Moins de caricaturistes dans les journaux et les magazines. Plus de controverses. Peu de femmes dans le métier… Mais plus de jeunes qui utilisent le web comme planche à dessin. En 2021, la caricature semble à l’aube d’un changement. Un dossier de Judith Lachapelle

Publié le 26 déc. 2021
Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Les temps changent, la satire reste

IMAGE FOURNIE PAR TERRY MOSHER

« OK tout le monde, prenez un Valium », lance le nouveau premier ministre René Lévesque, aux côtés de Robert Bourassa.

Au cours des dernières années, dans certains pays, la publication de caricatures a engendré des manifestations violentes. Des caricaturistes ont été jetés en prison, quand ils n’ont pas été carrément assassinés, en pleine salle de rédaction… Aux États-Unis et au Canada, les journaux emploient moins souvent des caricaturistes, ou renoncent à publier des caricatures pour éviter les controverses. Alors, sale temps pour la satire ?

« C’est vrai, je n’ai jamais pensé que je choisirais un job où je risquerais de me faire égorger sur la rue… » Au bout du fil, Serge Chapleau réfléchit tout haut. Voilà maintenant 50 ans qu’il manie du crayon, dont 25 ans à La Presse. Il a vu les époques passer, les susceptibilités changer, la technologie évoluer. Mais son optimisme, comme son enthousiasme, ne s’émousse pas.

« On a beaucoup entendu ces dernières années que la caricature est en train de disparaître. Ou qu’on ne pouvait plus rien dire… Mais ça, ça s’est déjà vu à d’autres époques. T’sais, le gars qui avait dessiné le roi de France en forme de poire, il avait quand même dû faire six mois de prison. »

Cet évènement fondateur de la caricature vaut la peine qu’on le rappelle. En novembre 1831, Charles Philipon, dessinateur français et éditeur de populaires journaux hebdomadaires consacrés à la caricature, est à son procès à Paris pour outrage au roi Louis-Philippe. En pleine salle d’audience, pour étoffer sa défense et démontrer que tout et n’importe quoi peut ressembler à la tête du roi, il dessine la tête de Louis-Philippe. Puis, il simplifie les traits en trois autres dessins. Dans le dernier, il ne reste plus que la forme… d’une poire.

  • Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

    IMAGE TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

  • Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

    IMAGE TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

  • Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

    IMAGE TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

  • Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

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    Cette simplification de la tête du roi Louis-Philippe démontre la similarité avec une poire.

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L’analogie connaît alors un succès instantané – on dirait « viral » aujourd’hui – et très vite, des images de poires apparaissent un peu partout, dans les journaux comme dans la rue, pour se moquer du roi. Deux mois plus tard, Philipon est envoyé en prison.

L’évènement est mémorable à plus d’un titre, note Ersy Contogouris, professeure d’histoire de l’art à l’Université de Montréal. À son arrivée au pouvoir en 1830, Louis-Philippe « a levé la censure et a déclaré que tout le monde avait le droit de dire ce qu’il voulait ». Ce dont Philipon et de nombreux autres ne se sont pas privés… « En 1835, le roi a dû réimposer des lois sur la censure qui visaient particulièrement le dessin de presse et la caricature, dit-elle. Comme si les dessins étaient perçus comme plus dangereux et qu’ils devaient faire l’objet d’un plus grand contrôle que les écrits. »

Dans la mémoire longtemps

Des dessins plus percutants que les écrits ? La formule a été maintes fois consacrée. S’il est plutôt rare qu’un article d’un journaliste s’imprègne suffisamment longtemps dans la mémoire collective pour que les lecteurs s’en souviennent pendant de nombreuses années, il en va autrement de la caricature.

Postes Canada en a fait l’illustration encore cet automne. Les œuvres de cinq caricaturistes canadiens – soit Brian Gable (Globe and Mail), Terry Mosher (dit Aislin) de Montreal Gazette, Duncan Macpherson (Toronto Star), Bruce MacKinnon (Chronicle Herald d’Halifax) et Serge Chapleau (La Presse) – ont été reproduites sur des timbres.

