La langue française évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, notre conseillère linguistique décortique les mots et les expressions qui font les manchettes ou qui nous donnent du fil à retordre.

Publié le 23 janvier
Lucie Côté La Presse

En français, le mot chance est parfois contaminé par l’anglais. Le mot anglais chance se traduira parfois par chance, mais aussi par hasard ou occasion, par risque, également, et d’autres mots encore. Cela dépend de la phrase. Ne rien laisser au hasard ; ne prendre aucun risque ; laisser passer une occasion.

On ne peut pas simplement dire que chance s’emploie pour les choses positives et risque, pour les choses négatives. C’est que le nom chance est parfois synonyme de hasard heureux ou malheureux, de probabilité. Il a une chance sur deux de réussir, d’échouer. « Le mot n’est plus employé en ce sens que dans l’expression soignée », précise le Dictionnaire des difficultés et pièges de la langue française (Larousse).

Quand on écrit qu’il y a des chances, de fortes chances, que quelque chose se produise, cela signifie seulement que c’est probable. Le mot chance s’emploie alors au pluriel. « Des programmes de rappel sans discernement ont toutes les chances de prolonger la pandémie, plutôt que d’y mettre fin », a alerté l’Organisation mondiale de la santé.

Cependant, pour traduire l’anglais to take a chance, on écrira prendre le risque, plutôt que « prendre une chance ». Mais l’expression tenter sa chance peut signifier qu’on prend le risque de faire quelque chose de dangereux.

On peut aussi parler des risques de contamination. Les risques d’être gravement malade sont plus élevés chez les non-vaccinés.

Le verbe risquer peut-il s’employer pour quelque chose de positif ? Par exemple, peut-on dire il risque de faire beau demain ou cette émission risque d’être très populaire ? Cela dépend des sources consultées. Mais à l’écrit, il est encore préférable de s’abstenir de le faire. Il fera probablement beau demain. Cette émission sera sans doute très populaire.

Par ailleurs, on peut écrire au singulier ou au pluriel la locution à risque. Grossesse à risque ou à risques, population à risque, conduite à risque. Sports à risque, à risques. Métier à haut risque.

Courrier

Aplatir ou aplanir la courbe ?

Depuis le début de la pandémie, nous entendons qu’il faut aplatir la courbe. Ne devrait-on pas utiliser le verbe aplanir ?

Réponse

Le verbe aplatir semble préférable lorsqu’il est question de « prendre des mesures pour ralentir l’augmentation du nombre de cas d’une maladie afin d’éviter de surcharger le système de santé au moment le plus intense d’une épidémie ». Le directeur national de santé publique l’a employé et c’est celui que l’on trouve, avec la définition que l’on vient de donner, dans le « Lexique sur la pandémie de COVID-19 » du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada. C’est également la recommandation qu’a faite Guy Bertrand, le premier conseiller linguistique de Radio-Canada. La courbe doit être écrasée, et non nivelée. C’est donc le verbe aplatir qui convient, plutôt qu’aplanir.

Par ailleurs, si on se demande comment prononcer le nom Omicron : le Robert et le Larousse donnent tous les deux la prononciation cronne à la fin, comme dans couronne, et non cron, comme dans Macron.

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