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Guillaume Gallienne: à table avec Guillaume sans les garçons

Guillaume Gallienne incarne sa mère dans son film... (Photo: fournie par Films Séville)

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Guillaume Gallienne incarne sa mère dans son film autobiographique intitulé Les garçons et Guillaume, à table!

Photo: fournie par Films Séville

Guillaume Gallienne est un acteur français de 42 ans, devenu en 2005 le 513e sociétaire de la Comédie-Française. C'est aussi un gosse de riche qui a grandi dans la grande bourgeoisie française entre deux frères sportifs, machos et beaux garçons alors qu'il était plutôt chétif, maladroit et pas très mignon.

Mais ces jours-ci, Guillaume Gallienne, c'est avant tout le type qui prend sa revanche sur la vie, le type qui vient de remporter cinq Césars, dont ceux du meilleur acteur et du meilleur film pour son autofiction Les garçons et Guillaume, à table!, un film qui a cartonné au box-office français avec plus de 2,5 millions de spectateurs, un exploit en ces temps où les prophètes de malheur prédisent un peu partout la mort du cinéma en salle.

Or, avant d'être un film, Les garçons et Guillaume, à table! était une pièce de théâtre qui était elle-même l'histoire vraie et vécue de Guillaume Gallienne, un garçon vouant un culte effréné à sa mère et convaincu d'être du même sexe qu'elle. Comment en aurait-il été autrement puisque, chaque fois que Melitta Rotvand-Gallienne appelait ses fils à table, elle s'écriait le plus nonchalamment du monde: «Guillaume ET les garçons, à table», son ET érigé comme le mur de Berlin, isolant à jamais le petit Guillaume du monde masculin pour mieux le ranger dans le camp des filles.

«C'est chez mon psy que je me suis rappelé un jour que ma mère faisait toujours cette distinction entre mes frères et moi chaque fois qu'on passait à table. C'est quand même énorme, non!», m'a lancé Guillaume Gallienne, encore ébahi par l'insouciance maternelle, sous le porche de l'hôtel de Rome, à Berlin, où je l'ai rencontré le jour même de son 42e anniversaire, le 8 février dernier.

Dès l'instant où je lui ai serré la main, j'ai senti que j'allais m'amuser follement. Guillaume Gallienne n'a peut-être pas la belle gueule de George Clooney, mais il dégage un charme communicatif et contagieux doublé d'un sens de l'humour irrésistible. C'est un Français comme on les aime: ouvert, curieux, intelligent, pas prétentieux et aussi sincère que le film qu'il a écrit, réalisé et qui fait parfois penser à C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, à une nuance près: Les garçons et Guillaume, à table! est un coming out inversé: celui d'un gamin catalogué homo par son entourage qui finit par découvrir son hétérosexualité.

Un succès inespéré

Le succès que ce film autobiographique a connu, Guillaume Gallienne l'espérait.

«Mais jamais à ce point-là, s'écrie-t-il. Déjà que réussir à faire ce film alors que je n'avais jamais réalisé avant, ce n'était pas évident. Et puis, c'est un film sur la grande bourgeoisie, celle qui claque des doigts et change de décor à tout bout de champ. Il fallait des moyens pour tourner ça. Or investir des millions sur le premier film d'un débutant, ça ne va pas de soi. Mais comme ma pièce avait tenu l'affiche pendant deux ans et connu un grand succès, Gaumont a décidé de prendre le risque.»

Avant même d'écrire cette pièce en forme de solo puis de la créer en 2008 au Théâtre de l'Ouest parisien, Guillaume Gallienne voulait déjà tourner le film.

«Le théâtre, raconte-t-il, m'a donné une prise sur la réalité. C'est ce qui a permis à l'enfant trop passif, trop bien élevé, que j'étais de cesser d'avoir peur de tout et de s'assumer. Mais avant de découvrir le théâtre ou d'aller au Cours Florent, je m'en sortais en faisant des films dans ma tête. Je m'échappais littéralement grâce au cinéma. Quand mes parents m'ont envoyé, enfant, dans cette ville moche en Espagne, j'ai fait comme si je jouais dans un film d'Almodóvar. Quand je me suis retrouvé dans un pensionnat en Angleterre, j'ai fait comme si j'étais dans un film de James Ivory. La réalité devenait plus supportable grâce au cinéma.»