  • Un clin d’œil au référendum de 1995, avec une caricature parue à l’époque dans Le Devoir. Chapleau est arrivé à La Presse l’année suivante.

    IMAGE FOURNIE PAR POSTES CANADA

    Un clin d’œil au référendum de 1995, avec une caricature parue à l’époque dans Le Devoir. Chapleau est arrivé à La Presse l’année suivante.

  • Né à Ottawa, Terry Mosher, qui signe sous le nom d’Aislin, a décroché son premier emploi de caricaturiste pour le Montreal Star avant de passer à Montreal Gazette. La caricature rappelle la « série du siècle » de 1972 entre le Canada et l’URSS.

    IMAGE FOURNIE PAR POSTES CANADA

    Né à Ottawa, Terry Mosher, qui signe sous le nom d’Aislin, a décroché son premier emploi de caricaturiste pour le Montreal Star avant de passer à Montreal Gazette. La caricature rappelle la « série du siècle » de 1972 entre le Canada et l’URSS.

  • Dessin de Bruce MacKinnon paru dans le Chronicle Herald d’Halifax, en 2018, pour souligner la solidarité canadienne après l’accident mortel impliquant l’autocar transportant les joueurs des Broncos de Humboldt, en Saskatchewan.

    IMAGE FOURNIE PAR POSTES CANADA

    Dessin de Bruce MacKinnon paru dans le Chronicle Herald d’Halifax, en 2018, pour souligner la solidarité canadienne après l’accident mortel impliquant l’autocar transportant les joueurs des Broncos de Humboldt, en Saskatchewan.

  • Dessin de Duncan Macpherson (1924-1993), qui fut longtemps caricaturiste pour le Toronto Star, qui présente ici sa vision des relations parfois tendues entre le Canada et les États-Unis.

    IMAGE FOURNIE PAR POSTES CANADA

    Dessin de Duncan Macpherson (1924-1993), qui fut longtemps caricaturiste pour le Toronto Star, qui présente ici sa vision des relations parfois tendues entre le Canada et les États-Unis.

  • Originaire de Saskatchewan, Brian Gable est caricaturiste de presse pour le Globe and Mail depuis plus de 30 ans.

    IMAGE FOURNIE PAR POSTES CANADA

    Originaire de Saskatchewan, Brian Gable est caricaturiste de presse pour le Globe and Mail depuis plus de 30 ans.

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« Si tu es chanceux dans ta carrière, tu dessineras une caricature dont on se souviendra longtemps », observe Terry Mosher. Il note par contre que le dessin choisi pour son timbre n’est pas, selon lui, celui qui a marqué le plus les esprits. La caricature d’un René Lévesque conseillant aux anglos de « prendre un Valium » après les élections de 1976 est probablement celle dont on lui a le plus parlé, dit-il.

Même chose pour Chapleau, dont les dessins du bloquiste Gilles Duceppe coiffé d’un bonnet ou du maire Gérald Tremblay transformé en chevreuil pétrifié sont entrés dans la légende. Mais ces dessins avaient le désavantage de ne pas être compris d’un bout à l’autre du pays, dit Mosher.

N’empêche. L’honneur que leur a fait Postes Canada les a touchés. « Il faut se souvenir que lorsqu’on fait une caricature, on est au bord d’une falaise, dit Chapleau. Un pas en avant, et on est mort. Un pas derrière, et on est ennuyeux. »

Mais… où sont les femmes ?

En octobre, pour souligner la parution de ses nouveaux timbres, Postes Canada a organisé une table ronde virtuelle avec les quatre caricaturistes honorés ainsi que Ian Macpherson, fils de Duncan (mort en 1993).

Cinq hommes blancs, en plus de l’animateur, apparaissaient ensemble à l’écran… Le tableau était si frappant que le sujet s’est imposé de lui-même : mais où sont les femmes ?

À 79 ans, Terry Mosher, l’aîné du groupe, soupire.

