Cet été, nos journalistes passent chaque semaine un moment en terrasse avec une personnalité pour une discussion conviviale. Nathaëlle Morissette a partagé un repas avec Geneviève Everell, entrepreneure énergique que la vie a poussée à ralentir.

« Honnêtement, je ne suis pas une grande preneuse de vacances », lance sans détour Geneviève Everell, l’entrepreneure derrière Sushi à la maison. Malgré elle, cette femme d’affaires accomplie devra faire relâche cet été. Le coupable : un diagnostic de cancer du sein reçu en janvier qui l’a forcée à tout arrêter… même la lecture de ses courriels.

« Ce qui est paradoxal, c’est que c’est le plus beau et le plus triste congé forcé que j’ai vécu », confie la jeune femme âgée de 37 ans, rencontrée sur la terrasse de la Pizzéria Heirloom sur la Promenade Ontario, à deux pas de son bureau.

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Forcée de se reposer, Geneviève Everell a dû apprendre à ralentir.

Pour la petite histoire, celle que l’on surnomme Miss Sushi a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein alors qu’elle portait dans son ventre la petite Millie-Love, son deuxième enfant. Rapidement, elle a dû se préparer mentalement à couper deux cordons, celui qui la lie à son bébé, mais également celui qu’elle a avec son entreprise.

« Au départ, c’est moi qui retournais travailler et c’est mon conjoint qui prenait le congé parental », raconte-t-elle. La vie en aura décidé autrement. En mars, le jour où elle devait franchir à nouveau les portes de son bureau d’Hochelaga-Maisonneuve, Geneviève Everell s’est plutôt retrouvée en traitement de chimiothérapie.

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Passionnée, l’entrepreneure n’a jamais vu sa vie professionnelle aux multiples facettes comme étant du travail.

Donc je suis en congé forcé, mais je suis aussi en congé de maternité forcé avec mon amoureux, à la maison, pour voir mon bébé grandir. C’est comme du pas beau dans du beau.

Geneviève Everell

Décrocher et déléguer

Avec 13 livres de recettes à son actif, une gamme d’une quarantaine de produits en épicerie, huit succursales de la chaîne Comptoir Sushi à la maison et un service de préparation de sushis à domicile, elle a dû apprendre à décrocher de son travail, de sa passion. Il a fallu aussi qu’elle s’en remette à sa petite équipe formée de cinq personnes, dont sa directrice générale qui porte également la casquette de meilleure amie.

De son propre aveu, l’idée de ralentir son rythme de travail ne lui aurait jamais traversé l’esprit avant. C’est sa passion. Elle n’a jamais vraiment eu l’impression de travailler. A-t-elle trouvé difficile le fait de décrocher ? « Malheureusement, dans ce contexte-ci, ç’a été très facile de décrocher parce que j’étais habitée par la peur. J’ai appris à la dure à décrocher. Maintenant, je sais que je suis capable de couper le cordon. »

Elle est aussi moins présente qu’auparavant sur les réseaux sociaux. « J’ose croire que quand je vais partir en voyage avec mon amoureux, je vais être capable de ne pas poster sur Instagram ou de ne pas demander aux filles comment ça va au bureau. »

Bien qu’elle s’offre le plaisir de passer les voir les jours où elle se sent en forme, l’entrepreneure ne se sent pas d’attaque pour piloter des dossiers. Maintenant, elle joue davantage le rôle d’une « pom pom girl » que celui d’une patronne, même si c’est toujours elle qui prend les décisions. Mais pour le moment, elle ne s’aventure même plus à répondre aux courriels. « Quand je veux aider, je n’aide pas. Je suis comme une enfant maladroite qui veut faire la vaisselle », image-t-elle en riant.

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Celle qu’on surnomme Miss Sushi compte bien savourer son été en famille… avant de reprendre le collier en septembre. « J’ai déjà hâte de retourner travailler. »

Chaque entrepreneur doit déléguer. Tu ne peux pas être partout et tu ne peux pas être bon dans tout.

Geneviève Everell

Les prochains mois

L’été filera donc tout doucement pour Geneviève Everell, qui apprend à vivre tranquillement avec son « coco », ce crâne où les cheveux ont presque disparu. « Mes cheveux, c’est mon plus grand deuil de féminité », lâche-t-elle. Mais bien que sa tête ait été couverte lors de notre rencontre, elle apprivoise peu à peu son nouveau « look ». « Je suis tout le temps en coco. Ça ne me dérange pas. »

Elle profitera de la saison des vacances avec son amoureux, son fils Malcolm, âgé de 7 ans, et son bébé. Au menu : de petites escapades à Québec, Lac-Mégantic et Saguenay. « Mes passions dans la vie, c’est de manger, c’est de cuisiner, mais c’est aussi de conduire mon véhicule, j’aime faire de la trotte. »

« Je vais prendre soin de moi. Je vais décrocher avec ma famille… mais j’ai déjà hâte de retourner travailler. »

Si tout se passe comme prévu, Miss Sushi fera son retour en septembre. « Il le faut, pour ma santé mentale. »

Questionnaire estival

À quoi ressemble mon été idéal ?

Mon été idéal, c’est vraiment un été où je peux passer du temps avec ma famille immédiate, mais aussi ma famille élargie qui est à Québec : les frères de mon père, mes cousines, mes cousins. J’ai besoin d’eux, de ce repère-là. Donc un été idéal, c’est un été où je peux me poser et me sentir bien. J’aime beaucoup le Québec, j’aime ça rester ici l’été.

Les gens que j’aimerais réunir à table, morts ou vivants ?

Je ramènerais ma mère – qui est décédée – et c’est elle qui cuisinerait. Elle cuisinait comme une déesse même si elle n’a jamais eu un sou. Elle préparait de bons repas avec de la bouffe de sous-sol d’église. Là, elle aurait un budget illimité pour cuisiner tout ce qu’elle n’a jamais mangé. Je ramènerais ma grand-mère Georgette pour les mêmes raisons. Elles sont parties quand j’étais jeune et j’ai vraiment beaucoup de questions sans réponse, sur la vie en général.

Qui est Geneviève Everell ?

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Geneviève Everell

  • À la tête de l’entreprise Sushi à la maison
  • Fondatrice de la chaîne Comptoir Sushi à la maison, qui compte huit succursales
  • Auteure de 13 livres de recettes, dont Passion saumon, Poke et Sushi à la maison
  • A collaboré à l’émission de radio Véronique et les Fantastiques sur les ondes de Rouge FM.