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Publié le 17 avril
Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Le printemps est là et les nids-de-poule sont au rendez-vous. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de recette adéquate pour fabriquer le bitume qui recouvre nos routes ? Le béton est de meilleure qualité alors que l’asphalte est de plus en plus de mauvaise qualité. N’y a-t-il point d’ingénieurs compétents pour considérer ce matériau avec nos saisons hivernales, gel et dégel ?

François Robert jr

M. Robert jr,

Vous avez raison : la saison du nid-de-poule bat son plein au Québec, un évènement annuel dont on se passerait volontiers.

Chaque année, le ministère des Transports du Québec (MTQ) consacre près de 10 millions de dollars à colmater ces trous qui minent nos routes. L’an dernier, c’est 19 200 tonnes d’enrobés bitumineux (ce qu’on appelle l’asphalte) qui ont été utilisées pour boucher quelque 300 000 nids-de-poule sur son réseau.

Et ça, c’est sans compter les efforts des municipalités.

Des interventions, malheureusement, qui ne sont souvent pas très durables.

« Dans plusieurs cas, les réparations sont temporaires, car elles sont faites dans des conditions qui ne favorisent pas la durabilité – température froide, présence d’eau, densité de circulation, etc. », reconnaît le porte-parole du MTQ, Gilles Payer.

Comment se fait-il qu’on se retrouve chaque année à jouer dans le même film ?

En 2015, La Presse avait fait un dossier sur la question. La conclusion principale était que ce n’est pas vraiment la qualité des enrobés bitumineux qui est en cause, mais bien le manque d’entretien des routes.

Lisez le texte « Le laxisme des autorités montré du doigt »

Alan Carter, professeur au département de génie de la construction à l’École de technologie supérieure (ETS), confirme que ce constat est toujours valide.

« La qualité des enrobés n’est pas en cause, tranche-t-il. Les enrobés et les bétons sont de qualité au Québec. Le problème n’est pas là. »

Le MTQ assure également que l’enrobé « doit répondre à des normes établies et révisées régulièrement et être utilisé selon les règles ».

Ne pourrait-on pas employer de meilleurs matériaux ?

« Il y a plusieurs développements en ce qui concerne les matériaux de chaussée que l’on tente de rendre plus durables, moins chers et le plus respectueux de l’environnement possible, mais ça ne règlera pas le problème des nids-de-poule à court terme », répond le professeur.

L’expert explique qu’un nid-de-poule est le signe d’une grave détérioration d’une route. Pour qu’il se forme, la chaussée doit être tellement fissurée que l’eau s’y infiltre. En gelant, cette eau prend de l’expansion et brise la route par en dessous.

Dans un monde idéal, le colmatage des nids-de-poule qui occupe les employés de la voirie ces temps-ci n’aurait donc même pas lieu, puisqu’on interviendrait avant.

« Pour empêcher complètement l’apparition de nids-de-poule, il faut empêcher l’apparition de trous et de fissures dans la chaussée. Pour ce faire, on doit d’abord bien entretenir les chaussées », explique Alan Carter.

Aujourd’hui, le MTQ estime que 77 % des 31 000 km de routes sous sa responsabilité sont en bon état. Ça laisse quand même plus de 7000 km qui ne le sont pas, soit l’équivalent du trajet Québec-Anchorage, en Alaska, en voiture.

Quant au béton que vous évoquez, les entreprises qui en fabriquent militent depuis longtemps pour l’utiliser plus massivement sur les routes. Le ministère des Transports du Québec est toutefois assez réfractaire à l’idée. Il préfère réserver ce matériau pour les routes à fort achalandage où circulent des véhicules lourds.

À peine 3 % des routes sous la responsabilité du MTQ sont en béton. C’est le cas de sections des autoroutes 10, 15, 20 et 40, notamment.

Alan Carter explique que le béton est effectivement plus durable que les enrobés bitumineux, mais qu’il complique les travaux en cas de réparation. Il convient que son usage pourrait sans doute être élargi au Québec, mais estime que ce matériau devrait surtout être utilisé pour les autoroutes et non les rues des villes.

Au bout du compte, entretenir nos routes coûterait moins cher qu’attendre qu’elles se retrouvent en phase terminale, puis d’essayer de les guérir avec des pansements. Il ne reste qu’à espérer que le message se rende aux autorités.

En attendant, chacun peut aussi fournir sa part d’efforts. Parce que le fait que les voitures soient de plus en plus nombreuses et de plus en plus lourdes contribue aussi à mettre nos routes à rude épreuve.