Je pense en effet qu’au début du XXsiècle, il y avait un biais dans les journaux contre les femmes. Mais au fil des ans, les femmes ont fait leur place dans les salles de rédaction… sauf à la caricature. Pourquoi ? Franchement, I don’t know.

Terry Mosher

« C’est un mystère pour moi aussi ! », admet candidement au bout du fil Sue Dewar, la caricaturiste dont le nom revient le plus souvent quand la question est posée.

Native de Montréal, la caricaturiste est entrée au Calgary Sun au début des années 1980, et a fait toute sa carrière dans le réseau Sun Media. Bien sûr, raconte-t-elle, elle a croisé en début de carrière des éditeurs de journaux qui ne voulaient rien savoir d’une femme dans les pages éditoriales. « Et je me souviens qu’il y avait des femmes qui dessinaient dans des journaux locaux de Vancouver ou de Yellowknife. Mais tous ces journaux ont disparu. »

PHOTO FOURNIE PAR SUE DEWAR

Sue Dewar, caricaturiste pour le réseau Sun Media

Moins de journaux, moins de caricaturistes, et moins de voix diversifiées : c’est la réalité implacable qui touche le métier. « Les caricaturistes sont aussi bons qu’on leur permet de l’être », rappelle Sue Dewar. Mais si personne ne les embauche ou n’achète leurs dessins, qui paiera l’épicerie ?

« Monétiser des mèmes, je ne sais pas si c’est possible », dit Vincent Houde, l’un des trois auteurs derrière le compte « Mèmes Fruiter » (voir autre texte). Les mèmes – ces vignettes humoristiques où des images connues (photos, dessins) sont trafiquées pour livrer un nouveau message – sont souvent cités comme une nouvelle forme de caricature. Mais les créateurs de mèmes ne vivent pas de leur art. Certains, comme Mèmes Fruiter, songent à conclure des partenariats publicitaires. D’autres tentent de décliner leur concept avec des produits dérivés, ou avec des abonnements payants.

Cet enjeu auquel fait face la relève est préoccupant, mais pas insurmontable, croit Terry Mosher. « Je pense que dans l’avenir, la technologie va évoluer, la plateforme de diffusion va changer, et le point de vue proposé par les caricaturistes aussi va être différent. Mais il y aura toujours de la place pour la satire sous une forme visuelle. »

« La caricature est une soupape, rappelle Chapleau. On dirait que dès que ça va mal, quelqu’un se met à dessiner des bonshommes. C’est un moyen de défense instinctif que de grossir les traits et montrer la bêtise. Quand j’entends dire qu’il n’y aura plus de caricature, ça m’inspire le contraire. Je ne sais pas comment ça va se faire, mais c’est clair qu’il y en aura toujours. »

Aline Cloutier : une occasion manquée ?

IMAGE TIRÉE DU SITE DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE DU QUÉBEC

Le premier ministre Jean Lesage (1912-1980), par la dessinatrice Aline Cloutier (qui signait Cloutié)

« J’ai eu la chance d’être au bon endroit, au bon moment », dit Sue Dewar, quand elle raconte son embauche au Calgary Sun dans les années 1980. D’autres ont eu moins de chance. C’est notamment le cas d’Aline Cloutier, qui a cogné à plusieurs portes à la fin des années 1950 (dont à La Presse) pour proposer ses dessins. En vain. Une seule de ses caricatures a été publiée dans Le Soleil en 1960, journal où elle a travaillé comme dessinatrice publicitaire, raconte-t-elle dans cette entrevue sur le site de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, où sont conservés ses dessins.

Le web comme planche à dessin

Si des générations de caricaturistes ont aiguisé leur plume dans des magazines ou des journaux, la relève s’exprime désormais de façon virtuelle, et surtout en mèmes. Petit survol des satiristes à l’œuvre sur les réseaux sociaux québécois.

