Publié le 2 déc. 2011
André Duchesne LA PRESSE

En production chez Modus FX, une boîte d'effets visuels de Sainte-Thérèse, Sarila est un film québécois d'animation 3D stéréoscopique dont la création s'échelonne sur deux ans. Un travail de moine qui mobilise des dizaines de créateurs. La Presse est allée à leur rencontre.

>>> Marie-Christine Blais a visité les studios. Voyez la vidéo.

Pour un animateur des studios Modus FX travaillant sur le projet du film Sarila, une bonne journée au bureau équivaut à deux ou trois secondes de peaufinage sur une séquence de ce long métrage d'animation en 3D stéréoscopique.

«Deux secondes, c'est une très grosse journée», assure Marie-Claude Beauchamp de Carpe Diem, qui coproduit le film avec la réalisatrice Nancy Florence Savard de Productions 10e ave de Québec.

Né de la plume des scénaristes Roger Harvey et Pierre Tremblay, Sarila est un film familial dans lequel trois jeunes Inuits partent à la recherche d'un monde où la faune et la flore sont luxuriantes, ce qui leur permettra de sauver leur clan de la famine. En route, ils doivent cependant faire face à bien des embûches et à des êtres maléfiques.

Transposé en images sous la direction artistique de Philippe Arsenault Buissière, le film est maintenant en train de prendre vie. Chez Modus FX, 17 spécialistes de l'animation se répartissent la tâche de traiter chacune des images des 95 séquences et 950 plans du film. Comme il y a 24 images par seconde, le travail ne manque pas!

«Tourner un long métrage de fiction conventionnel prend de 22 à 40 jours. Dans notre cas, nous en sommes à la 48e semaine, lance Nancy Savard. Toute la production prendra deux ans, dont 16 à 17 mois pour réaliser l'animation.»

Diriger... des animateurs

Réalisatrice, Nancy Savard a ici un curieux emploi. Elle dirige les animateurs qui, eux, donnent vie aux personnages virtuels. Elle tient des rencontres régulières avec l'équipe d'animateurs dirigée par Éric Lessard - qui a travaillé sur Shrek et Madagascar. Ensemble, le groupe analyse, décortique et repasse minutieusement chaque image.

Mme Savard dirige les animateurs comme un metteur en scène fait avec des comédiens, en mimant tous les gestes, les intonations, les sentiments recherchés. «Je fais le clown tous les jours», dit-elle en riant.

Après une première ébauche sur ordinateur, les images sont revues à nouveau. Plus on avance, plus on va dans les détails. Ainsi, dans une séquence où un petit chien court, enjoué, autour de plusieurs membres du clan, Mme Savard demande aux animateurs de s'assurer que les regards se croisent correctement, suggère que le chien passe plus loin de tel personnage ou encore recommande de réduire les mouvements de réjouissance exprimés par un autre membre du clan.

Avec leurs logiciels sophistiqués, les animateurs polissent les détails que le cinéphile verra à l'écran: consistance de la neige, détails des cheveux, mouvements des accessoires, etc.

Dans le milieu du cinéma, Modus FX jouit d'une grande reconnaissance. On y a entre autres produit des effets spéciaux pour les films Source Code, The American, Immortals, Twilight et plusieurs autres.

100% québécois

Doté d'un budget de 8,5 millions de dollars, Sarila est entièrement créé et conçu au Québec, une rareté dans le domaine. De nombreux partenaires financiers, publics et privés, sont de l'aventure. Distribué par Alliance, le film sera terminé en octobre 2012 et sortira en salle en février 2013, à temps pour le congé scolaire. La Société Radio-Canada, TV5 et The Movie Network ont déjà acquis les droits de diffusion pour la télévision.

Dix ans après avoir évoqué le projet pour la première fois, Nancy Savard ne se lasse pas de cette aventure. «J'aime toujours autant l'histoire que je vois avancer un peu plus chaque jour, dit-elle. De plus, le Québec a un énorme talent pour la conception et l'usage de logiciels d'animation. Il faut encourager ce talent. Marie-Claude Beauchamp et moi avons d'autres projets dans la même foulée que Sarila