Un vaccin québécois testé dès l’été prochain. Des recherches abandonnées dans le passé relancées à la suite de l’apparition du nouveau coronavirus. Les chercheurs s’activent pour trouver une parade à la COVID-19.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Un vaccin testé dès l’été prochain

L’entreprise de Québec Medicago a réussi à reproduire certaines portions du SARS-CoV-2, virus responsable de la COVID-19, et pense pouvoir commencer des essais cliniques sur des sujets humains dès l’été prochain. Medicago produit des molécules pharmaceutiques, notamment un vaccin antigrippal, dans des plantes. « Nous avons reproduit une partie du virus susceptible d’induire une réponse immunitaire protectrice », explique Nathalie Charland, directrice des affaires scientifiques et médicales chez Medicago. « Nous avons choisi cette portion du virus en étudiant la littérature publiée depuis la première épidémie de SRAS en 2003. »

La prochaine étape est de vérifier si le vaccin est sûr pour les animaux, puis s’il fonctionne sur des bouillons de culture de SARS-CoV-2 et sur les modèles animaux du virus. Mme Charland a bon espoir que les approbations réglementaires seront obtenues rapidement parce que Medicago s’attendait à recevoir sous peu l’approbation pour son vaccin contre la grippe saisonnière.

H5N1 et H1N1

Richard Leduc est l’un de 47 chercheurs qui ont reçu des fonds d’urgence pour la recherche sur la COVID-19 des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la semaine dernière. Il travaille sur des antiviraux depuis 15 ans. « On avait probablement commencé à travailler sur le sujet avec les craintes de pandémie, par exemple le H5N1 », explique le chercheur de l’Université de Sherbrooke, qui a reçu une subvention de 850 000 $ des IRSC. « On a eu nos premières publications pour notre antiviral antigrippal juste avant le H1N1. On a ensuite eu du financement de NEOMED, un organisme qui fait le pont entre les chercheurs et les compagnies pharmaceutiques [et qui s’appelle maintenant adMare]. Mais les compagnies pharmaceutiques sont conservatrices, on n’a pas eu de financement supplémentaire pour compléter les essais sur l’antiviral. »

PHOTO FOURNIE PAR RICHARD LEDUC

Richard Leduc, de l’Université de Sherbrooke

Il estime que le taux de mortalité moins élevé que prévu de la pandémie de H1N1 en 2009-2010 a pu contribuer à ce dénouement. M. Leduc pense que l’adaptation pour le nouveau coronavirus de son antiviral antigrippal pourrait mener d’ici trois mois à des essais cliniques chez l’humain. « Une équipe allemande vient de montrer que notre approche fonctionne », dit-il.

Le MERS

Même scénario pour Sachdev Sidhu, de l’Université de Toronto, qui a obtenu une somme similaire des IRSC. « On a travaillé sur un antiviral contre le syndrome respiratoire du Moyen-Orient [MERS], mais le financement s’est arrêté après une publication en 2017 parce que, finalement, le MERS ne s’est pas étendu ailleurs qu’au Moyen-Orient. » 

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Sachdev Sidhu, de l’Université de Toronto

Modèles animaux

Tant M. Leduc que M. Sidhu ont déjà accès à des modèles animaux permettant de tester leur antiviral, une étape obligatoire avant les essais sur des sujets humains. « On a des contacts avec des chercheurs de Cornell [université américaine] qui ont un modèle animal de coronavirus, sur le chat », dit M. Leduc. Cornell se situe dans l’État de New York, tout comme New Rochelle, où se trouve la première zone de quarantaine aux États-Unis. « On vient de discuter de ça dans une téléconférence de travail », dit M. Leduc, visiblement secoué. M. Sidhu, lui, travaille en collaboration avec plusieurs équipes qui ont des bouillons cellulaires de coronavirus ainsi que des modèles animaux. « Notre modèle animal se trouve aux Pays-Bas », précise-t-il.

Coronavirus synthétique en Alberta

Un autre antiviral financé par les IRSC, à hauteur de 675 000 $, est une adaptation du remdésivir, un antiviral qui est en train d’être testé pour le MERS et fait l’objet de cinq essais cliniques d’urgence contre la COVID-19 sur des sujets humains en Chine. « Notre spécialité est la conception de modèles synthétiques des cibles que visent les antiviraux comme le remdésivir », dit Matthias Götte, de l’Université de l’Alberta. « Nous voulons faire une version synthétique des cibles potentielles de la COVID-19. Nous avons travaillé sur les tests d’efficacité du remdésivir pour le MERS. »

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Matthias Götte, de l’Université de l’Alberta