L’actualité en mèmes

  • L’actualité en mèmes

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @LACTUMEMES

    L’actualité en mèmes

  • L’actualité en mèmes

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    L’actualité en mèmes

  • L’actualité en mèmes

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    L’actualité en mèmes

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Probablement l’un des comptes Instagram de « mèmes » les plus collés sur l’actualité politique. Son auteur, prénommé Maxime, nous a parlé à la condition que son nom de famille ne soit pas publié. « Je suis quelqu’un qui préfère rester dans l’ombre », dit ce contractuel… dont le métier n’est pas toujours compatible avec ce genre de satire. La pandémie a néanmoins donné envie à ce trentenaire montréalais plutôt à gauche de consacrer un peu plus d’énergie à ce passe-temps lancé en 2013, question de peaufiner son humour et sa verve pour mieux se démarquer. « J’essaie de taper sur tout le monde. Mais il est plus facile de se moquer de certains politiciens que d’autres. On fait vite le tour des clichés concernant Jagmeet Singh ou Valérie Plante. On s’est moqué mille fois du rire de Valérie Plante, ce n’est plus drôle. Tandis que Denis Coderre, lui… »

Consultez le compte @lactumemes

Mèmes Fruiter

  • Mèmes Fruiter

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    Mèmes Fruiter

  • Mèmes Fruiter

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    Mèmes Fruiter

  • Mèmes Fruiter

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    Mèmes Fruiter

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Avec ses 62 000 abonnés sur Instagram, c’est l’un des comptes québécois les plus connus et actifs du genre. Les trois gars derrière le clavier des Fruiter ont pour réelle volonté de « promouvoir la culture québécoise ». S’ils lancent quelques vannes du côté politique, ils s’intéressent surtout à la culture populaire, qu’il s’agisse des artistes québécois, des émissions Occupation double ou District 31, des restaurants Mikes ou Pacini. Le type d’humour truffé de franglais et de références culturelles « milléniales » laisse parfois en touche les nouveaux abonnés à qui c’est moins familier… « Ça nous arrive parfois de publier des trucs vraiment nichés que seulement 20 personnes vont comprendre », admet Vincent Houde, qui a lancé ce compte avec ses complices lorsqu’il était étudiant, et qui travaille aujourd’hui pour une agence de publicité. « Mais on essaie d’être accessibles quand même. »

Consultez le compte @memesfruiter

Assignée Garçon

  • Dessin de Sophie Labelle

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    Dessin de Sophie Labelle

  • Dessin de Sophie Labelle

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    Dessin de Sophie Labelle

  • Dessin de Sophie Labelle

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    Dessin de Sophie Labelle

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La bédéiste Sophie Labelle, militante transgenre, publie régulièrement sur Facebook ses vignettes qui tiennent lieu parfois de caricature, parfois d’éditorial, parfois simplement d’exercice de vulgarisation sur les enjeux qui touchent les personnes trans (principalement), mais également toute la diversité des identités sexuelles et de genre. Instructif, percutant, efficace.

Consultez la page d’assigneegarcon

La Comtesse woke

  • La Comtesse Woke

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    La Comtesse Woke

  • La Comtesse Woke

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    La Comtesse Woke

  • La Comtesse Woke

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    La Comtesse Woke

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En voilà une qui se distingue élégamment en s’exprimant à travers les personnages des toiles du XVIIIsiècle sur des sujets très XXIsiècle. Cette « aristocrate qui a checké ses privilèges » – elle aussi protège son anonymat – se moque autant d’elle-même que de l’actualité du jour, comme l’indignation causée par l’adoption du pronom non genré « iel », le discours masculiniste, les chansons de Nicola Ciccone, les propos de l’humoriste Guy Nantel.

Consultez le compte @lacomtessewoke

Mèmes Socialistes Gourmands

  • Mèmes socialistes gourmands

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    Mèmes socialistes gourmands

  • Mèmes socialistes gourmands

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    Mèmes socialistes gourmands

  • Mèmes socialistes gourmands

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    Mèmes socialistes gourmands

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Ces vignettes pour « bobos de gauche qui votent Québec solidaire, aiment le vin nature et Occupation double » ont attiré plus de 47 000 abonnés sur Instagram. Les sujets abordés, s’ils ne se distinguent pas vraiment des autres comptes du genre, sont traités avec une langue moins cryptée qu’ailleurs. Au menu, des préoccupations très vingtenaires (célibat, épisodes de déprime et d’anxiété, dépendance aux réseaux sociaux…) et flèches dirigées contre tout ce qui situe politiquement à droite de QS – un terrain de jeu assez large merci, mettons.

