Publié le 28 oct. 2011
André Duchesne LA PRESSE

Tous les chemins mènent au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) dans l'oeuvre récente de la cinéaste Jennifer Alleyn.

On en fera le constat au cours des premiers jours de novembre alors que Mme Alleyn mènera de front deux activités associées à ses films 10 fois Dix et L'atelier de mon père. Alors que 10 fois Dix prendra l'affiche le 4 novembre, Mme Alleyn et l'écrivaine Nancy Huston feront partie des artistes invités par le MBAM à participer à une carte blanche à la créativité.

«J'ai un automne palpitant», lance la souriante cinéaste rencontrée dans un café de l'avenue du Mont-Royal.

Le plus récent film de la cinéaste, 10 fois Dix, est consacré au peintre allemand Otto Dix à qui le MBAM a consacré une exposition à l'automne 2010. Même si une partie du film a été tournée au moment de l'accrochage de l'exposition, l'idée de la cinéaste a précédé celle-ci.

«L'origine du film vient du fait qu'un jour, j'ai décidé de suivre un cours pour devenir guide bénévole au MBAM, raconte Mme Alleyn. C'est un long cours avec des examens. On nous demandait de nous asseoir devant un tableau durant deux heures pour en faire une description.»

La cinéaste avait choisi l'oeuvre Portrait de Hugo Simons, un petit tableau de Dix. «Après l'avoir observé durant 15 minutes, j'ai cru que c'était assez, mais j'ai commencé à distinguer toutes sortes de choses. J'ai compris comment Dix avait organisé ses textures, ses couleurs, comment les couches se superposaient. Et puis, il y a toute une histoire derrière ce tableau que le peintre avait remis à M. Simons, un avocat, pour le remercier d'avoir défendu ses droits d'auteur.»

C'est après avoir décidé de faire un film que la cinéaste a appris que le MBAM monterait l'exposition. «Je me suis dit: «Wow! Je vais avoir 200 tableaux à filmer en chair et en os»», lance-t-elle.

Big Bang

Quant à sa participation à Big Bang, elle découle indirectement de L'atelier de mon père, consacrée au peintre Edmund Alleyn. À la suite de ce film, Mme Alleyn a publié un livre sur une cinquantaine d'oeuvres, des lavis sur papier, que son père avait réalisées. L'ouvrage est accompagné d'un texte de fiction écrit par Nancy Huston.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Mme Alleyn a alors pensé à une exposition de ces lavis. Lorsqu'elle a évoqué l'idée à la directrice du MBAM, Nathalie Bondil lui a proposé de joindre l'exposition Big Bang, qui débute le 6 novembre. L'événement regroupe une vingtaine d'artistes invités à créer librement une installation avec pour seule condition de choisir une oeuvre du musée comme point central.

Mme Alleyn a choisi une oeuvre de son père, autour de laquelle elle a accroché les 50 lavis sur papier.

«Pour une cinéaste, un accrochage représente un tout autre rapport à l'espace et au temps, dit-elle. Contrairement à un film, on n'a aucun contrôle sur la période durant laquelle un spectateur regardera une oeuvre avant de passer à la suivante. Chaque spectateur crée son propre film.»

Visiblement, elle sort enchantée de cet exercice. Mais elle retournera bien vite au cinéma. À la mi-novembre, elle sera au Festival international du film d'histoire de Pessac, en France, où 10 fois Dix est en compétition. Ensuite: le Festival du cinéma francophone de Moncton.

Quant à son prochain projet, il abordera la question de la grâce. Avec cette épineuse question: la grâce existe-t-elle dans la nature ou l'homme en a-t-il tiré l'essence?