Un an après sa prestation de serment, Joe Biden est le président le plus impopulaire depuis que l’on fait des sondages – à l’exception de son prédécesseur, Donald Trump – et son parti s’achemine, en novembre prochain, vers une défaite aux élections de mi-mandat.

Publié le 23 janvier

Que s’est-il passé ? C’est beaucoup parce qu’il a perdu le centre. Il a perdu les électeurs qui votent parfois à gauche, parfois à droite et qui font et défont présidents et majorités au Congrès.

Il se situe aujourd’hui à 42 % de popularité dans la moyenne des sondages. Rien de tout cela n’est irrémédiable. Mais cela demande un changement de cap.

L’un des problèmes de Biden est qu’il est arrivé au Congrès avec de coûteuses solutions toutes faites – toutes puisées dans les vieux cartons du Parti démocrate – comme s’il fallait terminer l’œuvre de Franklin Delano Roosevelt maintenant et tout de suite.

Alors qu’il s’était rendu à la Maison-Blanche grâce à une image de politicien modéré et toujours prêt à chercher le compromis, il a passé pour quelqu’un d’intransigeant et d’un peu doctrinaire.

Cela a quand même donné des projets de loi qui ont été adoptés rapidement : un programme de relance économique de 2000 milliards de dollars et un plan de réfection des infrastructures de 1000 milliards de dollars – un projet que n’avaient pu mener à bien les présidents Obama et Trump. Mais ils avaient fini par faire l’objet d’un certain consensus, même chez les républicains.

Ça s’est gâté à la fin de l’été ou au début de l’automne – quand, incidemment, son taux de popularité est tombé sous les 50 %, beaucoup à cause du départ en catastrophe des forces américaines d’Afghanistan et des images-chocs rappelant la chute de Saigon qu’ont vues tous les Américains.

Ajoutez à cela la pandémie de coronavirus qui n’est pas maîtrisée, alors qu’il avait promis en campagne électorale d’en faire sa priorité, l’inflation qui monte et affecte les prix, de la pinte de lait au gallon d’essence, et des problèmes de chaînes d’approvisionnement qui font que plusieurs produits sont difficiles à trouver, et vous avez la recette de l’impopularité de Joe Biden.

Certains de ses malheurs sont largement indépendants de sa volonté, d’autres viennent de son propre parti.

Actuellement, le deuxième volet de son plan de relance économique, un projet de loi appelé Build Back Better (BBB), est bloqué au Congrès, en grande partie par l’opposition de certains démocrates.

C’est que BBB coûte cher – 3,5 billions de dollars (3,5 trillions en anglais, donc 3500 milliards !) sur 10 ans avec toutes sortes de mesures sociales dont rêvaient depuis longtemps les démocrates, maternelles pour les 3 et 4 ans, construction et rénovation de logements sociaux, congés parentaux, élargissement de l’assurance maladie des personnes âgées, etc.

Mais le sénateur Joe Manchin, un démocrate plus conservateur, trouve cela trop cher et bloque le projet en disant que les dépenses ne devraient pas dépasser 1,5 billion. Après un bras de fer qui a duré trop longtemps, le président Biden a admis qu’il faudrait adopter son projet par étapes.

De même, Manchin et sa collègue Kyrsten Sinema refusent de changer la règle de la super-majorité de 60 voix au Sénat pour permettre le passage d’un autre projet de loi de Biden pour rendre plus facile l’exercice du droit de vote.

Évidemment, quand le président ne réussit pas à convaincre son propre parti, ça donne une impression d’impuissance.

Il y a pourtant des moyens de faire autrement. On oublie souvent, par exemple, que Barack Obama avait laissé le Congrès déterminer les paramètres de l’Obamacare, son projet de loi emblématique sur l’assurance maladie. Le résultat n’a pas été un programme universel et public, dont beaucoup de démocrates avaient rêvé, mais une assurance de base dont la grande majorité des Américains sont plutôt satisfaits.

Cela dit, rien n’est perdu pour Joe Biden. Les élections se décident au centre et ses adversaires républicains sont plus que jamais retranchés très à droite.

En particulier, il y a maintenant une claire majorité de juges conservateurs à la Cour suprême, six contre trois. Et la constitutionnalité de lois restreignant au maximum le droit à l’avortement – en particulier au Texas – va être entendue par la Cour au cours des prochains mois.

Traditionnellement, les républicains gagnent les élections de mi-mandat aux États-Unis parce que les démocrates ont tendance à moins aller voter quand il n’y a pas d’élection présidentielle.

Mais il y aurait un moyen infaillible de motiver les électeurs démocrates, et c’est de toucher au droit à l’avortement, reconnu par la Cour suprême depuis un demi-siècle.

Il n’y a que 30 % des Américains qui veulent recriminaliser l’avortement. Le centre, manifestement, est de l’autre côté.