Consultez le compte @memes. socialistes. gourmands

Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe

  • Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe

    IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACOBOOK D’ORGSTRUCO

    Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe

  • Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe (@OrgStruCo)

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    Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe (@OrgStruCo)

  • Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe (@OrgStruCo)

    TIRÉ DE LA PAGE FACOBOOK D’ORGSTRUCO

    Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe (@OrgStruCo)

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Alors là, accrochez-vous à votre clavier, on a affaire à un humour engagé, absurde et grinçant, qui n’est pas à la portée de tous. L’une des personnes derrière ce compte Facebook – elle a poliment décliné notre demande d’entrevue – se présente sous le pseudonyme de Mishel Kekourge, un patronyme inspiré d’un questionnement existentiel (« Qui suis-je ? Que fais-je ? Que courge-je ? ») et travaille en intervention sociale quelque part au Québec. Plus de 50 000 abonnés suivent avec enthousiasme ces mèmes où Mishel écorche la culture du viol, les inégalités sociales et le racisme systémique, le tout dans une langue absolument décomplexée et hilarante… pour ceux qui peuvent la comprendre, du moins.

Consultez la page d’OrgStruCo

Mème : Image, vidéo, texte ou autre élément, généralement amusant, que les internautes copient et diffusent très rapidement, souvent avec de légères variations.

Source : Termium, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada

Apprendre à rire de soi

IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER @DEADDER

Caricature publiée le 15 février 2019

Peut-on rire de tout ? Tout dépend de la manière… et de la personne qui tient le crayon. Quelques réflexions sur l’autodérision.

« Cette foule “woke" me rend nerveux », a admis le caricaturiste Terry Mosher, dit Aislin, au cours d’une vidéoconférence en octobre pour souligner la parution des timbres commémoratifs de Postes Canada. « Ils sortent des universités, en disant qu’on ne peut pas rire de ci, ou de ça… Ça mérite une réflexion. »

Autour de lui, ses camarades satiristes ont hoché la tête. « Il y a quelque chose de malsain dans les sociétés qui ne peuvent pas rire d’elles-mêmes », a dit Brian Gable, du Globe and Mail. « Mais il faut surveiller cet élément sur tellement d’angles, qu’ils soient “woke”, religieux, politique. Ce ne sont pas seulement les politiciens qui ne veulent pas faire rire d’eux. C’est plus compliqué. »

« Je pense qu’on peut juger une société à son degré d’autodérision », dit en entrevue Terry Mosher. Depuis ses débuts en caricature en 1967, il a vu la société se décoincer. Il a connu les « trolls » d’avant l’internet, l’épiderme sensible des francophones séparatistes et des anglos traditionalistes, le radicalisme religieux et parfois assassin. Chaque fois, il a trouvé ses repères.

Mais ce courant de pensée ultraprogressiste et revendicateur, maladroitement qualifié de « wokisme », le laisse à la fois perplexe et désemparé.

Je ne sais pas encore comment me situer là-dedans. Les « wokes » appuient des causes justes. Ils sont nés de la défense des Autochtones et d’autres causes du genre. Mais l’intensité de cet engagement nuit parfois à la cause, et ça ne laisse pas beaucoup de place à l’humour. Il faut pourtant trouver une façon d’en parler et d’en rire. Personne n’est parfait, vous savez.

