La langue française évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, notre conseillère linguistique décortique les mots et les expressions qui font les manchettes ou qui nous donnent du fil à retordre.

Publié le 12 juin
Lucie côté La Presse

Comme le nom ostrogoth (que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a employé au début de l’année), anacoluthe est l’une des nombreuses injures proférées par le capitaine Haddock dans les albums de Tintin.

Mais ce nom féminin, venu du grec anacoluthon (« absence de suite dans les idées »), désigne surtout une rupture de la construction syntaxique d’une phrase. Dans un poème, l’anacoluthe est une figure de style. Dans un article de journal, toutefois, ce sera plutôt une faute de grammaire à éviter, parce qu’elle nuit à la compréhension du texte.

Si on ne se relit pas soigneusement, on risque aussi de créer un effet saugrenu, alors que ce n’était pas souhaité. En s’entraînant à vélo dans la savane, une autruche l’a poursuivie.

Le terme janotisme (ou jeannotisme) désigne quant à lui une « construction maladroite de la phrase donnant lieu à des équivoques ». Le terme est une allusion à Janot, personnage du théâtre comique de la fin du XVIIIe siècle, qui multipliait ce genre de bourdes. Ivre mort, le policier l’a emmené au poste de quartier. Elle avait croisé le convoi funéraire d’un soldat mort pour la patrie en rentrant de l’école avec ses camarades.

Une autruche à vélo ? Un policier ivre mort ? Un soldat mort pour la patrie en rentrant de l’école ? Il peut être difficile d’éviter ce genre de faute à l’oral, parce qu’on perd souvent le fil de sa pensée en parlant. Mais on devrait réécrire une phrase boiteuse ou incohérente. Souvent, il suffira de changer l’ordre des mots. En rentrant de l’école avec ses camarades, elle avait croisé le convoi funéraire d’un soldat mort pour la patrie.

On doit aussi se méfier tout particulièrement des phrases qui commencent par un gérondif (la préposition en suivie du participe présent). Parfois, enfin, il sera préférable de faire deux phrases plutôt qu’une. Cela simplifie souvent les choses.

Malgré suivi de que

« On m’a toujours dit que l’emploi du mot “malgré” ne peut être suivi de “que”, comme dans “malgré qu’il soit”. Toutefois, j’entends et je vois l’emploi de “malgré que” de plus en plus souvent. Je l’ai d’ailleurs vu dans un article de La Presse. »

Réponse

Il semble que l’usage soit en train de changer. « Cette construction est aujourd’hui courante, mais elle reste critiquée [ce que fait aussi remarquer Antidote], quoiqu’elle ait été employée par de grands auteurs, peut-on lire dans le Dictionnaire des difficultés et pièges de la langue française. Dans l’expression soignée, en particulier à l’écrit, préférer bien que ou quoique, ou tourner la phrase autrement : bien qu’il fasse froid, il sort en veste ; il sort en veste malgré le froid. »

Il est donc facile d’éviter cette tournure. Bien qu’ils se soient réunis à plusieurs reprises, les jurés ne s’entendent toujours pas sur le verdict à rendre dans ce procès.

Si on souhaite garder la préposition malgré, on peut plutôt écrire malgré le fait que. Malgré le fait qu’il soit malade, il a tenu à sortir.

Comme l’indique le Dictionnaire des difficultés et pièges de la langue française, on peut aussi formuler sa phrase autrement. Plutôt que d’écrire malgré qu’il soit en colère, on peut simplement écrire malgré sa colère. Ou employer la conjonction mais. Il s’est couché tard hier soir, mais il s’est quand même levé tôt ce matin. On peut également faire deux phrases plutôt qu’une.

On peut aussi employer la conjonction quoique (qui s’écrit en un seul mot). Quoiqu’il fasse très chaud, nous irons pique-niquer comme prévu.

Vous avez des questions sur la langue française ? Posez-les à notre conseillère linguistique. Elle répondra à une question chaque dimanche.