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Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Q : L’entente d’Hydro-Québec avec l’État de New York m’amène à m’interroger sur le niveau des réservoirs hydroélectriques et sur la façon dont ils évolueront avec les changements climatiques. Le niveau de nos rivières était bas cet été… Est-ce qu’on risque de vivre du délestage dans les périodes de pointe de consommation ?

Guy Boisclair

R : Monsieur Boisclair,

Cette question est suivie de près par de nombreux scientifiques au Québec, notamment ceux du consortium Ouranos fondé à cette fin.

La hausse des températures fera augmenter l’évaporation dans les rivières et les réservoirs, ce qui peut en effet laisser croire qu’on se dirige vers des problèmes.

Dans le nord de la province, toutefois, les modélisations prévoient une hausse des précipitations assez substantielle au cours des prochaines décennies. Le résultat net, c’est qu’on s’attend à une augmentation du débit dans les bassins hydrologiques d’Hydro-Québec d’environ 12 % pour 2050.

Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, prévient toutefois qu’il s’agit d’une moyenne et que les changements climatiques apporteront aussi une plus grande variabilité du climat. Il n’est donc pas à exclure que l’on connaisse des années plus sèches au cours des prochaines décennies dans le Nord québécois, malgré une tendance générale inverse.

Les changements climatiques auront aussi un impact sur la consommation d’électricité. Puisqu’il fera moins froid en hiver, nous aurons moins besoin de chauffer. Cette baisse de la demande sera en partie compensée par une augmentation de la climatisation en été, mais pas complètement. Résultat : Ouranos prévoit une diminution globale de la demande de 2,7 % au Québec d’ici 2050 à cause des changements climatiques.

Sur un autre plan, la fréquence accrue des évènements extrêmes (vents violents, orages, incendies de forêt, pluies torrentielles, pluie verglaçante, tornades) pourrait augmenter les risques pour les infrastructures de transport et de distribution d’Hydro-Québec. La société d’État vient de réaliser une analyse de vulnérabilité de ses actifs et de ses activités et un tout premier plan d’adaptation aux changements climatiques est en cours de préparation.

Dans tous les cas, Hydro-Québec assure avoir assez d’électricité pour répondre à la demande future au Québec, malgré les nouvelles ententes d’exportation avec l’État de New York et le Massachusetts.