De grandes chaînes de résidences pour aînés sont prêtes à fermer les portes de leurs installations aux visiteurs, en cas de besoin, alors que le réseau public commence à bannir le public de certains de ses centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD).

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Les installations du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (2 hôpitaux et 15 CHSLD) sont devenues les premières hier à suspendre toutes les visites aux résidents et aux patients. Seuls les patients de moins de 18 ans peuvent être accompagnés d’un de leurs parents.

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La veille, jeudi, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a annoncé que toute personne qui arrive de l’étranger ou présente des symptômes grippaux devait s’abstenir de visiter une résidence pour aînés.

Les autres devraient tout de même y penser à deux fois avant de s’y rendre. « Si on n’est pas obligés d’aller visiter nos personnes vulnérables dans les CHSLD, qu’on s’abstienne, a-t-elle dit. Normalement, je vous dis le contraire ! » 

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

C’est que les personnes âgées et celles dont le système immunitaire est faible sont particulièrement à risque de développer des problèmes de santé graves, voire de mourir, si elles contractent la COVID-19.

« Dans ce contexte, seul le personnel sera admis dans les sites concernés, et ce, jusqu’à nouvel ordre », indique le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal dans un communiqué. 

« Je comprends les contraintes reliées à cette demande, mais c’est en multipliant de tels gestes que nous arriverons à limiter la propagation de la COVID-19 et ainsi assurer, dans la mesure du possible, la sécurité des populations vulnérables », a ajouté le grand patron de l’organisation, Sylvain Lemieux, qui comprend notamment l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’hôpital Santa Cabrini.

En après-midi, les autorités sanitaires américaines ont annoncé qu’elles suspendaient les visites dans toutes les résidences pour aînés sous leur autorité, sauf situations exceptionnelles, comme une mort imminente.

Soupeser les effets

Du côté du réseau privé, les gestionnaires de résidences fourbissent leurs armes et promettent de redoubler leurs mesures de précaution.

Au Groupe Excellence, propriétaire de cinq complexes, Giovanni Migliara a indiqué que les visites n’étaient pas suspendues, mais « modérées ». « On demande aux gens de venir seulement au besoin », a-t-il indiqué en entrevue téléphonique.

Chartwell, le Groupe Maurice et les Résidences Soleil ont indiqué qu’elles se tenaient prêtes à obéir à toute instruction de la Santé publique.

Le professeur Philippe Voyer, spécialiste des milieux de vie pour aînés à la faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, a souligné que les milieux de vie qui accueillent des aînés avaient l’habitude de devoir faire face à des restrictions d’accès en lien avec des maladies contagieuses et qu’il fallait faire confiance aux autorités de la Santé publique.

M. Voyer a souligné que, du côté des résidences qui accueillent des aînés très vulnérables, la volonté de ralentir la propagation du virus devait être soupesée et mise en parallèle avec les effets d’un isolement.

« Il faut trouver un juste équilibre, a-t-il dit, parce qu’une personne qui a un problème cognitif, la maladie d’Alzheimer, par exemple, et qui reçoit sa conjointe chaque jour y trouve du réconfort et du soutien psychologique. […] L’isolement peut entraîner des effets négatifs sur le plan de l’anxiété, du sommeil, des comportements. »