 cas). Les autorités ont demandé aux habitants d’ « annuler tous leurs voyages et de rester chez eux » et ont fermé le cœur du sanctuaire chiite de Machhad.

Le Maroc a suspendu tous les vols internationaux, mais des avions spéciaux ont été autorisés pour rapatrier les touristes européens bloqués.

Aux États-Unis, où les nouveaux contrôles pour les Américains rentrant d’Europe ont provoqué le chaos dans les aéroports, les villes de New York et Los Angeles ont ordonné à leur tour la fermeture des bars, restaurants et boîtes de nuit. À Las Vegas, MGM a fermé ses 13 hôtels et casinos.

Le Chili, imité par le Pérou, a fermé ses ports aux navires de croisière, après la mise en quarantaine de deux d’entre eux avec environ 1300 personnes à bord.

Un autre navire, avec 3700 personnes, est en quarantaine en Nouvelle-Zélande qui a également interdit toute escale aux bateaux de croisière jusqu’au 30 juin.