La vedette de l'heure

Aujourd'hui, la réalité de Guillaume, ce n'est plus celle de cet enfant passif dont on se moquait ou de l'acteur qui tente de faire sa marque, mais celle de la vedette de l'heure à qui on propose des rôles en or comme celui de Pierre Bergé dans le film biographique sur Yves Saint Laurent ou encore la voix de M. Peabody dans le dessin animé M. Peabody et Sherman.

Non pas que Guillaume Gallienne était un pur inconnu avant. Il avait tenu de petits rôles au cinéma dans Fanfan la Tulipe, Astérix, Jet set et Fauteuil d'orchestre. Il s'était fait remarquer à la télé dans l'émission Le Grand Journal où, chaque semaine, il imaginait de toutes pièces le bonus DVD d'un film.

Mais Les garçons et Guillaume, à table! a fait grimper sa cote et mousser sa notoriété, traçant la voie de son triomphe à la cérémonie des Césars.

La masculinité à coeur

Le succès du film, qui sortira chez nous le 14 mars, tient à plusieurs facteurs.

D'abord, la sincérité de son auteur, son talent indéniable de cinéaste, l'idée brillante qu'il a eue de jouer son propre rôle, mais aussi celui de sa mère, le timing de la sortie du film au lendemain de la crise du mariage gai, la légèreté du ton et la richesse du propos qui parle autant d'identité sexuelle et de masculinité que de stéréotypes.

«On y voit ce qu'on veut bien voir, mais pour moi, c'est clair que le sujet qui me tenait à coeur, c'était la masculinité, sans doute parce que les critères masculins de ma famille, ça m'était impossible d'y répondre. J'avais un père chasseur alpin, membre de l'équipe de bobsleigh olympique, qui faisait le cap Horn en voilier chaque année. Mes frères étaient sportifs et beaux et moi, j'étais ingrat et terriblement passif. Or ce n'est pas parce qu'on est passif qu'on est automatiquement homo. Je connais un tas de types qui sont étiquetés homos en raison de leur passivité, mais ils ne sont pas ambigus pour autant.»

Comme l'a écrit un journaliste français, Les garçons et Guillaume, à table!, c'est l'histoire d'une identité qui refuse qu'on la range dans une case. C'est une vision assez juste du film, mais qui passe sous silence un facteur important: le film n'est pas la quête de libération d'un jeune homosexuel. Tout le contraire, en fait. Lorsque je fais remarquer à Guillaume Gallienne qu'en fin de compte, son film semble fait sur mesure pour rassurer le public hétéro, il me fait de gros yeux.

«Come on!, dit-il avec un impeccable accent anglais. Je n'ai pas fait ce film pour rassurer qui que ce soit. D'ailleurs, qui peut dire qu'il n'aura jamais une histoire homo? Moi, j'aurais très bien pu devenir homo, si le Jeremy dont je tombe amoureux dans le film avait voulu de moi. J'ai eu des relations avec les hommes comme avec les femmes. Mais j'ai remarqué que les hommes m'attiraient de manière narcissique et complexée et ça, j'aimais plus ou moins. Et puis un jour, j'ai rencontré Amandine. Ce jour-là, je suis tombé amoureux non pas d'un être humain de sexe indéterminé, mais bel et bien d'une femme.»

Cette distinction, Guillaume Gallienne y tient comme à la prunelle de ses yeux, tout comme au fils de 7 ans qu'il a eu avec sa chère Amandine. Pour le reste, la vie n'a jamais été aussi bonne et aussi belle pour Guillaume Gallienne.

Mais ses succès au cinéma ne l'éloigneront pas pour autant du théâtre. En mai, il retournera à la Comédie-Française pour incarner le personnage de Lucrèce Borgia, une autre femme, mais nettement moins drôle que sa maman adorée.

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Les garçons et Guillaume, à table! prend l'affiche le 14 mars.




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