La crise des opioïdes ne se résorbe pas. Bien au contraire ! Ainsi, le 15 avril, le Journal de l’Association médicale canadienne publiait une étude selon laquelle le quart des décès chez les adultes de 20 à 39 ans au pays était attribuable à ces drogues. Le professeur Jean-Sébastien Fallu, de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, propose quatre liens pour comprendre le phénomène et la manière dont on y fait face.

Une émission : en accélération depuis la pandémie

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le directeur général de CACTUS Montréal, Jean-François Mary

Surdoses : l’autre épidémie est le titre d’un épisode de Découvertes, l’émission scientifique d’ICI Télé, où l’on constate que la crise des opioïdes s’est fortement accélérée « dans l’angle mort de la pandémie » de COVID-19. On donne notamment la parole à Jean-François Mary, directeur général de CACTUS Montréal, centre d’injections supervisées. « Avant la pandémie, on avait en général une surdose par semaine ou aux deux semaines. Mais depuis juillet (2020), on a eu des périodes avec plus d’une surdose par jour », dit ce dernier. Plusieurs médecins et scientifiques interviewés détaillent l’impact dévastateur de la pandémie sur la multiplication des drogues de synthèse. L’équipe de reportage est aussi allée en Colombie-Britannique où les ravages sont immenses et où l’on tente de contrer la consommation de fentanyl avec de l’héroïne pharmaceutique. Une initiative qui s’est butée à plusieurs obstacles. « J’ai essayé de proposer des suggestions québécoises, canadiennes et américaines, dit M. Fallu à propos des liens suggérés. Dans le cas de Découvertes, on va à la rencontre de gens travaillant sur le terrain. »

Regardez l’épisode de Découvertes sur les opioïdes

Sur le web : Journée internationale de sensibilisation

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Portraits de victimes de surdoses, à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses, le 31 août dernier

Le site anglophone de la Journée internationale de la sensibilisation aux surdoses propose une version en plusieurs langues, dont le français, de cet évènement annuel tenu le 31 août. « Cette journée internationale est soulignée mondialement, à différents degrés, dit M. Fallu. Cela inclut plusieurs villes canadiennes et québécoises. Mais elle ne reçoit pas toujours l’attention nécessaire. » Le site est varié, avec une invitation à s’engager, des informations sur les surdoses et les moyens de prévention disponibles. On y trouvera aussi des témoignages dont la lecture est bouleversante. À noter que la couleur adoptée est le violet (certains médias écrivent pourpre ou mauve) et que chaque année, des édifices et grandes structures sont éclairés de cette couleur à la mémoire des victimes. L’an dernier, la tour du Stade olympique, la Grande Roue du Vieux-Montréal, le pont Samuel-De Champlain et les Jardins Gamelin en étaient parés.

Consultez le site de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses (en anglais)

Une série balado : de la radio-vérité troublante et accrocheuse

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE

Trousse de naloxone, dont le contenu peut sauver une victime de surdose aux opioïdes

M. Fallu parle avec beaucoup d’intérêt de la série balado Crackdown animée et produite par Garth Mullins qu’on trouvera aisément sur le web. Se définissant comme un militant depuis nombre d’années, Garth Mullins a aussi été un consommateur d’opioïdes. « En matière de questions liées aux opioïdes, la Colombie-Britannique est beaucoup plus à l’avant-garde, rappelle M. Fallu. Crackdown est vraiment intéressante parce que financée par un centre de recherches universitaires dans l’optique d’un transfert de connaissances. Il s’agit d’une émission de radio en ligne qui aborde beaucoup de sujets en lien avec les drogues et la crise, et ce, sous plein d’angles. Elle implique d’anciens toxicomanes, des gens qui ont recours aux services, des militants, des scientifiques, etc. » Le plus récent épisode (no 44) diffusé au moment d’écrire ce texte était consacré à Danny, une personne queer dans la vingtaine qui a roulé sa bosse à travers le pays, estimant avoir été abandonnée de tous et qui s’est tournée vers la prostitution pour acheter sa drogue. De la radio-vérité à la fois troublante et accrocheuse.

Écoutez l’émission balado Crackdown (en anglais)

Un média en ligne : du contenu choc

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Les nombreux ravages physiques que font les drogues de synthèse sont exposés dans le reportage de Manisha Krishnan sur Vice News.

Attention, contenu choc ! Vice News ne fait pas dans la métaphore. Les nombreux ravages physiques que font les drogues de synthèse sont exposés sans censure dès les premiers instants de ce reportage d’une quarantaine de minutes signé Manisha Krishnan et d’abord diffusé il y a deux ans. « Elle est LA drug reporter de Vice News, indique Jean-Sébastien Fallu. Dans son reportage, elle parle davantage de l’évolution de la crise et de ce qui nous guette. Et Vice se fait un point d’honneur de faire une couverture nuancée et très informée de ses sujets. » Mme Krishnan consacre une partie de son topo à Keisha, une vendeuse de fentanyl dans les rues de Vancouver. Cette dernière se défend de couper la substance avec d’autres produits de synthèse, dont les benzodiazépines. On quitte ensuite les ruelles sordides de la métropole britanno-colombienne pour un hall feutré de Washington où la journaliste cuisine, sans jeu de mots, un ancien directeur national de lutte contre la drogue. Ce dernier se félicite d’avoir vu la Chine arrêter l’exportation de fentanyl sous les pressions américaines, mais ne se sent pas responsable des ravages imputables aux produits de remplacement.

Regardez le reportage de Vice News (en anglais)

Qui est Jean-Sébastien Fallu ?

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le professeur de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal Jean-Sébastien Fallu

Jean-Sébastien Fallu est professeur agrégé à l’École de psychoéducation (faculté des arts et des sciences) de l’Université de Montréal.

Il est titulaire d’un doctorat en psychologie de l’Université de Montréal et d’un postdoctorat en recherche sociale et épidémiologique du Centre de toxicomanie en santé mentale affilié à l’Université de Toronto.

Il est aussi chercheur pour divers organismes, dont l’Institut universitaire sur les dépendances, et coauteur du livre Cannabis publié aux Presses de l’Université de Montréal (PUM).