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Attentats: un cinéma français encore timoré

Le 13 novembre 2015, 130 personnes sont mortes... (Photo archives AFP)

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Le 13 novembre 2015, 130 personnes sont mortes et des centaines ont été blessées dans une série d'attentats à Paris, notamment au Bataclan, et Saint-Denis, au nord de la capitale. Ce soir-là racontait une histoire d'amour née ce soir fatidique, avec Sandrine Bonnaire (notre photo) dans le rôle principal. Le tournage était terminé. Mais le film n'a jamais vu le jour.

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Aurélie MAYEMBO
Agence France-Presse
Paris

Moins de trois ans après l'attentat déjoué du Thalys, Clint Eastwood porte l'histoire à l'écran et fait jouer leur propre rôle aux principaux protagonistes. Une situation impensable en France où les projets abordant ces événements dramatiques suscitent des réactions épidermiques.

La chaîne publique France 2 a dû ajourner fin décembre un téléfilm sur l'attaque deux ans plus tôt du Bataclan, une salle de spectacles parisienne, face à la levée de boucliers d'associations de victimes et la mobilisation en ligne de plus de 46 000 personnes.

Le 13 novembre 2015, 130 personnes sont mortes et des centaines ont été blessées dans une série d'attentats à Paris, notamment au Bataclan, et Saint-Denis, au nord de la capitale.

Ce soir-là racontait une histoire d'amour née ce soir fatidique, avec Sandrine Bonnaire dans le rôle principal. Le tournage était terminé.

Même indignation début 2017 à l'annonce d'un projet venu des États-Unis (Violent Delights) - qui n'a pas vu le jour jusqu'ici - sur les destins croisés d'artistes le soir du 13 novembre.

Pudeur française? Autocensure? Ou, à l'inverse, goût américain pour le sensationnalisme? Un peu des trois, répondent les spécialistes du 7e art, compte tenu de l'importance du divertissement outre-Atlantique et de la frilosité en France face aux épisodes historiques douloureux ou dérangeants.

«Les États-Unis n'ont cessé d'interroger leur histoire à travers le cinéma, parfois presque en temps réel, tandis qu'en France, il y a une forme d'autocensure, comme si personne n'était prêt à explorer ces plaies non refermées», estime Guillaume Evin, auteur de L'histoire fait son cinéma.

Il a fallu attendre l'Italien Gillo Pontecorvo en 1966 pour traiter de la guerre d'Algérie. Film faisant autorité, La bataille d'Alger fut interdit de diffusion en salles jusqu'en 2004.

Et le financement du 7e art en France via les grandes chaînes de télévision n'incitent pas les producteurs à s'aventurer sur des terrains jugés sensibles.

Le cinéma américain a lui multiplié les fictions sur le Vietnam (Apocalypse Now, Voyage au bout de l'enfer) et la guerre en Irak (The Hurt Locker) avec un oeil critique. Il s'est également emparé des attentats du 11 septembre (World Trade Center, Vol 93, sortis cinq ans après les faits), en insistant sur la dimension héroïque des personnages.

Au plus près du réel

«Eastwood et plus largement le cinéma américain ne craignent pas du tout d'adapter des événements historiques ou des histoires vraies», souligne Nick James de la revue britannique Sight and Sound.

Ces fictions au plus près du réel sont souvent un terrain idéal pour des reconstitutions spectaculaires et la mise en scène de héros ordinaires, dont Hollywood est friand.

Dans The 15:17 to Paris, le réalisateur d'American Sniper relate comment trois jeunes Américains, dont deux militaires, ont désarmé un djihadiste dans un train bondé Amsterdam-Paris le 21 août 2015, évitant ainsi un carnage.

Le film est sorti en France mercredi en même temps que Stronger, avec Jake Gyllenhaal, histoire vraie d'un homme amputé après l'attentat de Boston en 2013, devenu un symbole de courage.

Néanmoins, aux États-Unis, «au lendemain des attentats du 11 septembre, tout film faisant allusion intentionnelle ou pas à la destruction des tours a été bloqué un temps», rappelle le critique Jean-Luc Douin, spécialiste de la censure.

Toute la difficulté est d'«être respectueux et en même temps de montrer qu'on a des choses à dire», souligne Guillaume Evin.

Plusieurs films français ont tenté d'aborder la question du terrorisme en France, sans s'appuyer directement sur l'actualité, à l'image de Nocturama de Bertrand Bonello ou du polar quasi-prémonitoire Made in France de Nicolas Boukhrief qui n'a finalement jamais été distribué en salles, en raison de ses trop grandes similitudes avec l'actualité.

«Impossible de sous-estimer la nervosité actuelle des producteurs face à des pétitions en ligne. Ils ne veulent pas d'une mauvaise controverse» et craignent de montrer les films en avance, indique Nick James. Lui-même n'a pas vu le Eastwood qui n'a pas été montré à la presse.




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