Terry Mosher, caricaturiste, Montreal Gazette

Son ami Serge Chapleau partage son état d’esprit. « Si j’avais une bonne idée [pour caricaturer le “wokisme”], je la ferais. Mais je ne sais pas quoi dessiner. Je ne sais pas quoi dire. Laissez-moi le temps de comprendre ce qu’ils veulent. »

Est-ce par peur de choquer ? « Non, pas du tout. Si tu as peur de la réaction des gens à ta caricature, il faut lâcher la job tout de suite ! dit-il. Mais je ne sais pas comment traiter ce sujet. C’est trop complexe. Parfois, je suis entièrement d’accord avec eux. Parfois, c’est totalement le contraire. »

Viser la bonne cible

« Dans toute révolution, ça déborde toujours au début, avant de se calmer, observe la caricaturiste Sue Dewar. En ce moment, il y a des gens qui sont frustrés, qui essaient simplement de vivre leur vie, et qui sont particulièrement sensibles. C’est difficile d’en faire une caricature. »

Pour la professeure Ersy Contogouris, les caricaturistes doivent surtout bien réfléchir au message qu’ils souhaitent passer et aux moyens qu’ils utilisent pour le faire.

« La question de base à se poser dans la caricature serait : est-ce que tu t’en prends à un groupe dominant ou un groupe opprimé ? Et si tu t’en prends à un groupe dominant, est-ce que tu utilises un groupe opprimé comme bâton pour frapper ? »

Elle cite en exemple la colère qui a suivi la publication d’une caricature de Michael de Adder en 2019. En pleine controverse autour des accusations portées contre SNC Lavalin, le caricaturiste d’Halifax a représenté l’ancienne ministre Jody Wilson-Raybould bâillonnée face au boxeur Justin Trudeau.

« Je comprends la métaphore et je comprends le deuxième degré, dit Ersy Contogouris. Mais il reste qu’il s’agit d’une image de violence sur le corps d’une femme, d’une femme autochtone en plus, alors que l’on connaît la situation des femmes autochtones disparues et assassinées. » Devant le tollé, Michael de Adder s’était d’ailleurs excusé publiquement et avait « promis de faire mieux » à l’avenir.

Une autre génération

Vincent Houde, l’un des trois créateurs du compte Instagram « Mèmes Fruiter », appartient à une autre génération de satiristes et voit les choses autrement. « J’ai appris avec le temps à ne pas m’aventurer sur des choses que je ne connais pas. »

« Il faut y aller avec d’où tu viens. Moi, je viens de Québec. Je ne me suis jamais gêné de rire des gens de Québec, puisque je viens de là. Aujourd’hui, je vis à Montréal. Je peux continuer à rire des gens de Québec, mais je peux aussi rire de Montréal, puisque j’y vis. »

« Une personne homosexuelle peut user d’un terme homophobe et, dans son cas, ce sera de l’autodérision », dit celui qui dit être conscient de son biais de « gars, blanc et hétéro ». « On ne peut pas rire de tout, mais on peut avoir de l’autodérision. »

« Je me censure beaucoup, de plus en plus. Par simple paix d’esprit, ou parce que je n’ai pas l’énergie de faire tous les combats », dit en entrevue l’auteur trentenaire derrière le compte « L’Actualité en mèmes », qui souhaite conserver l’anonymat.

« Mais je ne suis pas d’accord avec ceux qui croient qu’“on ne peut plus rien dire”. Ces personnes semblent s’étonner de voir qu’il y a des répercussions à ce qu’elles disent. Les critiques, on les entend davantage aujourd’hui en raison des réseaux sociaux. C’est vrai qu’il y a une montée du “wokisme radical”, que la “culture de l’annulation” existe. Et c’est vrai qu’on ne peut plus dire impunément des choses racistes et sexistes. Mais criss, c’est normal ! »

Elles dessinent, elles aussi

IMAGE FOURNIE PAR SUE DEWAR

Caricature de Sue Dewar illustrant un castor canadien qui grignote la jambe artificielle du chef bloquiste Lucien Bouchard

Tant au Québec qu’au Canada, aux États-Unis ou en Europe, très peu de femmes ont réussi à faire leur place comme caricaturistes dans les grands médias. En voici quatre qui l’ont fait.

