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Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Q : À la suite de la lecture de votre éditorial (sur les armes à feu et la campagne électorale), je me pose la question suivante : pensez-vous vraiment que légiférer sur les armes à feu va empêcher quelqu’un de s’en procurer une sur le marché noir ?

Luc B.

R : Luc,

Vous n’êtes pas seul à vous poser cette question. Plusieurs lecteurs nous ont écrit pour plaider que le véritable problème est la contrebande d’armes à feu venant des États-Unis, et que les propriétaires d’armes légales n’ont rien à voir avec les fusillades qui secouent actuellement Montréal et d’autres villes.

À cela, nous répondons qu’il est possible de combattre le trafic d’armes ET de resserrer le contrôle des armes au Canada. En fait, la sécurité des citoyens passe par cette double stratégie.

Il est indiscutable que la contrebande d’armes est un fléau au pays et qu’il faut agir pour la contrer. D’un autre côté, des tueries comme celles de Polytechnique, de Concordia, du collège Dawson et de la Mosquée de Québec ont été perpétrées avec des armes légales. C’est aussi le cas d’une grande proportion d’homicides et de suicides.

Autre problème : les armes légales sont souvent volées et finissent sur le marché noir. En 2017, Statistique Canada a répertorié 3603 évènements pendant lesquels au moins une arme avait été volée.

Ces vols sont d’ailleurs en augmentation au pays. En 2018, la tuerie de l’avenue Danforth à Toronto, qui a fortement secoué la ville et fait 3 morts et 13 blessés, a été perpétrée avec une arme légale volée.

Étienne Blais, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, souligne que si les membres du crime organisé peuvent s’approvisionner sur le marché noir, d’autres, qui ont moins de contacts, peuvent trouver plus facile de profiter des vérifications laxistes du côté légal pour acheter des armes.

« Si on resserre le contrôle des armes de poing, c’est clair qu’on coupe l’une des sources d’approvisionnement des délinquants. Ça vient aussi augmenter le prix des armes sur le marché noir et ça augmente les efforts que les délinquants doivent déployer pour les acquérir », dit-il.

D’où la pression sur les chefs des partis fédéraux pour accoucher d’une stratégie claire sur le contrôle des armes à feu.

Lisez notre éditorial « Et les armes à feu, chers politiciens fédéraux ? »