Mort tragiquement à 40 ans, le génie de la mode britannique Alexander McQueen est le sujet d'un documentaire poignant, huit ans après sa disparition.

Mis à jour le 23 juill. 2018
Olivia Lévy LA PRESSE

«Le Mozart de la couture»

Le 11 février 2010, le créateur s'est suicidé, chez lui, la veille des obsèques de sa mère. À travers des films d'archives, son histoire est racontée par ses amis, sa famille et d'anciens collègues. Des témoignages remplis d'émotion qui évoquent de manière détaillée le parcours fulgurant de cet enfant prodige. «C'est le Mozart de la couture! Un génie, s'exclame Peter Ettedgui, réalisateur et scénariste. Un peu comme Mozart qui était hors norme, parfois peu civilisé, et qui vivait en dehors de la société viennoise.»

Des archives inédites

Les réalisateurs Ian Bonhôte et Ettedgui ont trouvé des archives inédites du créateur. «Les archives sur Alexander McQueen sont très complètes, explique Ian Bonhôte à La Presse. On a tout regardé, documents audio, vidéo, films, défilés, photographies. On a eu accès à des vidéos maison de McQueen, qu'on voit dans l'intimité, dans son travail ou avec ses amis, et grâce à cela, on comprend mieux qui il était.»

L'extravagant

Alexander McQueen est un personnage insaisissable, intense, extravagant, sombre, dépressif. Ses défilés de mode spectaculaires ont fait le scandale, et le film tente de percer le mystère autour de ce créateur controversé surnommé l'enfant terrible et le hooligan de la mode. «Il vivait en dehors des mondanités et du monde très glamour de la mode, dit Ettedgui. C'était un maître, car il savait exactement ce qu'il faisait. Il pouvait tout faire, dessiner un vêtement, couper le tissu, coudre le tout à la main, il était extraordinaire, fonctionnait à l'instinct.»

Son parcours fulgurant

Né en 1969 dans une famille modeste de Londres, Alexander McQueen fait ses débuts en tant qu'apprenti chez des tailleurs de Londres et de Milan. Il intègre la prestigieuse école de mode Saint Martins. Dès sa sortie en 1992, il crée la maison Alexander McQueen, fait la rencontre de l'excentrique femme de mode Isabella Blow (morte en 2007) qui le prend sous son aile. Leur amitié tumultueuse est longuement décrite dans le documentaire.

En 1996, il est nommé directeur de création de Givenchy à Paris, où il remplace John Galliano. Il reçoit quatre fois le prix du créateur britannique de l'année entre 1996 et 2003.

Des défilés démesurés

En 2001, McQueen entre chez Gucci et crée sa marque de prêt-à-porter féminin, puis sa gamme pour hommes. «Le plus grand défi a été de comprendre son immense créativité, dit Bonhôte. Il avait une énorme capacité de travail, il passait un temps fou dans son atelier. Rien n'échappait à ce perfectionniste. Il avait la volonté de choquer, de provoquer, de faire réfléchir.» Esthétiques et très théâtraux, ses défilés sont les plus courus et les plus démesurés. Pour la collection Highland Rape, par exemple, les mannequins défilent avec des vêtements tachés de sang et lacérés, et pour Plato's Atlantis, le dernier défilé du vivant du créateur, les femmes sont présentées comme des créatures mi-humaines.

Un départ qui blesse

Alexander McQueen suscitait de vives réactions. «Sa mort tragique, il y a déjà huit ans, a laissé un grand vide d'un point de vue artistique et créatif, mais aussi pour sa famille et ses amis», dit Peter Ettedgui.

Le fait qu'il soit mort d'une manière si tragique a rendu la tâche plus difficile aux réalisateurs, car le suicide du créateur est encore très présent dans l'esprit des gens qui l'ont connu. Certains proches n'avaient pas envie de se confier. «Beaucoup de choses ont été dites ou faites sur lui depuis sa mort, notamment des livres sensationnalistes, alors les gens étaient d'emblée très inquiets qu'on fasse un documentaire sur lui. On a dû gagner leur confiance.»

Une collection après l'autre

Le documentaire démontre aussi la pression de l'industrie de la mode, car à la fin de sa vie, Alexander McQueen créait plus de 14 collections par année, ce qui était surhumain. «On a montré la réalité de cet homme ultracréatif, qui travaillait sans cesse. Mais à la question: "Pourquoi créer tout cela?", il répondait que c'est parce qu'il était inquiet, raconte Peter Ettedgui. Comme il adorait ce qu'il faisait, ce serait facile de dire qu'il a été une victime du capitalisme et de l'industrie de la mode. Alexander était très dur envers lui-même et très ambitieux.» 

Son héritage

C'est probablement le créateur de l'industrie qui est allé le plus loin visuellement et artistiquement. «Les générations actuelles sont inspirées par lui, par son génie créatif, son imagination, son côté subversif et provocant, et c'est pour cela qu'il a créé la fondation Sarabande, pour pouvoir aider financièrement les jeunes à vivre de leur créativité et à pouvoir devenir des artistes, explique Ian Bonhôte. McQueen voulait donner la chance à tous les jeunes de réussir dans le milieu des arts, car pour lui, la créativité était fondamentale.»

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En salle le 10 août.

photo fournie par la production

L'affic du documentaire McQueen