Afin de protéger les aînés de la COVID-19, le premier ministre François Legault a interdit samedi toutes les visites dans les résidences de personnes âgées et les hôpitaux, en plus de demander aux Québécois de 70 ans et plus de ne quitter la maison qu’en cas de nécessité absolue. Si la plupart des aînés prennent le confinement avec philosophie, des aidants se demandent comment ils pourront aider leurs proches vulnérables.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Pour René Langlois, c’est une belle routine qui vient de s’interrompre brutalement. Tous les jours, le grand-papa avait l’habitude d’aller chercher sa petite-fille de 11 ans à la sortie des classes, puis de l’aider à faire ses devoirs. Il restait habituellement à souper avant de rentrer dans sa résidence pour aînés.

Aujourd’hui, non seulement l’école de sa petite-fille est fermée, mais on interdit à M. Langlois de recevoir des visiteurs. L’homme, qui soufflera ses 80 bougies dans quelques mois, entame néanmoins son isolement forcé avec philosophie.

« J’ai un petit chat, alors je lui fais la conversation. Il fait ses vocalises, et quand il voit que je suis encore en vie, il retourne faire son petit bonhomme de chemin », lance M. Langlois avec humour, disant comprendre la série de mesures annoncées samedi par le premier ministre François Legault.

Je sais pertinemment que si tous les aînés tombent malades en même temps, ça va boucher les hôpitaux. Rendu à 80 ans, si tu n’es pas capable de comprendre cette logique, c’est qu’il y a un problème.

René Langlois

À l’image de René Langlois, les principaux groupes d’aînés ont accueilli somme toute favorablement les nouvelles mesures visant à protéger la tranche de la population la plus vulnérable à la COVID-19.

« Il faut faire preuve de solidarité, il faut protéger nos aînés. Nous appuyons la demande de confinement du gouvernement et nous demandons à tous nos membres de la respecter », dit Gisèle Tassé-Goodman, présidente du Réseau FADOQ (auparavant la Fédération de l’âge d’or du Québec). L’association avait tenu des discussions avec le ministère de la Santé et des Services sociaux la veille de l’annonce.

« Ça a l’air gros, et quand j’ai entendu ça, j’avoue que j’ai fait : oh ! Mais les aînés sont vraiment le groupe le plus à risque et il fallait envoyer un message clair. On est contents que M. Legault nous parle comme ça. Quand c’est flou, les gens sont encore plus inquiets », dit Judith Gagnon, présidente de l’Association québécoise de défense des droits des retraités et préretraités (ADQR).

Une proche aidante inquiète

Si elle dit comprendre l’objectif des mesures du gouvernement, Caroline Hill avoue avoir le cœur brisé. Sa mère souffre de démence à corps de Lewy et se trouve en CHSLD. Presque chaque jour, Caroline Hill et sa sœur se relaient pour la visiter. Vendredi, elles ont appris que leur mère ne recevrait qu’un bain par semaine à cause d’un manque de préposés.

« Interdire les visites a du sens, du moins pour une courte période. Mais étant donné que les personnes en CHSLD ont très souvent besoin de leurs proches aidants pour les soins et l’alimentation, je suis inquiète pour ma mère. Je lui ai parlé au téléphone tout à l’heure et elle pleurait. C’est déchirant pour nous deux », a confié Mme Hill à La Presse. Elle dit souhaiter une exception pour des cas semblables et se dit prête à mettre des gants et un masque ou se plier à toute autre exigence sanitaire pour voir sa mère.

Le confinement suscite d’autres questions pratiques. Lise Martel, 72 ans, se dit aussi en accord avec son instauration. Cours à l’université du troisième âge, club de lecture, diffusion de spectacle d’opéra au cinéma : toutes ses activités, de toute façon, ont été annulées.

Avant même l’annulation, j’avais décidé de n’aller nulle part, même pas voir un film.

Lise Martel

Mais mardi prochain, elle a un rendez-vous préparatoire pour une opération visant à traiter la cataracte, prévue pour dans quelques mois. Doit-elle se rendre comme prévu dans une salle d’attente bondée, avec les risques que cela comporte ? Ou serait-il préférable qu’elle reste chez elle ? Elle avoue avoir hâte d’avoir un son de cloche de sa clinique.

Le mécontentement fait place à la compréhension

Nadine Lapierre est directrice des ressources humaines et porte-parole chez Horizon gestion de résidences, qui gère six résidences pour personnes âgées dans la région de Montréal, en plus de deux autres en Ontario. Elle convient que l’interdiction de visite suscite beaucoup de discussions chez ses clients.

« Ce sont des mesures très contraignantes et, oui, on a eu des gens qui n’étaient pas du tout contents. C’est samedi [14 mars], il fait beau, et bien des proches qui n’avaient pas regardé les nouvelles se sont présentés pour des visites. Mais quand on prend le temps de leur parler, la grande majorité des résidants et des familles comprennent », dit-elle.

Elle tient à dire que son groupe fera appliquer les mesures et qu’il est favorable à celles-ci.

« Je suis très heureuse des réactions de notre gouvernement. Je trouve qu’il est clair, qu’il réagit vite et qu’il envoie des messages cohérents », dit Mme Lapierre.

Nicole Claing, présidente de la section Richelieu-Yamaska de l’Association des retraitées et retraités de l’enseignement du Québec, souligne combien les choses changent vite. Pas plus tard que jeudi, le groupe a tenu une assemblée de 80 personnes sans trop se poser de questions. Mais un Quillothon, prévu pour samedi, a été annulé sans hésitation.

« Je pense que les gens vont respecter les nouvelles mesures, dit-elle. C’est frustrant pour les grands-parents, notamment, qui aimeraient tellement garder leurs petits-enfants. Mais leur santé, les gens prennent ça au sérieux. Ils comprennent. »