La langue française évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, notre conseillère linguistique décortique les mots et les expressions qui font les manchettes ou qui nous donnent du fil à retordre.

Lucie Côté La Presse

L’usage du verbe partager a beaucoup évolué récemment grâce aux médias sociaux (ou à cause d’eux ?).

On trouve maintenant dans le Robert partager au sens de « rendre accessible ; faire connaître » (il ne sera pas question ici des sens traditionnels du verbe). Partager une recette, une astuce avec ses lecteurs. Les influenceurs partagent des vidéos et des photos de nouveaux produits.

Partager du contenu avec ses lecteurs, c’est le mettre à leur disposition. Cet emploi est maintenant si répandu qu’il tend à faire oublier d’autres verbes qui conviennent toujours en ce sens, comme diffuser, relayer, transmettre ou retransmettre. On peut aussi encore tout simplement envoyer des messages. Diffuser des messages, transmettre des photos à ses amis. Les adeptes des médias sociaux aiment partager des photos, des vidéos ou des commentaires.

Par ailleurs, on trouve aussi dans le Larousse le verbe poster au sens de « publier un article, un commentaire, une photo ou une vidéo » sur l’internet, mais le Robert souligne que le verbe publier est la recommandation officielle en ce sens.

Qu’en est-il de la tournure « vous partager » que l’on entend et lit de plus en plus ? Elle reste fautive ou, à tout le moins, déconseillée. On n’écrira pas, par exemple, « Je vous partage une vidéo », ou « Avez-vous deux minutes pour nous partager votre opinion ? », une formulation que des lecteurs ont relevée sur le site de La Presse.

Encore une fois, il existe quantité d’équivalents pour éviter cette faute. Faire part de ses commentaires, de son opinion, de son expérience. Faire partager son expérience, sa passion. Parler de son expérience. Raconter une anecdote, son histoire. Faire connaître ses impressions. Communiquer des commentaires, des idées, des opinions, des renseignements. Fournir, transmettre des renseignements à des organismes. Raconter ses aventures à un auditoire. Mettre en commun des connaissances. Échanger des renseignements. Émettre une opinion. Aborder une question, un sujet. Discuter d’un livre. Exprimer des réserves.

Courrier

Question : que fait-on avec l’expression « l’été indien » ?

Réponse : L’été indien (ou des Indiens) est une expression qui désigne, selon la définition du Multidictionnaire de la langue française, une « période de chaleur et de soleil assez brève au milieu de l’automne (en octobre) ».

On peut préférer l’éviter pour diverses raisons : le mot indien est mal employé, c’est un calque de l’anglais Indian summer, etc. Il se peut bien que l’on délaisse un jour cette expression. Après tout, on a déjà employé l’expression « été des Sauvages », qui a disparu en raison de son caractère péjoratif.

Il serait plus simple de parler de redoux (automnal). En se souvenant qu’à notre époque, l’adjectif se prononce o-to-nal.

Si on a envie de plutôt s’inspirer de l’Europe, on peut adopter l’expression été de la Saint-Martin, employée en France, notamment, qui désigne un redoux qui se produit en novembre (la Saint-Martin se fête le 11 novembre). Mais on risque de ne pas toujours être compris.

Et si on a vraiment le cœur à la fête quand la saison estivale se prolonge, il y a encore l’été des bonnes femmes (vers la fin de septembre), l’été de la Saint-Denis (9 octobre), l’été de la Saint-Géraud (13 octobre), l’été de la Sainte-Thérèse (15 octobre), l’été de la Saint-Luc (18 octobre) ou l’été de la Toussaint (à la fin d’octobre ou au début de novembre).

Vous avez des questions sur la langue française ? Posez-les à notre conseillère linguistique.