(Québec) Des Québécois pris aux quatre coins du monde tentent désespérément de rentrer au pays le plus vite possible, mais sont incapables de joindre leur compagnie aérienne et sont confrontés à une flambée des prix des vols.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Au même moment, tant le gouvernement fédéral que le premier ministre du Québec, François Legault, exhortent les Canadiens à l’étranger à rentrer au pays le plus vite possible.

« Nous recommandons aux voyageurs canadiens de revenir au Canada par des moyens commerciaux pendant qu’ils sont encore disponibles », a déclaré samedi le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Mais la chose n’est pas si simple selon plusieurs Québécois à qui La Presse a parlé. Ceux-ci tentent d’écourter leur voyage pour rentrer au pays avant une fermeture éventuelle des frontières à cause du COVID-19. Mais le parcours est semé d’embûches.

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« On a pris notre retraite et on est partis en Thaïlande en janvier. On devait rentrer en avril. Mais là l’insécurité est plus grande que le plaisir. On a besoin d’être rassurés. On veut rentrer », lance au bout du fil Marie-France Simard.

Elle et son conjoint n’ont pas été capables de modifier leur billet de retour avec Air Canada. « Ça fait trois jours qu’on les appelle continuellement. Ils ne peuvent même pas nous mettre en attente. La ligne coupe automatiquement », explique Mme Simard.

Pendant ce temps le prix des vols de retour a explosé dit-elle. Pour deux billets aller simple de la Thaïlande à Montréal, elle a trouvé un vol d’Air Canada qui leur coûterait… 4000 $. « Il y a de l’abus quelque part », dénonce la dame.

On est très inquiets. On aimerait rentrer au Québec même s’il n’y a plus de papier de toilette !

Mme Simard, qui a tout de même conservé un bon sens de l’humour

Cette situation ressemble à celle de Danielle Nepveu, prise à Malaga en Espagne avec son conjoint. Une clause leur permettait de modifier leur vol de retour avec Air Transat pour 600 $. Ils étaient prêts à le faire, mais ont été incapables de joindre l’entreprise pour procéder au changement malgré plusieurs tentatives.

La situation sanitaire en Espagne se détériore rapidement. « On devait se rendre en Catalogne, mais la Catalogne est confinée. On a vu des photos dans les journaux espagnols des soldats et des policiers sur la route qui font des barrages, raconte Mme Nepveu. En plus tout sera fermé à Barcelone, semble-t-il. »

Ils ont donc trouvé un vol aller simple de Paris vers Montréal à 600 $ avec Air Transat. Le temps d’y réfléchir, le prix avait bondi à 1800 $ par personne. « Payer 3600 $ pour un aller simple Paris-Montréal ! On trouve ça ordinaire de voir que des entreprises profitent de la situation. »

Dans les deux cas, ces Québécois sont partis à l’étranger il y a plus d’une semaine, bien avant que la panique du coronavirus ne s’empare du Québec.

« L’offre et la demande »

Air Canada reconnaît recevoir « un volume d’appels élevé en raison du coronavirus et des récentes mesures annoncées, ce qui entraîne des temps d’attente inhabituels ». La situation est similaire chez Air Transat, qui invite ses clients à utiliser un formulaire en ligne.

Vu le nombre extrêmement élevé de demandes, le délai de traitement peut prendre jusqu’à quelques jours .

Debbie Cabana, porte-parole d'Air Transat

Questionnée quant à la flambée des prix de certains billets en pleine crise du coronavirus, la porte-parole d’Air Canada, Pascale Dery, explique : « concernant la fluctuation du prix des billets, celle-ci reflète l’offre et la demande, comme d’habitude. »

La Presse a fait une recherche samedi vers 15 h sur le site d’Air Canada. Pour un aller simple lundi de Paris vers Montréal, le transporteur offrait plusieurs billets à partir de 3300 $ en classe économique. Inversement, un aller simple de Montréal en direction de Paris était affiché pour 1000 $ sur le site d’Air Canada. Les billets pour rentrer au pays étaient donc trois fois plus chers.

« Normal », dit Legault

Le premier ministre du Québec, cofondateur d’Air Transat, a invité les Québécois à rentrer le plus vite possible.

« Si j’avais un conseil à donner aux personnes qui sont à l’étranger, si vous avez la possibilité de trouver une place pour revenir dès maintenant, faites-le parce que dans les prochains jours, il va y avoir de moins en moins de vols », a prévenu M.  Legault.

Selon lui la situation actuelle, avec la flambée de certains prix, s’explique bien. « C’est normal, parce qu’actuellement, il y a beaucoup d’annulations de vol. Les compagnies aériennes, là, ont vu une chute drastique de leurs réservations, donc c’est certain qu’il y a beaucoup de vols d’annulés », a dit le premier ministre.

« Ce n’est pas rassurant, mais en même temps, bon, il faut effectivement être capable de dire la vérité aux Québécois : il va y avoir de moins en moins de vols », dit-il.

M.  Legault a réitéré sa consigne : les Québécois ne devraient pas partir à l’étranger pour des voyages non essentiels.

« D’abord, ce n’est pas une bonne idée de sortir, justement, parce que ça va peut-être être difficile de rentrer, puis ceux qui ne sont pas encore rentrés, bien, c’est le temps de le faire. »