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Sylvain L'Espérance: «le documentaire, c'est du cinéma»

Depuis huit ans, Sylvain L'Espérance voyage une ou... (Robert Skinner, La Presse)

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Depuis huit ans, Sylvain L'Espérance voyage une ou deux fois par année dans le delta du fleuve Niger, au Mali. Avec Intérieurs du delta, il a voulu "saisir comment le delta est confronté à la mondialisation, alors qu'on est dans un lieu de nature magnifique où l'industrialisation n'est pas très présente".

Robert Skinner, La Presse

Son amour indéfectible pour le Mali et son parti pris poétique en ont fait l’un des documentaristes québécois les plus en vue de sa génération. Avec Intérieurs du delta, Sylvain L’Espérance sillonne de nouveau le fleuve Niger pour donner la parole à ceux que l’on n’entend pas, en marge de la civilisation industrialisée, sans pour autant être épargnés par la mondialisation.

«Je pourrais continuer à tourner là le restant de ma vie que je n'arriverais pas à épuiser les sujets, les rencontres», dit Sylvain L'Espérance, pour expliquer son coup de foudre envers cet endroit précis du Mali, le delta du fleuve Niger. «Il y a là un miracle d'eau, qui transforme tout le paysage. Un monde s'est créé autour du fleuve et de sa crue, une culture s'est formée, faites de peuples différents, et de cultures historiques.»

Depuis huit ans, Sylvain L'Espérance voyage une ou deux fois par année dans ce coin de la planète dont il ne se lasse pas, et qu'il aime filmer. Dans son dernier documentaire, Un fleuve humain, paru en 2006, il nous faisait découvrir ses habitants et leurs métiers. Depuis, raconte-t-il, l'Afrique de l'Ouest a connu des révoltes de la faim, sauf au Mali, mais cela ne veut pas dire que la situation y est meilleure. Il a voulu demander aux principaux concernés par la montée en flèche des prix du pétrole et du riz comment ils voyaient leur avenir. «Je voulais saisir comment le delta est confronté à la mondialisation, alors qu'on est dans un lieu de nature magnifique où l'industrialisation n'est pas très présente, explique le réalisateur. Mais plutôt que d'aborder cela avec des experts, j'ai voulu donner la parole à ceux qui sont aux prises avec cette réalité. Ce sont des connaisseurs très lucides de la situation, mais c'est assez rare qu'on a la chance de les entendre sur ces sujets-là.»

Ceux qui parlent sont Sékou Sabe, fabricant de pirogues, et Sékou Niantao, pêcheur, dont les destins sont liés, l'un ayant besoin de l'autre pour travailler. Mais le poisson manque. Le travail en vaut de moins en moins la peine et ils sont bien conscients que leurs enfants ne pourront suivre leurs traces. Il y a aussi Pâpa, première femme de Sékou, qui accepte de prendre la parole en l'absence de son mari, pour raconter l'éternelle fatigue des pêcheurs bozos, et son fils, qui rêve de faire du commerce...

Sylvain L'espérance a probablement filmé un mode de vie voué à disparaître, non seulement pour des raisons économiques et politiques, mais aussi écologiques, réchauffement climatique oblige. Les habitants du fleuve Niger sont à un tournant de leur histoire.

«Je trouve qu'on n'est pas très loin des pêcheurs de la Côte-Nord qui prendraient la parole, note le cinéaste. C'est le même constat, face à des enjeux qui sont les mêmes. Le monde est beaucoup plus petit qu'on le pense, et il y a plein de parallèles à faire par rapport à ici. C'est intéressant de regarder la marche du monde par le prisme du Mali.»

Éloge du documentaire


L'angle de la mondialisation est un point d'entrée dans Intérieurs du delta, mais Sylvain L'Espérance ne veut pas se soumettre à ce qu'il nomme «la dictature du sujet». Il déplore que le documentaire soit souvent confondu avec le reportage. Il faut dire que le milieu du documentaire est en grande partie financé par les télédiffuseurs, qui pensent en termes de télévision et non de cinéma. «On a abandonné la forme pour le fond, car il y a eu tout un courant selon lequel c'était presque un péché de travailler sur la forme, croit Sylvain L'Espérance. Pour moi, c'est lié; l'engagement poétique est aussi important que l'engagement politique. Le documentaire, c'est du cinéma. On constate que la diversité biologique sur la planète est menacée, mais c'est aussi le cas pour la diversité culturelle. Face à cela, les cinéastes doivent essayer d'inventer de nouvelles formes. C'est une résistance.»

Heureusement ou malheureusement, dit-il, depuis 15 ans qu'il fait des films, il a su se passer du financement des télédiffuseurs, réussissant à boucler ses films avec de petits budgets et des équipes réduites. Et c'est précisément cette liberté qu'il aime. Il ne se voit pas faire de la fiction. «Mes collègues qui en font doivent attendre quatre ou cinq ans pour tourner, je n'aurais pas cette patience. J'aime aussi la liberté que le cinéma documentaire m'offre dans la fabrication et même le langage du film, infiniment plus vaste que la fiction, parce qu'il permet de changer d'angle en cours de tournage, en cours de montage. Ce n'est jamais terminé avant le point final. J'aurais beaucoup de difficultés à me passer de cette liberté.»

Son prochain sujet: les migrants de l'Afrique de l'Ouest refoulés aux portes de l'Europe. Toujours avec un crochet par le Mali, bien sûr.




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