(Montréal) Les manifestations étudiantes qui doivent se tenir un peu partout au Québec le 3 avril pourraient être reportées en raison du coronavirus, alors que le cap des 25 000 étudiants ayant voté pour la grève est sur le point d’être franchi.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« Les organisateurs évaluent fortement la possibilité de remettre l’événement », a déclaré à La Presse Louis Couillard, co-porte-parole de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES).

Une « réunion d’urgence » est prévue vendredi sur le sujet.

Le mouvement étudiant se pliera quoi qu’il en soit aux directives des autorités, qui ont interdit jeudi les rassemblements intérieurs de 250 personnes et plus jusqu’à nouvel ordre.

« C’est une crise, on va la traiter comme une crise », a poursuivi Louis Couillard, ajoutant que le mouvement étudiant se préoccupe du sort des personnes les plus vulnérables à la COVID-19.

L’incertitude entourant les manifestations étudiantes, dont la principale doit se tenir à Montréal et qui s’annonçait comme le clou de la « semaine de la transition » organisée par la CEVES, survient alors que la mobilisation s’accentue.

Une vingtaine d’associations étudiantes québécoises représentant plus de 23 200 membres ont voté en faveur d’un débrayage le 3 avril, de l’Université Laval à l’Université de Sherbrooke, en passant par les cégeps Marie-Victorin, de Saint-Laurent et du Vieux-Montréal.

« Il reste plus de 25 AG [assemblées générales] de grève dans les deux prochaines semaines », notamment dans les grandes universités montréalaises, précise Louis Couillard.

« La mobilisation a pris une nouvelle tournure dans les dernières semaines, elle a vraiment grandi, surtout avec la campagne sur GNL », indique-t-il.

Les associations représentant près de 100 000 étudiants ont adopté une position s’opposant à la réalisation de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel, au Saguenay.

L’interdiction de rassemblement risque d’ailleurs de perturber les assemblées générales, qui pourraient être converties en « référendum en ligne », comme ce fut le cas jeudi à l’Université du Québec à Chicoutimi, souligne Louis Couillard.

Grèves numériques

Les associations étudiantes devront aussi déterminer la pertinence de maintenir un mandat de grève si les cours devaient être suspendus par les autorités.

Il serait possible de maintenir la grève sans faire de manifestation, soumet Louis Couillard, qui évoque la possibilité de « faire des grèves en ligne », reprenant une suggestion faite la veille par Greta Thunberg.

« Vous pouvez rejoindre la #GrèveNumérique », avait gazouillé mercredi la militante suédoise, en invitant les gens à publier des photos d’eux en train de manifester.

« Soyez moins nombreux, mais avec une grande détermination », écrivait-elle, rappelant l’importance de suivre les recommandations des experts et de la science. « Ça vaut bien entendu pour toutes les crises. »

« Il va falloir être créatifs », conçoit Louis Couillard, qui promet néanmoins que le mouvement étudiant demeurera actif, « parce que la crise climatique n’est pas près de s’amenuiser ».