Quels enfants devraient être mis en quarantaine advenant un cas de COVID-19 dans une garderie ? Vers qui les enseignants doivent-ils se tourner pour savoir si une sortie scolaire peut être faite sans mettre à risque les élèves ? La COVID-19 et sa possible apparition dans les lieux les plus fréquentés par les enfants nécessitent des consignes claires du gouvernement, affirment les enseignants et les éducateurs.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Mercredi, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), qui représente 65 000 enseignants et enseignantes, a écrit au sous-ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour lui faire part de ses inquiétudes quant aux mesures à suivre dans les écoles, jugées « incomplètes ».

En début de semaine, Éric Blackburn a envoyé une lettre aux établissements d’enseignement en leur rappelant notamment les recommandations de la santé publique et en leur demandant d’en informer le personnel et les parents d’élèves.

Des mesures disparates

« Ça ne répondait pas à toutes les questions. Le téléphone sonne plus que jamais [au syndicat] dans les dernières semaines, il se fait des choses très disparates d’un milieu à l’autre », dit la présidente de la FSE, Josée Scalabrini.

Deux enseignantes qui avaient séjourné dans un hôtel de la République dominicaine où se trouvaient aussi des touristes italiens se seraient fait demander de rester à la maison. « Dans un autre milieu, une enseignante a eu une mesure disciplinaire parce qu’elle avait invité des parents à garder leur enfant à la maison parce qu’ils arrivaient de Chine », illustre Josée Scalabrini. Elle demande au Ministère un protocole pour « faire face à la venue du virus » dans les établissements. Selon nos sources, le ministère de l’Éducation serait en train de rédiger des règles plus précises que celles diffusées en début de semaine.

Questionnée à savoir si elle juge que les directives de Québec pour les écoles sont suffisantes, la Fédération des commissions scolaires du Québec a répondu à La Presse que « le réseau scolaire […] se fie à l’expertise de la santé publique quant aux mesures de prévention à mettre en place ». Mercredi, son président n’était pas disponible pour une entrevue.

Aucun cas n’a jusqu’ici été recensé dans une garderie ou une école de la province. Un élève du Collège international Marie de France, à Montréal, est actuellement en attente de résultats pour savoir s’il a contracté la COVID-19. Par mesure de précaution, le collège qui accueille environ 2000 élèves a choisi de « fermer les classes de la seconde à la terminale ». Une centaine d’élèves de 15 à 17 ans seraient touchés par cette décision et reçoivent de certains enseignants des travaux à faire à la maison. L’école demeure ouverte pour les autres élèves.

Plus de questions que de réponses

L’inquiétude se fait sentir dans certaines garderies. Une éducatrice d’un centre de la petite enfance de la Montérégie s’est inquiétée à La Presse qu’une de ses collègues ayant voyagé en Europe et présentant des symptômes grippaux ait pu continuer à travailler auprès des enfants pendant plusieurs jours avant d’être mise en arrêt de travail.

« Je suis déroutée qu’aucune mesure n’ait été prise avant par l’employée ou l’employeur », dit l’éducatrice, qui n’a pas voulu être identifiée par crainte de représailles de son employeur.

À l’instar des enseignants, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) a écrit au ministre de la Famille Mathieu Lacombe pour lui demander des directives précises pour ses 13 000 intervenantes en CPE et en services de garde en milieu familial.

Il ne faudrait pas que la paranoïa embarque.

Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec

« En ayant des consignes plus claires et en sachant quoi faire, on va pouvoir rassurer les éducatrices, les responsables en milieu familial et les parents, et s’assurer qu’on pose les bons gestes pour ne pas causer préjudice en retirant des enfants quand ça ne serait pas le coronavirus », explique Mme Grenon. 

Il y a pour l’instant plus de questions que de réponses, dit Valérie Grenon. Si un cas survient dans une garderie, qui doit être informé ? Est-ce que seul l’enfant doit être retiré du groupe ? Est-ce que tout le groupe doit être mis en quarantaine ? Le milieu de garde doit-il être fermé ?

L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) considère pour sa part que les instructions transmises en début de semaine par le ministère de la Famille sont claires. « Les membres ne semblent pas en panique. Les mesures d’hygiène sont de toute façon toujours en place dans les CPE », dit Marie-Claude Lemieux, directrice des affaires publiques de l’AQCPE.

Les échanges étudiants suspendus à l’UQAM

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

À l’Université du Québec à Montréal, on a suspendu mercredi tous les nouveaux échanges étudiants ainsi que les écoles d’été à l’étranger, et ce, peu importe la région où ils devaient se dérouler. Quelle que soit la destination, l’Université recommande à sa communauté de ne pas voyager à l’étranger dans le cadre du travail et des études. L’UQAM va jusqu’à déconseiller au personnel et aux étudiants « les déplacements non essentiels au Canada ». L’Université de Montréal indique pour sa part que plusieurs écoles d’été, notamment en Chine, ont été annulées. Certains étudiants choisissent encore de partir en échange étudiant, mais l’Université dit qu’elle assure un « contact personnalisé » avec tous ses étudiants en contrepartie.