Peu après son élection, le premier ministre François Legault avait mis son équipe en garde contre « la tentation de l’arrogance ». Il avait bien raison, le gouvernement précédent avait largement été battu par son arrogance à imposer une austérité qui allait fragiliser à l’extrême les réseaux de l’éducation et de la santé.

Publié le 20 mars

Mais alors que s’amorce la dernière session de l’Assemblée nationale avant les élections du 3 octobre, le gouvernement Legault est en train de s’enfermer exactement dans les mêmes tentations que son prédécesseur.

On en a vu plusieurs exemples cette semaine. D’abord, la question des tarifs d’électricité et du mécanisme – ou, plutôt, l’absence de mécanisme – de fixation des tarifs d’Hydro-Québec prévu par le projet de loi 34, adopté sous le bâillon, malgré l’absence de toute urgence. Une pratique qui relève d’une arrogance certaine et qui allait devenir une marque de commerce de la CAQ.

À l’époque, tout le monde et sa mère avaient enjoint au gouvernement de reculer sur son intention de lier les hausses de tarifs d’Hydro à l’inflation. Dans un geste rare, quatre anciens ministres de l’Énergie, par-delà les divisions partisanes, avaient signé une lettre enjoignant au gouvernement de retirer son projet.

Les partis de l’opposition, en particulier, avaient mis en garde le gouvernement : même si l’inflation était relativement basse et stable depuis trois décennies, rien n’empêchait qu’un évènement imprévu vienne tout changer.

À l’époque, les députés de l’opposition avaient souligné la possibilité d’un évènement imprévisible, comme une guerre au Proche-Orient qui aurait fait exploser les prix du carburant. Du côté du gouvernement, on avait bien ri d’autant de pessimisme. Bon, ils se seront trompés d’endroit, mais c’est exactement ce que l’on vit actuellement.

Devant la probabilité que la prochaine hausse des tarifs d’Hydro soit supérieure à 5 % – soit la plus haute depuis plus de trois décennies –, M. Legault dit, essentiellement, de lui faire confiance et qu’il va arranger ça.

On voit déjà se profiler un chèque, envoyé à toutes les familles par leur bon premier ministre pour les protéger contre les hausses de tarifs d’Hydro. Un geste paternaliste et régalien qui relève d’une arrogance assumée : votre gouvernement va corriger les effets pervers d’une mauvaise loi avec un beau chèque.

Autre exemple : la loi qui mettrait fin à l’urgence sanitaire. D’abord, établissons une chose : il n’est nul besoin d’une loi pour ça, il suffit de laisser expirer ce régime d’exception qu’il faut renouveler tous les 10 jours, ce que le gouvernement a fait 103 fois depuis le début de la pandémie.

Le Québec est la seule province canadienne à avoir encore recours aux pouvoirs spéciaux et la plupart des autres provinces y ont renoncé il y a des mois déjà.

Mais le gouvernement tient à garder certains pouvoirs spéciaux jusqu’au 31 décembre au cas où la situation sanitaire redeviendrait préoccupante. Après tout, on voit ce qui se passe en Chine et dans certains pays d’Europe, ce qui montre qu’une sixième vague de la COVID-19 est toujours possible.

Et c’est là que les explications du gouvernement deviennent incompréhensibles. On ne veut plus de mesures qu’on doit imposer comme le port du masque, des mesures « populationnelles », dans le jargon de la Santé publique. Mais on veut garder des pouvoirs parce qu’une nouvelle vague de la COVID-19 reste possible. Sauf qu’on ne pourra revenir aux mesures populationnelles qu’en invoquant de nouveau l’état d’urgence sanitaire.

Quand les explications sont aussi incompréhensibles, on laisse la place à toutes les conjectures.

Y compris que le gouvernement s’est tellement habitué à gouverner par décret – avec pour 17 milliards de dollars de contrats de gré à gré pendant la pandémie – qu’il tient à conserver le plus de pouvoirs possible, au moins jusqu’aux élections.

Il y a aussi le dossier du REM de l’Est, où le gouvernement a complètement adopté l’attitude arrogante du « c’est à prendre ou à laisser » comme le promoteur du projet, CDPQ Infra.

La réalité est que le projet n’a plus guère, pour reprendre les mots du premier ministre dans un autre dossier, d’« acceptabilité sociale ». Mais il est commode électoralement. Comme ça, on pourra promettre un projet de transport de 10 milliards de dollars à Québec, le troisième lien, et à Montréal, le REM. Une sorte de belle symétrie de promesses qu’on pourra lâcher après les élections.

Sauf que, pour tuer le REM, il faut un coupable et tant le premier ministre que la Caisse ont déjà désigné la mairesse de Montréal. Malheureusement pour eux, elle a flairé la manœuvre.

Après tout ça, on s’étonnera que, dans la même semaine, M. Legault ait enjoint aux électeurs de Marie-Victorin de « voter du bon bord » pour que leurs dossiers progressent, comme on le faisait dans le temps de Maurice Duplessis. Ou encore qu’il ait traité une des meilleures parlementaires – selon le sondage annuel de La Presse – de « mère Teresa ».

Précisément le genre d’attitude un brin arrogante qu’une campagne électorale a plutôt tendance à amplifier.