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Publié le 5 sept. 2021
Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Q : Je veux bien, la faute de Biden et de ben Laden, mais après 20 ans d’intervention pour développer la démocratie en Afghanistan, comment se fait-il que les Afghans et l’armée afghane soient retombés aussi facilement aux mains des talibans ? Est-ce que les Afghans eux-mêmes n’en portent pas une part de responsabilité ?

Claire V.

R : Ce fut l’une des premières réactions de Joe Biden après la chute de Kaboul : il a rejeté la responsabilité sur les Afghans.

« Nous leur avons donné toutes les chances de déterminer leur propre avenir. Ce que nous ne pouvions pas fournir, c’est la volonté de nous battre pour cela », a-t-il dit.

Il a plus tard atténué ses critiques. Le contraire aurait été gênant. Il sait fort bien que les responsabilités sont partagées.

Il n’est pas faux de dire que les forces afghanes et leurs dirigeants ont baissé les bras. Ils l’ont fait, toutefois, parce qu’ils avaient l’impression d’avoir été lâchés par les Américains, fait remarquer le politologue de l’Université de Sherbrooke Sami Aoun. « Depuis quelque six mois, c’est-à-dire depuis l’entente de Doha, selon laquelle les talibans sont devenus l’interlocuteur principal des Américains », a-t-il expliqué, faisant référence à la nature de l’accord de paix signé quand Donald Trump était président.

Par ailleurs, du strict point de vue militaire, les soldats afghans « savaient que le jour, ils dominaient, mais que la nuit appartenait aux talibans ». Et ils ont compris que la situation allait s’envenimer quand les Américains ont annoncé qu’ils fermaient la base aérienne de Bagram, a souligné l’expert. Cela voulait dire que l’appui de l’aviation américaine, pourtant crucial, n’existait plus.

Alors forcément, il est bien difficile de tracer la ligne entre le rôle joué par l’administration Biden, celui de l’administration Trump et celui des responsables et des soldats afghans dans ce fiasco.

Il est cependant clair, à voir la vitesse avec laquelle les talibans ont repris le contrôle du pays et à voir le chaos ayant entouré le retrait des forces américaines, que la Maison-Blanche a mal géré cette opération cruciale.

La question à se poser – et des enquêtes à venir aux États-Unis tenteront de nous éclairer à ce sujet –, c’est : comment se fait-il qu’à Washington, personne n’ait prévu un tel scénario ?

Lisez notre éditorial « La faute de Biden… et de ben Laden ! »