Sue Dewar, Canada

  • Sue Dewar

    IMAGE FOURNIE PAR SUE DEWAR

    Sue Dewar

  • Sue Dewar

    IMAGE FOURNIE PAR SUE DEWAR

    Sue Dewar

  • Sue Dewar

    IMAGE FOURNIE PAR SUE DEWAR

    Sue Dewar

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Quand elle était enfant, ses parents affichaient des caricatures de Duncan Macpherson au mur, et la famille jouait à deviner quelle nouvelle d’actualité avait inspiré le dessin. Au début des années 1980, Sue Dewar a cogné aux portes des journaux pour proposer ses propres œuvres. Le Toronto Star, qui la trouvait trop « à gauche », l’a rejetée. « Au Globe and Mail, j’ai entendu les gens discuter entre eux et dire qu’ils ne voulaient pas engager de femmes », raconte-t-elle avec amusement. C’est finalement le Calgary Sun qui l’embauchera. Les Québécois se souviendront peut-être de son dessin, paru en 1995, dans lequel un castor canadien grignotait la jambe artificielle du chef bloquiste Lucien Bouchard… La colère engendrée était telle que des menaces de mort avaient été proférées à son endroit. Aujourd’hui, à 72 ans, elle publie encore au moins un dessin par semaine qui est repris dans le réseau des publications de Sun Media.

Consultez la page des caricatures du Toronto Sun (en anglais)

Ann Telneas, États-Unis

  • Ann Telneas

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @ANNTELNAES

    Ann Telneas

  • Ann Telneas

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @ANNTELNAES

    Ann Telneas

  • Ann Telneas

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @ANNTELNAES

    Ann Telneas

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Avant de commencer à publier dans les pages du Washington Post au début des années 2000, Ann Telneas a manié du crayon dans les studios d’animation de Walt Disney. Sa carrière est constellée de prix prestigieux, dont le Pulitzer, le grand prix de journalisme américain. « J’ai toujours eu le sentiment qu’aux États-Unis, la caricature est l’enfant bâtard du journalisme, a-t-elle déjà déclaré en entrevue. Parce que la plupart des éditeurs de journaux nous voient seulement comme des humoristes, des gens moins importants que les commentateurs sérieux. »

Consultez le compte @anntelnaes

Siri Dokken, Norvège

  • Siri Dokken

    TIRÉ DU SITE SIRIDOKKEN. NO

    Siri Dokken

  • Siri Dokken

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    Siri Dokken

  • Siri Dokken

    IMAGE TIRÉE DU SITE SIRIDOKKEN. NO

    Siri Dokken

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Caricaturiste du journal norvégien Dagsavisen depuis 1995, Siri Dokken publie également dans des magazines, illustre des livres pour enfants, et a même dessiné une pièce de monnaie pour célébrer le 100anniversaire du droit de vote des Norvégiennes en 2013. Ses œuvres, d’une grande beauté artistique, n’en sont pas moins percutantes quant au message qu’elles portent, que ce soit pour dénoncer le sort des réfugiés abandonnés, l’image tordue du corps de la femme idéale, la crise climatique ou le harcèlement sexuel.

Consultez le site de Siri Dokken (en anglais)

Coco (Corinne Rey), France

  • Coco (Corinne Rey)

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @COCOBOER

    Coco (Corinne Rey)

  • Coco (Corinne Rey)

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @COCOBOER

    Coco (Corinne Rey)

  • Coco (Corinne Rey)

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @COCOBOER

    Coco (Corinne Rey)

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Avec sa nomination en avril dernier au quotidien Libération, la caricaturiste Coco est devenue la « première femme à avoir un tel rôle dans un quotidien national » en France. Ce à quoi elle a répondu : « J’espère qu’on n’est pas venu me chercher parce que j’ai des nichons…. » Une réplique aussi tranchante que sa plume acérée, qu’elle a passé des années à aiguiser en compagnie des plus grands du genre au magazine Charlie Hebdo. La subtilité n’est pas son style ; ses personnages bavent et grimacent, montrent leurs fesses, disent des grossièretés. Et c’est très bien comme ça.

Consultez le compte @cocoboer

Rectificatif
La version originale de ce texte a été modifiée pour corriger le nombre de personnes qui administrent le compte Facebook « OrgStruCo ».