(Johannesburg) L’Afrique reste encore largement épargnée par l’épidémie de coronavirus qui submerge le reste de la planète, mais elle redoute le pire, qu’elle s’efforce de retarder en limitant et en isolant les cas « importés » d’Asie et d’Europe.

Philippe ALFROY avec les bureaux africains
Agence France-Presse

Près de 200 contaminations par le virus avaient été officiellement recensées vendredi dans 14 pays d’Afrique subsaharienne, selon leurs autorités nationales, avec un premier mort confirmé au Soudan.

L’Afrique du Sud est avec 24 cas -tous des patients qui ont voyagé en Europe- le pays le plus touché du continent.

Ces chiffres paraissent anecdotiques au regard des 135 000 personnes contaminées et plus de 5000 décès dénombrés dans le monde depuis l’apparition du virus en Chine en décembre.

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Des soldats et des policiers sud-africains gardent l’entrée du bâtiment où doivent être envoyés les Sud-Africains rapatriés de Wuhan, en Chine. Le centre de quarantaine obligatoire est situé près de la ville de Polokwane.

Mais, très lentement, le nouveau coronavirus a commencé à faire son chemin aux quatre coins de l’Afrique. Ces dernières vingt-quatre heures, les premiers cas ont été signalés au Gabon, au Ghana, en Guinée, au Kenya, en Éthiopie et au Soudan.

Les dirigeants africains l’ont répété depuis le début de la pandémie, leurs pays n’y échapperont pas.

« Cela va se transformer en crise nationale », a lancé dès la semaine dernière le chef de l’État sud-africain Cyril Ramaphosa, président en exercice de l’Union africaine (UA).

L’épidémie de COVID-19 fait peser une menace inquiétante sur le continent en raison de la vulnérabilité de ses systèmes sanitaires.

Interdictions

« Malheureusement, la pandémie intervient au moment où le système de santé du Zimbabwe est au plus bas […] et incapable de gérer le coronavirus », a ainsi regretté auprès de l’AFP le Dr Norman Matara, de l’Association des médecins du Zimbabwe pour les droits humains (ZDHR).

La presque totalité des cas africains a pour l’heure été « importée » d’Europe, selon le terme utilisé par l’Institut sud-africain pour les maladies contagieuses (NICD).

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Un garde de sécurité vaporise du désinfectant sur les mains d’un visiteur à l’entrée d’un édifice public de Nairobi, au Kenya ce matin.

L’essentiel des efforts des autorités consiste donc à empêcher les contaminations locales à partir de ces patients.  

Des conférences ou des événements sportifs et culturels ont été annulés dans plusieurs pays. Le Kenya a temporairement suspendu les rassemblements publics d’importance, comme les vols de sa compagnie nationale vers l’Italie, le principal foyer de la maladie dans le continent européen.

Le Soudan du Sud a interdit jusqu’à nouvel ordre tous les vols en provenance des principaux pays touchés. Quant au Gabon, il a interdit son territoire aux voyageurs en provenance de Chine, puis de Corée du Sud et d’Italie.

En matière de prévention des risques, le Rwanda a mis des bassins d’eau et du savon à la disposition des usagers des transports en commun.

Les experts internationaux estiment que les pays africains ont tiré les leçons des récentes épidémies de fièvre hémorragique Ebola en République démocratique du Congo et en Guinée et sont désormais mieux préparés face à la COVID-19.

« On peut partir du principe que les systèmes de santé, les plateformes de coopération et communication et le “monitoring” se sont développés », a estimé Dorian Job, responsable de programmes pour Médecins sans frontières (MSF) aux Burkina, Niger, Nigeria et Cameroun.

« Endiguement primordial »

Mais dirigeants, experts et populations restent inquiets.

Au Kenya, l’annonce vendredi de la première infection a suscité la ruée dans les magasins de Nairobi.  

En Afrique du Sud, les habitants de Polokwane (nord-est) renâclent à l’idée d’accueillir ce week-end près de leur ville une centaine de compatriotes de retour de Chine, même sous stricte quarantaine.

Au Nigeria et au Cameroun, deux cas de contaminations locales ont déjà été répertoriés.

« Nous sommes au stade où il est primordial d’endiguer le virus », a insisté auprès de l’AFP Richard Friedland, patron du Netcare, le plus important réseau de cliniques privées sud-africain.

« Si nous échouons, nous aurons la même situation qu’en Italie », a-t-il ajouté en redoutant la propagation du virus dans les quartiers d’habitations informelles difficiles à isoler.

« L’impact pourrait être catastrophique » pour l’Afrique, a-t-il prévenu. Sur le plan sanitaire, mais aussi sur le plan économique, ont déjà mis en garde de nombreux responsables africains.

Conséquence de la pandémie, la chute des cours mondiaux du pétrole a contraint le Nigeria, son principal producteur africain, à réviser son budget à la baisse.  

« Nous allons sans aucun doute être durement touchés », a renchéri vendredi Najib Balala, le ministre du Tourisme kényan.

« L’Afrique ne doit pas être le nouveau foyer de la maladie », a lancé jeudi soir le président sénégalais Macky Sall, « nous devons rester vigilants et prendre le #coronavirus très au sérieux ».