Aux référendums de 1980 et de 1995, Jocelyn Coulon était à l’extérieur du pays. Voilà qui en dit long sur l’intérêt qu’a eu ce chercheur, auteur, journaliste, directeur d’un centre pour le maintien de la paix et enseignant pour les enjeux géopolitiques de la planète.

Son plus récent ouvrage, Le cours de l’Histoire, nous propose de refaire ce chemin avec lui et de voir le monde changer.

Quiconque a déjà lu ou entendu Jocelyn Coulon sait qu’il possède un redoutable esprit de synthèse et d’analyse. Sa formation en science politique et le fait qu’il a touché à plusieurs métiers y sont pour quelque chose. Mais, c’est sa passion dévorante qui en est l’essence.

Une passion omniprésente dans les premiers chapitres qui plongent le lecteur dans l’univers enivrant de la découverte et de l’apprentissage du Jocelyn Coulon enfant, adolescent et jeune adulte.

Sa soif de connaître et de transmettre (un mot clé pour résumer sa carrière) est si forte qu’au début de l’adolescence, il crée son propre journal dont il écrit chaque exemplaire à la main !

Il y a un revers à cela, à savoir une vie familiale ardue. Son petit univers savant est devenu son refuge contre la souffrance.

Coulon dit en introduction que Le cours de l’Histoire se serait résumé à un « bréviaire insipide » s’il n’avait pas ajouté ses opinions. Sans être aussi sévère, reconnaissons que certains passages n’apprendront pas grand-chose aux initiés. Il y a aussi quelques redites (Lester B. Pearson et la crise de Suez par exemple). Heureusement, M. Coulon intervient souvent dans la narration pour apporter opinions, analyses et autocritiques.

Comme il est souvent allé sur le terrain, plusieurs passages sont fort savoureux avec de belles montées en puissance, comme des visites sous tension en ex-Yougoslavie et en Afrique.

Cette expérience sur le terrain a permis à l’auteur de constater que l’Occident présente bien souvent une seule version de l’histoire. Il insiste donc sur l’importance d’apprendre à chercher, à trouver et à lire d’autres versions. Cela teinte beaucoup sa conclusion où il estime que « l’Histoire s’écrit dorénavant avec et par les États du Sud ».

M. Coulon fait lui-même acte de contrition en affirmant que dans les années 1990, il a été « un bon soldat au service de l’hégémonie occidentale » alors qu’il était partisan de l’interventionnisme de tout acabit dans des conflits épineux.

Ce mea culpa suit – heureusement ! – un passage surréaliste où l’auteur décline les facteurs expliquant « le succès de [sa] présence dans les médias électroniques » et où il affirme que son livre consacré aux Casques bleus a « inspiré toute une génération de chercheurs francophones au Canada comme à l’étranger ».

Si l’auteur n’était pas au Québec lors des deux référendums, il serait injuste de dire qu’il se désintéressait de la question nationale. Au contraire, il raconte ses jeunes années de souverainiste et ce qu’il l’a amené plus tard à revoir ses positions. Il écorche au passage Jean Chrétien, estimant qu’en 1995, « le camp du Non n’avait pas un chef du calibre de Pierre Trudeau ».

Il aborde évidemment son passage malheureux en politique fédérale et sa défaite aux mains de Thomas Mulcair (NPD) dans une élection partielle en 2007. Quelques années plus tard, il sera nommé conseiller aux affaires internationales dans le cabinet de Stéphane Dion avant d’être emporté dans le congédiement du ministre par Justin Trudeau. Une « exécution politique », dit-il à propos de son sort.

Intitulée « Temps incertain », la conclusion tourne un regard vers l’avenir en s’inspirant des évènements survenus depuis le début du siècle. Tout en nuances, l’analyse met en garde contre les interprétations simplifiées. Ici, M. Coulon est au sommet de son art.

Extrait

Je pense que l’échec de l’expérience du socialisme démocratique au Chili n’a pas été seulement le résultat des contradictions internes à chaque courant politique de ce pays. Il a aussi mis en relief les ingérences extérieures déterminées à faire du Chili leur laboratoire politique, social et économique sans trop se préoccuper des Chiliens. J’ai mis du temps à tirer cette conclusion. À l’époque, j’ai constaté toute la malfaisance des États-Unis, mais je n’avais pas compris le jeu de puissance qui se déroulait à l’échelle mondiale et dont certains petits pays étaient les victimes directes ou indirectes.

Qui est Jocelyn Coulon ?

Diplômé en science politique de l’Université de Montréal, Jocelyn Coulon a été journaliste au Devoir, directeur du campus montréalais du Centre Pearson pour le maintien de la paix, enseignant universitaire, chroniqueur invité à La Presse et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM. Spécialiste d’affaires internationales et militaires, il a publié une dizaine d’ouvrages.

Le cours de l’Histoire

Le cours de l’Histoire

Somme toute/Le Devoir

256 pages

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