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Gerontophilia: subversion douce

Le réalisateur Bruce LaBruce a voulu tourner un film... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Le réalisateur Bruce LaBruce a voulu tourner un film plus ambitieux dans des conditions «normales» à l'intérieur d'un système.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Icône du cinéma underground gai, Bruce LaBruce propose aujourd'hui un film plus «fréquentable» dont le thème n'en reste pas moins subversif.

Grâce à des films comme Hustler White ou Raspberry Reich, le cinéaste canadien Bruce LaBruce s'est bâti une réputation dans les années 90 en misant sur le militantisme provocant. Ses films ont souvent été parsemés de scènes sexuellement explicites, directement inspirées de l'univers du porno gai.

«Cela m'a valu un certain statut, racontait le cinéaste alors qu'il était de passage à Montréal plus tôt cette semaine. Tant dans le milieu gai que dans celui du cinéma alternatif.

«À une certaine époque, le mot culte était plus glamour. Maintenant, tout est basé sur le commerce et la célébrité. Un jour, Madonna a dit: «Alternatif? N'est-ce pas synonyme d'impopulaire? " Je lui en ai voulu pour ça. D'autant qu'elle s'est toujours inspirée de ce qui se passait dans les milieux underground pour en faire ensuite des courants populaires.

«Hustler White a déjà gagné le grand prix du Festival international du film trash de Lille. C'est probablement le prix dont je suis le plus fier! John Waters, mon héros, a toujours célébré cette culture. Et sa vision n'a jamais changé.»

Ratisser plus large

Ayant maintenant franchi la cinquantaine, le cinéaste a eu envie de ratisser plus large tout en restant fidèle à sa nature. Inspiré par un phénomène fétichiste plus répandu qu'on ne pourrait le croire selon lui, il a écrit Gerontophilia.

Dans cette comédie dramatique «gentiment subversive», un jeune homme de 18 ans (Pier-Gabriel Lajoie, dans son premier rôle au cinéma) se découvre une attirance sexuelle pour des vieillards. Préposé dans un CHSLD, il tombe même amoureux de Mr. Peabody (Walter Borden), un homme âgé de 81 ans. Une dynamique à la Harold et Maude s'installe alors entre les deux hommes. À la différence que LaBruce aborde aussi frontalement des questions plus intimes.

«Un moment donné, tu n'as plus tellement envie de prêcher toujours pour la même paroisse, explique le Torontois. J'ai toujours tourné mes films sans budget, sans permis, style «guérilla». Là, j'avais le goût d'essayer autre chose. J'ai voulu tourner un film plus ambitieux dans des conditions «normales» à l'intérieur d'un système.

«Il se trouve qu'un producteur québécois, Nicolas Comeau, a lu la première version de mon scénario et l'a apprécié. La SODEC a donné son accord. Du côté anglais, Téléfilm et tout ça, j'accusais des fins de non-recevoir. On a donc tourné le film au Québec et j'en suis ravi. Le cinéma québécois m'a toujours grandement inspiré. Qui ne voudrait pas tourner un film à Montréal?»

Des acteurs «ouverts d'esprit»

Gerontophilia ne comporte aucune scène sexuellement explicite. Le récit fait quand même écho au caractère intime d'une relation amoureuse entre deux hommes dont la différence d'âge ne cadre pas du tout dans les «normes sociales».

«Quand est venu le moment de trouver l'interprète de Mr. Peabody, j'ai fait lire le scénario à plusieurs acteurs âgés connus, souligne Bruce LaBruce. Ils m'ont tous dit - enfin la plupart - avoir adoré le scénario, mais ils hésitaient. Probablement à cause de la franchise sexuelle avec laquelle l'histoire est abordée. À mes yeux, l'approche est beaucoup plus soft que celle que j'emprunte habituellement, mais pour d'autres, ça peut sembler plus audacieux, voire même choquant.

«Il fallait aussi un acteur très à l'aise dans son corps, car il y a de nombreux plans rapprochés. C'est plus difficile à trouver, particulièrement dans cette tranche d'âge. Walter Borden est un homme très digne, très élégant, très distingué. Et il n'a pas d'inhibitions sur ce plan. Il a été parfait. Walter est un acteur connu dans le milieu théâtral canadien. Il a aussi beaucoup milité pour les droits des Noirs et des gais dans les années 60.»

Pour le rôle du jeune homme, le choix du cinéaste s'est fixé sur Pier-Gabriel Lajoie. La feuille de route du jeune acteur québécois - aussi mannequin - ne comportait jusque-là qu'une participation dans le téléroman 30 vies.

«Pour la première fois de ma vie, explique LaBruce, j'ai dû faire un casting professionnel. Il s'agit d'un processus nouveau pour moi. Une trentaine de jeunes acteurs ont été convoqués. Je cherchais un jeune comédien innocent, inexpérimenté, ouvert d'esprit et très beau. Je voulais que le caractère ironique de l'histoire soit accentué par la grande beauté d'un jeune homme qui, pourtant, n'est attiré sexuellement que par de vieilles personnes.

«En même temps, le plus grand défi était de trouver des acteurs qui pouvaient rendre cette histoire crédible. Même si Pier-Gabriel est straight dans la vie, il est parvenu à nous faire croire de façon convaincante à des scènes intimes avec une très vieille personne, qui s'adonne de surcroît à être un homme. Il a été incroyable.»

Couverture médiatique

Lancé l'an dernier à la Mostra de Venise, où il était inscrit dans la section Venice Days, Gerontophilia fut l'un des titres très prisés sur le circuit des festivals au cours des derniers mois. Il a aussi pris l'affiche en salle en France ce printemps et a fait l'objet là-bas d'une importante couverture médiatique.

«La France a toujours été très bonne pour moi, reconnaît le cinéaste. Qu'on le veuille ou non, Paris reste encore la capitale mondiale de la cinéphilie. Je suis habitué à ce que mes films divisent et suscitent des réactions très opposées.

«Auparavant, la moitié du public prenait les jambes à son cou et sortait; l'autre moitié se mettait à baiser dans la salle! Là, Gerontophilia fait pratiquement l'unanimité. Nous avons même eu droit à une ovation à Venise. C'est un sentiment très spécial. Et je risque d'y prendre goût!»

Gerontophilia (Gérontophilie en version française) prend l'affiche le 4 juillet.




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