Dans un intéressant documentaire diffusé samedi soir à Radio-Canada, Francine Pelletier retrace le chemin qu’a pris le Parti québécois – qui fut longtemps le parti politique le plus progressiste sur l’échiquier politique québécois – pour incarner, de nos jours, un nationalisme essentiellement identitaire.

Publié le 29 mai

Dans un examen intellectuel plus que politique, on recherche l’origine de ce changement de cap que le film situe à la défaite du second référendum sur la souveraineté, en 1995. Le sociologue Gérard Bouchard est celui qui est le plus éloquent à ce sujet, alors qu’il dit que les souverainistes composent encore avec les « débris des deux échecs référendaires ».

Mais il est loin d’être le premier à faire ces constats. Déjà, en 2016, Paul St-Pierre Plamondon – nouvellement devenu membre du PQ après sa phase « orphelin politique » – s’était vu confier par son nouveau chef, Jean-François Lisée, la mission de faire une vaste consultation pour repenser et relancer le PQ.

Dans son rapport préliminaire de février 2017, les conclusions de Paul St-Pierre Plamondon étaient très dures. Le PQ était devenu « figé, conservateur et vieillissant ». Les actions du gouvernement de Pauline Marois avaient été très différentes de son programme électoral, en particulier sur la question de l’environnement. Par exemple, le PQ avait été élu en parlant de « sortir le Québec du pétrole », mais il voulait exploiter le pétrole dans l’île d’Anticosti, si jamais on en trouvait…

Paul St-Pierre Plamondon constatait également que les propositions du PQ sur la laïcité, l’immigration et les symboles religieux provoquaient des divisions entre les militants plus âgés et les plus jeunes, ceux-ci ne voyant plus le lien entre laïcité et identité. Il déplorait aussi que le parti se soit défait des racines humanistes de René Lévesque.

Et, finalement, Paul St-Pierre Plamondon disait que « la discussion portant sur l’échéancier du prochain référendum occulte toutes les autres discussions, y compris celles sur les motifs qui sous-tendent la quête de l’indépendance ».

Aujourd’hui chef du PQ, M. St-Pierre Plamondon veut un référendum dans un premier mandat.

Il reste que son constat – dans son rapport préliminaire, la version finale était un peu moins tranchante – rejoint beaucoup celui du documentaire de Francine Pelletier. Le PQ est devenu vieux et conservateur. Et son virage identitaire l’a éloigné de beaucoup d’électeurs, en particulier les plus jeunes et ceux issus de la diversité.

Si le documentaire intitulé Bataille pour l’âme du Québec a une faille, c’est de n’avoir pas pris la mesure d’une défaite du PQ qui a eu presque autant d’impact que celle du référendum de 1995. Il s’agit de la campagne électorale de 2007, en pleine « crise » des accommodements raisonnables, quand le PQ a terminé au troisième rang, devancé par l’Action démocratique de Mario Dumont.

Ce dernier avait enfourché le cheval de bataille des accommodements raisonnables et avait mené son parti à l’opposition officielle. Le PQ a été battu sur une question identitaire et il ne l’a pas digéré. Jamais plus il ne se ferait déclasser dans ce domaine.

Même si le PQ était le troisième parti à l’Assemblée nationale et n’avait aucune chance de le faire adopter, la nouvelle cheffe du PQ, Pauline Marois, a déposé un projet de loi sur l’identité québécoise qui aurait établi une citoyenneté québécoise distincte qui ne serait conférée, entre autres, qu’à ceux qui auraient « une connaissance appropriée » du français et du Québec.

Le projet de loi était de toute évidence inconstitutionnel – il aurait enlevé le droit de vote à certaines personnes, même si ce n’était qu’aux élections scolaires – et prévoyait un « contrat d’intégration » de trois ans pour les nouveaux arrivants.

Mais dans ce projet qui est mort au feuilleton, se trouvait déjà l’essence même de la Charte des valeurs qui devait prendre beaucoup de place pendant le mandat du gouvernement minoritaire de Pauline Marois.

Un projet de loi qui allait interdire le port de signes religieux par tous les employés de l’État, même ceux qui n’avaient aucun contact avec le public, mais qui gardait le crucifix à l’Assemblée nationale. On connaît la suite.

Mais pour avoir son effet politique maximum, la Charte des valeurs n’avait pas besoin d’entrer en vigueur. En fait, elle devenait beaucoup plus utile si elle avait été déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême du Canada.

D’ailleurs, le ministre responsable de la Charte, Bernard Drainville, a dû admettre qu’il n’avait jamais demandé d’avis juridique formel au ministère de la Justice comme il est de mise dans les circonstances.

On peut conclure, comme le documentaire de Francine Pelletier, que le PQ a fait un virage identitaire et conservateur. Mais sur le plan de la stratégie politique, l’épisode de la Charte des valeurs et ses positions subséquentes montrent que ce que le PQ désire vraiment, c’est de se faire dire non. Espérant ainsi ranimer la vaste colère populaire qui avait suivi le refus de ratifier l’accord du lac Meech.

Bref, si on ne peut pas obtenir un Oui, un Non ne pourrait-il pas faire avancer la cause ?