Avec leur plume unique et leur sensibilité propre, des artistes nous présentent leur vision du monde qui nous entoure. Cette semaine, nous donnons carte blanche à l’humoriste Mariana Mazza.

J’écris ces phrases, assise, quasi perchée, du haut de la terre de Riomaggiore.

Je suis une privilégiée de voyager avec des gens qui m’aiment et qui, disons-le, me supportent. Pas dans mes projets, je parle. Dans ma personne. Je ne suis pas toujours vivable. Je suis d’humeur changeante, je critique tout et je veux toujours avoir raison. Mais j’apprends à m’améliorer. Ceci n’est pas le but du papier.

Je suis privilégiée de pouvoir voyager. Déjà. D’avoir des amies qui peuvent voyager. Aussi. Et d’avoir une tribune. Quand on voyage et qu’on se déconnecte, on dirait que le brouillard constant du quotidien qui teinte notre cerveau se dissipe doucement. Le repos, l’émerveillement, être loin contribuent à ce calme qui se crée dans notre tête. On revient non pas reposé physiquement, mais mentalement. Il y a un reset qui se fait naturellement. Et on pond des réflexions comme celle que j’ai publiée sur les réseaux sociaux :

Il n’y a pas une journée qui passe où je ne pense pas à l’apparence de mon corps. De mon cocon. De mon enveloppe externe.

Un jour, je l’observe rapidement. Un jour, je suis obsédée. Un jour, je le célèbre. Un jour, je le pleure.

J’ai appris à l’apprivoiser. À l’accepter. À le comprendre surtout. Il est ce qui me suit depuis le plus longtemps. Il est la chose que je connais le plus.

J’ai une relation saine avec lui. Des fois abusive. Des fois tourmentée. Mais plus souvent qu’autrement, elle est douce. Parce qu’il m’habite.

Les gens pensent que je suis donc bien assumée tout le temps. Mais non. Je suis humaine. Instable. Crissement vulnérable.

J’aime l’exposer, ce corps. Non pas pour qu’on l’acclame. Ni pour qu’on me le like.

J’aime l’exposer pour le normaliser. Pour lui prouver qu’il a sa place dans cet univers complexant. Troublant. Trop souvent critiqué.

J’aime le montrer le torse bombé. Pas pour les regards. Pour mieux exister. Sans me taper sur la tête. Criss. On va tous mourir.

Je n’ai jamais eu la prétention de dire qu’il est incroyable. Mais il est en santé (en tout cas, je fais tout pour ça). Il bouge. Il se camoufle. Il s’expose fortement.

Des jours, il m’énerve. D’autres jours, il me regarde avec son air coquin.

Pis même s’il résonne trop fort des fois. C’est celui qui m’a été prêté pour mes années de vie. J’ai un contrat limité avec lui. Et un jour, il sera enterré avec tous les autres. Il finira au même endroit. Mais pour l’instant, il existe.

Bon été à tous ceux et celles qui l’exposeront. Fièrement. Pas toujours évident. Mais go. Il fait beau. On a un passage. Fuck les jaloux.

Xxxx

P.-S. – Si ce statut te fait du bien, ça me fait plaisir. S’il te confronte et te donne envie de dire des choses blessantes, donne-toi un câlin. Ça va passer.

Le texte étant accompagné d’une photo de moi nue, de dos, où on voit le délicieux galbe de mes fesses de fille d’immigrants.

À la suite de ce message, j’ai reçu beaucoup de témoignages touchants, criants de blessures et motivants.

Plusieurs se sont dit : « Nous ne sommes pas seuls. »

J’ai voulu mettre les mots sur une émotion qui me suivait depuis trop longtemps. Une émotion qui, sans du repos et du recul, serait sortie négativement. Et j’avais la sensation de pouvoir aider quelqu’un qui se posait les mêmes questions que moi. Qui vivait la même négativité quotidienne du regard qu’on pose sur soi. Et à lire les commentaires, ça semble avoir très bien fonctionné.

Nous, les humains, avons tendance à justifier notre présence sur Terre en disant qu’on ne change pas la vie des autres. Qu’on n’est pas si important. Que nos opinions et nos voix ne sont pas si fortes comparativement à d’autres.

Et à ça, je dis : arrêtez.

Le médecin qui te traite pour ton cancer est aussi important que la coiffeuse qui te fait des mèches en t’écoutant parler de ton couple qui ne se porte pas bien. Autant le médecin est nécessaire à la survie, autant un show d’humour peut aider à faire rire une personne dépressive.

Chaque moment peut être décisif dans la vie de quelqu’un. Chaque parole. Chaque geste. Chaque sourire peut changer le cours d’une journée.

Nous pouvons tous, quand nous sentons que notre fiole d’énergie est pleine, changer le cours des choses.

Je n’ai pas eu la prétention de le faire avec ma publication, mais je sais, en fait je suis convaincue, qu’il y a au moins une personne qui a dû lire ce texte en se disant qu’elle n’était plus seule. Qu’elle avait une alliée. Un baume.

Soyons le baume de l’humanité.

Soyons, lorsque nous en avons l’énergie, la douceur dans la vie de l’autre.

Si vous y pensez, souriez en marchant. Souhaitez une bonne journée à un inconnu que vous croisez. Soyez le changement que vous souhaitez aux autres.

Sur ce, je le répète, soyez doux envers vous. L’été est beau et confrontant.

Célébrez votre être.

Et surtout, ON S’EN CRISS DE CE DONT ONT L’AIR LES AUTRES.

Qui est Mariana Mazza ?

Née à Montréal-Nord en 1990, Mariana Mazza est humoriste, actrice et auteure. En humour, elle a notamment remporté l’Olivier de l’année en 2017 et 2022. Régulièrement invitée à la télévision (La tour, Bonsoir bonsoir, LOL : qui rira le dernier ?) en plus de jouer de façon régulière dans des séries (L’aréna), on l’a aussi vue au grand écran notamment dans Ligne de fuite. Elle a publié en 2022 le roman Montréal-Nord, qui s’inspire de l’enfance de celle qui est née d’une mère libanaise et d’un père uruguayen. Elle vient de terminer la tournée de son deuxième spectacle solo, Impolie – Pardonne-moi si je t’aime.