La décision de Québec de fermer les écoles et les garderies pour les deux prochaines semaines a été accueillie avec soulagement par les parents et les enseignants, qui estiment que c’était la bonne chose à faire. Or, pour certains, faire garder les enfants sera un véritable casse-tête.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Le gouvernement Legault a annoncé vendredi que les garderies, les écoles, les cégeps et les universités seraient fermés pour les deux prochaines semaines en raison de la pandémie de COVID-19.

« Contrairement au bordel qui a été créé dans les points de presse des deux derniers jours, je pense que le ministre a été très clair à la fin du point de presse en disant que tout le monde reste à la maison », dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE).

Les syndicats d’enseignants avaient dénoncé au cours des derniers jours les directives données par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qu’elles jugeaient « incomplètes » et « à géométrie variable ».

« Je pense que c’est la bonne décision qui a été prise considérant la situation dans laquelle on se retrouvait, les inquiétudes qu’on avait », dit Sylvain Malette, président de la Fédération autonome de l’enseignement. La décision de fermer les écoles vient régler certaines inquiétudes, par exemple la question des enfants et enseignants qui rentraient de voyage.

En point de presse vendredi, le ministre de l’Éducation a estimé que si les écoles restaient fermées deux semaines, il ne serait pas nécessaire de « prévoir toutes sortes de mécanismes de rattrapage ». « C’est moins long que ce qu’on a déjà vécu avec la crise du verglas, on a confiance que nos jeunes et nos moins jeunes […] vont être capables de rattraper [le retard] sans mesures particulières », a affirmé Jean-François Roberge.

La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) estime que la décision de Québec aura un « effet sur la réussite des élèves », mais ajoute que la santé et la sécurité priment toute autre considération.

Inquiétudes dans le milieu de la santé

Dans le milieu de la santé, la situation est particulièrement critique puisque le personnel doit être au travail.

Le directeur du Groupe de médecine de famille universitaire (GMFU) de Verdun, le Dr Daniel Murphy, estime que le tiers de ses 100 professionnels, qu’il s’agisse des infirmières, des médecins ou des résidents en médecine, sont à la recherche d’une solution pour faire garder leurs enfants.

« En ce moment, on essaie de réduire nos activités non essentielles pour répondre à la demande, dit-il. Beaucoup de patients nous demandent de faire des tests. »

Père d’un enfant du primaire qu’il élève seul, le Dr Murphy s’estime chanceux d’avoir une « super bonne gardienne » qui peut le dépanner, d’autant plus que l’enfant de cette dernière est en congé puisque son école est fermée. Mais il sait très bien que ce n’est pas le lot de la majorité de ses collègues.

Une travailleuse de la santé de la région de Montréal qui a contacté La Presse se demande ce qu’elle et son mari, qui est médecin, feront au cours des prochaines semaines. Le couple a trois jeunes enfants et aurait souhaité un plan où un des conjoints puisse rester à la maison.

« Entre mon mari et moi, ce serait préférable que ce soit lui qui travaille », dit la femme qui fait des visites à domicile chez des personnes en fin de vie. « Je vais essayer de trouver des gardiennes pour aller travailler au moins trois jours par semaine », dit-elle. Elle a souhaité ne pas être nommée par crainte de représailles de son employeur.

C’est un vrai problème pour la plupart des gens dans le réseau. Des membres de mon personnel font des arrangements avec leur conjoint pour garder les enfants. Mais on ignore combien de temps ça va durer.

Le Dr Daniel Murphy

En attendant, pas question d’amener les enfants au GMFU, un milieu où il y a des gens malades.

Le Dr Murphy pense que deux ou trois employés pourraient se mettre ensemble pour partager les tâches de gardiennage de leurs enfants. « C’est quelque chose qui pourrait fonctionner », dit-il, ajoutant que jamais dans le passé il n’a eu à jongler avec une situation pareille.

Deux médecins de son GMFU sont en quarantaine parce qu’ils ont voyagé durant la semaine de relâche. D’autres ont été appelés en renfort dans des hôpitaux.

Le Dr Murphy s’attend à ce que des employés tombent au combat au cours des prochaines semaines.

« Des médecins vont tomber malades, on sait qu’on va attraper le virus même si on prend toutes les mesures de protection nécessaires : masque, lavage des mains, lavage des poignées de porte et des salles… La clinique est en première ligne. »

Est-il inquiet ?

« Oui, répond-il. Je ne sais pas si je vais être capable de fournir à la demande. J’ai peur du taux de mortalité dans la population en général. On ne veut pas que les gens meurent. »

Réunir des amis

Tristan Hamer a eu une idée pour ceux qui ne peuvent appeler les grands-parents en renfort en ces temps de coronavirus : réunir des amis pour offrir un service de gardiennage.

« Je pense qu’il faut chercher par tous les moyens à se rendre utile pour ralentir la propagation du virus », explique-t-il.

Ce jeune homme de 17 ans a écrit à son groupe d’amis, des élèves du secondaire et du cégep, jeudi, pour leur demander leur aide. « Les gens sont au courant qu’ils s’engagent pour longtemps, dit-il. On sait que la crise ne sera pas réglée dans deux semaines. »

Une quinzaine de personnes ont répondu présentes, dont Sarah Kroitor, élève, comme lui, du cégep Dawson. D’autres vont s’ajouter dans les jours qui viennent.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Sarah Kroitor, élève du cégep Dawson

« Au départ, on était tous des anciens de l’école FACE », précise Sarah.

La page Facebook du groupe a été créée en soirée jeudi. Son nom : MTL Babysitting.

« Nous savons que de nombreux parents devront travailler et peuvent avoir besoin de quelqu’un pour s’occuper de leurs enfants pendant la journée en raison de la fermeture des écoles. Nous comprenons également que tout le monde ne peut pas se permettre une gardienne à temps plein. Nous vous demandons donc de ne payer que ce que vous pouvez payer (même si ce n’est rien). N’hésitez pas à nous contacter si ce service vous intéresse », peut-on y lire.

En milieu de journée vendredi, la page avait été partagée plus de 300 fois.

« C’est important de faire ça en temps de crise, souligne Sarah Kroitor, 18 ans. Beaucoup de parents ne peuvent pas travailler si leurs enfants ne vont pas à l’école. Nous, on veut juste aider. »

À partir de lundi, les élèves qui acceptent de travailler bénévolement seront jumelés à une famille qui a des besoins de gardiennage, en fonction du quartier où ils habitent et de la langue parlée à la maison, français ou anglais.