Quand il n'interprète pas un personnage qu'il a lui-même écrit, Jean-Pierre Bacri tombe amoureux de l'écriture des autres. Pour celle de Pascal Bonitzer, il a eu le coup de foudre.

Publié le 25 août 2013
Marc-André Lussier LA PRESSE

Il est probablement le plus célèbre bougon du cinéma français. Râleur professionnel à l'écran. Parfois aussi dans la vie. Comme lorsqu'il prend le micro aux César pour dénoncer les injustices sociales ou les conditions des artisans avec qui il travaille sur les plateaux de cinéma. Avec sa complice Agnès Jaoui, avec qui il a vécu pendant plusieurs années, Jean-Pierre Bacri forme aussi l'un des tandems d'écriture les plus redoutables de la scène artistique française.

La carrière des Jaoui-Bacri fut d'abord jalonnée de pièces à succès (Cuisine et dépendances, Un air de famille), mais le cinéma a suivi très vite. Resnais a fait appel à eux (Smoking/No Smoking, On connaît la chanson). Cédric Klapisch a transposé magnifiquement pour le grand écran leur pièce Un air de famille. Puis, Agnès Jaoui s'est mise à la réalisation. Du Goût des autres (2000) jusqu'au film Au bout du conte (en salle actuellement), leur écriture fut entièrement mise au service des films d'Agnès au cours de la dernière décennie.

«On discute assez longtemps des thèmes que nous voulons développer, a expliqué Jean-Pierre Bacri au cours d'une interview accordée à La Presse. Il nous faut environ un an et demi pour mettre au point un scénario. Pour Au bout du conte, par exemple, nous avions envie de parler des illusions qu'entretiennent encore les gens et de nous en amuser un peu. Plus personne ne croit aux contes de fées, mais on les convoque quand même quotidiennement dans nos vies. Cet imaginaire-là est encore bien imprégné dans nos têtes.»

Un coup de foudre

Même si l'écriture occupe une place importante dans sa vie, Jean-Pierre Bacri accepte volontiers d'aller faire l'acteur dans les projets des autres. Nous le verrons - enfin! - dès la semaine prochaine dans Cherchez Hortense, formidable comédie dramatique de Pascal Bonitzer (Rien sur Robert) lancée en France il y a un an.

L'acteur y interprète le rôle de Damien, professeur de civilisation chinoise. À la demande de sa femme, metteure en scène de théâtre (Kristin Scott Thomas), le professeur doit prendre contact avec son père, conseiller d'État (Claude Rich), pour qu'il intercède auprès des autorités afin d'éviter l'expulsion d'une immigrante sans papiers (Isabelle Carré). L'ennui, c'est que les relations qu'entretient Damien avec le paternel ne sont pas des plus harmonieuses.

«Étant moi-même scénariste, j'ai bien entendu une passion pour l'écriture, fait remarquer Jean-Pierre Bacri. Particulièrement pour les dialogues. Je vénère les grands dialoguistes. Il se trouve que j'ai éprouvé un vrai coup de foudre à la lecture du scénario de Pascal. C'est d'une intelligence formidable, avec une vraie finesse dans la façon de dire les choses. En lisant un scénario comme celui-là, on a tout de suite envie de le jouer! Je suis tombé amoureux de l'écriture d'abord; je me suis ensuite approprié le personnage avec beaucoup d'affection. En fait, il s'agit ici de l'affection d'un dialoguiste pour un autre.»

Bacri est pourtant venu à l'écriture par nécessité. À l'époque où il n'était pas encore un acteur reconnu, il a commencé à écrire des pièces afin de s'assurer d'avoir des rôles.

«Pourtant, je n'avais pas la vocation du tout, rappelle-t-il. Je dois ma présence au Conservatoire à une fille que je courtisais à l'époque. Elle ne pouvait m'accompagner un soir, car elle devait aller à un cours d'art dramatique. J'y suis allé avec elle, surpris d'apprendre que ce genre d'endroit existait encore. Et là, ce fut la révélation. Mais un acteur existe avant tout dans le regard des autres. Au début, on n'a aucune idée de la valeur de son talent. Puis, on commence à recevoir des compliments et à se dire qu'on en a peut-être un peu. À un moment donné, on finit par le croire.»

Le luxe du choix

Depuis une vingtaine d'années, Jean-Pierre Bacri fait partie de ceux qui peuvent s'offrir le luxe de bien choisir les projets auxquels ils participent.

«Je suis privilégié, dit-il. Je choisis ce que je veux. Quand je lis un scénario, j'ai un instinct assez sûr. Je peux déceler très rapidement si un rôle me convient ou pas. Il faut surtout que je puisse croire aux personnages. Même si l'histoire est assez mince, je peux quand même m'y intéresser si les personnages sont vivants et crédibles. Ça m'emporte parce que leur humanité m'emporte. Et puis, quand on avance en âge, on se sent plus libre, moins tendu. Le plaisir de jouer n'en devient que meilleur.»

Cherchez Hortense prend l'affiche le 30 août.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.