On ne va pas se mentir : 2021 a été une année pénible.

Publié le 2 janvier

Elle a été vicieuse, en plus.

On a cru qu’on était presque sortis de l’auberge et que cet insupportable virus allait enfin nous ficher la paix, et puis… bang !

Un nouveau variant dans les dents.

Alors, forcément, la situation épidémiologique a contribué à la hausse de l’agressivité ambiante… qui était à son comble avant même l’arrivée d’Omicron.

Pensez aux manifestants belliqueux qui ont provoqué l’annulation d’un rassemblement électoral de Justin Trudeau lors de la campagne électorale. À ceux qui l’ont traité de tous les noms ou qui sont allés jusqu’à lui lancer des cailloux.

Pensez à la multiplication des menaces à l’égard des politiciens. Dans nos pages, le ministre François-Philippe Champagne a même lancé un appel à une sécurité accrue pour les élus fédéraux. Des maires ont par ailleurs jeté l’éponge parce qu’ils n’en pouvaient plus de la haine manifestée à leur égard.

Pensez enfin aux lois qui ont dû être adoptées d’urgence pour empêcher des militants antivaccins d’aller laver le cerveau des élèves sur le terrain des écoles, ou encore d’aller harceler les travailleurs de la santé et les patients devant les hôpitaux.

Et on ne parle même pas des gestes d’intolérance auxquels on assiste au quotidien ni des dérives des tenants de la culture de l’annulation…

Il est clair, pour plusieurs, qu’on assiste actuellement à l’hystérisation de nos sociétés.

Hystérisation ? Le mot « évoque une certaine violence des rapports sociaux, sans mesure, sans nuance, brutale, presque incontrôlée, qui marque notre époque », explique le journaliste français Jonathan Curiel dans un petit ouvrage paru récemment et intitulé La société hystérisée⁠1.

« Haine en ligne sur les réseaux sociaux, banalisation des violences du quotidien, agressivité devenue normalisée, tensions politiques partout, durcissement des rapports sociaux, discours clivés, débat devenu impossible et sujets radioactifs », écrit-il.

La pandémie n’est pas responsable de tout ça, elle a simplement exacerbé le phénomène.

Les causes profondes étaient là avant même la crise sanitaire :

– La polarisation qui s’accentue.

– La colère qui gronde.

– Les inégalités qui se creusent.

– Les réseaux sociaux qui valorisent l’indignation et, par conséquent, jettent de l’huile sur le feu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

« Et si on se calmait ? », lance le journaliste dans la première partie de son essai.

Maintenant, comment y parvenir ?

Joint à Paris, Jonathan Curiel énumère au bout du fil toute une série de solutions potentielles. Le retour à la nuance lors des débats, par exemple. L’idée, aussi, de « réfréner l’immédiateté » et de favoriser la mise en perspective. Parce qu’on est « dans une société de vitesse, qui crée de la panique, qui peut être un fondement de l’hystérisation ».

Mais ce sur quoi il insiste par-dessus tout est une chose toute simple : le dialogue.

Il a visiblement été fasciné par l’expérience menée par deux professeurs de l’Université de Stanford (en Californie) qui ont regroupé 500 personnes, formant un échantillon représentatif de la société américaine, pour qu’elles puissent échanger sur plusieurs enjeux cruciaux des élections de 2020.

La société américaine étant polarisée de façon excessive, les participants avaient des avis très, très différents. Et pourtant…

« Ils ont discuté, discuté, discuté… Et à la fin, ils se sont rejoints de près sur 22 des 26 propositions [examinées] », raconte-t-il.

« La morale de cette histoire, c’est qu’on ne se parle pas assez aujourd’hui, qu’on ne va pas assez au fond des sujets », ajoute celui qui dénonce, dans son livre, la « logique d’indignation » qui règne dans l’espace public et qui va souvent « dévoyer la discussion ou l’interrompre ».

Bon, cela dit, on ne peut pas non plus faire abstraction du fait que la crise sanitaire dure depuis maintenant deux ans et que des chercheurs comme Sonia Lupien soulignent que nous sommes entrés dans une ère de stress chronique.

Et le cerveau réagit de plusieurs façons à ce stress. La pensée devient plus rigide, par exemple. Et on devient hypersensible à n’importe quelle forme d’interférence, ce qui peut provoquer des « colères spontanées », dit-elle.

Par conséquent, dans un état de stress chronique, un nouveau stresseur risque fort de nous faire péter les plombs !

Il faut donc s’adapter, explique celle qui dirige le Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

« Tous les chercheurs qui travaillent sur le stress vont le dire : dans l’adversité, il y a tout le temps une opportunité. On va en sortir grandis », assure-t-elle.

Et si, effectivement, en 2022, on se calmait ?

1. La société hystérisée, Jonathan Curiel, Éditions de l’Aube, 134 pages