Anabelle Nicoud LA PRESSE

Son premier film fait courir dans les salles mexicaines. En entrevue avec La Presse, Francisco Vargas, le réalisateur d'El Violin, à l'affiche depuis la semaine dernière à Montréal, revient, une semaine après la parution de notre dossier sur le cinéma mexicain, sur l'un des plus beaux succès de l'année.

El Violin est l'histoire la plus simple, et la plus belle, du monde. Celle d'un vieil homme, Don Plutarco, qui, par la seule force de son violon, veut sauver sa terre et sa famille. Guerre, terre, transmission. Les thèmes et héros d'El Violin peuvent sembler masculins.

Pourtant, le personnage de Don Plutarco a été inspiré à Vargas par son arrière-grand-mère, une force de la nature morte à 115 ans, et sa grand-mère, «une femme forte et aguerrie, qui montait à cheval, fumait abondamment et buvait comme n'importe quel homme», se souvient-il.

Tourné en noir et blanc, le film ne dit pas quand et où il se passe. Francisco Vargas est pourtant loin d'avoir signé une fable, ou un conte. «Quand le spectateur entre dans le film, le noir et blanc efface les limites temporelles et spatiales, estime-t-il. Parfois j'aimerais affirmer qu'il y a réellement un espace et un temps associé au film. Sauf qu'il est plus difficile de le localiser.»

L'histoire de peuples déchus de leurs terres est une histoire typiquement mexicaine et sud-américaine. «En ce moment très précis dans plusieurs régions du Mexique, les populations souffrent des exactions gouvernementales et des violations aux droits humains. On réprime toutes alternatives pour que s'expriment les opinions en dehors de ce qu'ils appellent leur «démocratie officielle»«, dit Francisco Vargas.

La musique de Don Plutarco symbolise la liberté perdue et la mémoire de ses souffrances, non-dites et non-écrites. «Pour moi, la paix transmise par la voie de la musique amène à réfléchir sur la guerre et «son sens». La musique fait taire les armes, car celles-ci étouffent les notes jusqu'à les éteindre», croit-il.

Tourné avec un budget de 1 million US, distribué au Mexique dans une vingtaine de salles, El Violin a réussi à se tailler un succès majeur entre les toiles de l'homme araignée, Spider-Man 3, tout en recueillant un accueil très favorable autour du monde.

«Pour moi le succès du film partout dans le monde est dû, premièrement, au fait qu'il raconte l'histoire humaine d'un vieux luttant pour sauver sa famille et aider son peuple. Ceci fait que nous nous sentons humainement interpellé», croit Francisco Vargas.

Les 200 000 spectateurs mexicains du film, ont, selon le réalisateur été interpellés par un film intelligent. «Les médias de masse au Mexique tentent de faire croire que les gens ont accès à tout. Cependant la médiocrité des programmes présentés à la télé et au cinéma nous font croire que les gens sont traités comme des imbéciles. Cela a toujours été ainsi au Mexique.»

Francisco Vargas se montre critique envers la diversité des films présentés au public mexicain. Critique, certes, mais pas cynique. «Quand un film comme El Violin (qui fort heureusement n'est pas le seul) interpelle l'intelligence des gens, le public est fier d'être pris en considération, et de voir qu'on lui offre ces produits, qui peuvent être commerciaux tout en ayant du contenu», dit-il.