L'actrice française Bernadette Lafont, égérie de la «Nouvelle Vague» inoubliable dans les films de Claude Chabrol, François Truffaut ou Claude Miller, est morte jeudi à l'âge de 74 ans après une carrière au cours de laquelle ont alterné films d'auteur et populaires.

LA PRESSE

Elle avait été admise lundi après un malaise dans un hôpital de Nîmes, sa ville natale dans le sud de la France, a-t-on appris auprès de l'hôpital.

Avec son grand sourire malicieux, son naturel inaltérable et sa voix gouailleuse, Bernadette Lafont a incarné l'insolence et la liberté du cinéma de la «Nouvelle Vague».

Découverte en 1957 dans Les Mistons de François Truffaut, elle a joué son dernier rôle quelque 120 films plus tard, celui d'une grand-mère dealeuse de hasch dans Paulette de Jérôme Enrico. Le film sorti en janvier a attiré plus d'un million de spectateurs.

Femme à ne pas cacher son âge, elle avait célébré crânement en 2007, à 68 ans, ses cinquante ans d'une carrière faite également à la télévision où elle a joué dans de nombreux téléfilms.

Née le 26 octobre 1938 dans une famille protestante - son père était pharmacien, sa mère voulait un garçon - Bernadette Lafont se destinait à la danse, avant d'épouser le comédien Gérard Blain. Avant de se séparer, ils auront eu le temps de lier leur sort aux jeunes auteurs de la revue Les cahiers du cinéma qui vont révolutionner le cinéma français avec la «Nouvelle Vague».

Après Les Mistons de Truffaut, Claude Chabrol donne à Bernadette Lafont le rôle d'une pulpeuse et irrésistible garce de village dans Le beau Serge (1958).

Sans formation, jouant d'instinct, de façon directe et dépourvue d'artifices, Bernadette Lafont, piquante et délurée, interprètera les oeuvres marquantes de Chabrol (À double tour, Les bonnes femmes, Les Godelureaux). Après une éclipse pendant laquelle elle se remarie avec un sculpteur hongrois, Diourka Medvecsky, sa carrière est relancée dans les années 1960 par des réalisateurs plus classiques (Édouard Molinaro, Costa-Gavras, Louis Malle), et surtout par Nelly Kaplan grâce à qui elle renoue avec le succès dans La fiancée du pirate en 1969. Truffaut lui offre en 1972 Une belle fille comme moi.

Mais au risque de faire vaciller sa popularité, l'actrice continue à servir de jeunes auteurs, comme Moshé Mizrahi (Les stances à Sophie, 1971), Jean Eustache (La maman et la putain, 1973), Laszlo Szabo (Les gants blancs du diable, 1973) et Rien sur Robert de Pascal Bonitzer (1999). Dans les années 1980, elle apparaît dans plusieurs films de Jean-Pierre Mocky (Le pactole, Les saisons du plaisir). L'effrontée de Claude Miller (1985) lui vaut un César (récompense du cinéma français) de la meilleure actrice dans un second rôle.

Entre-temps il y a eu la rencontre avec le théâtre, en 1978. «Je veux bien ne jamais faire de cinéma si je peux toujours faire du théâtre», dit alors cette autodidacte. Elle joue Copi en 1981 puis Guitry, Pagnol ou Les monologues du vagin d'Eve Ensler (2002).

La vie de Bernadette Lafont a été marquée par un drame: sa fille Pauline, également actrice, est morte accidentellement en 1988, à 25 ans, au cours d'une balade en solitaire dans les Cévennes, l'arrière pays nîmois. Son corps ne sera découvert que trois mois après sa disparition. Bernadette Lafont se réfugiera dans le travail: «Le cinéma et le théâtre m'ont sauvée».

Un César d'honneur l'avait récompensée en 2003 pour l'ensemble de sa carrière.

Quelques-uns des films de sa filmographie

1958 : Le beau Serge, Claude Chabrol

1960 : Les bonnes femmes, Claude Chabrol

1967 : Le voleur, Louis Malle

1972 : Une belle fille comme moi, François Truffaut

1973 : La maman et la putain, Jean Eustache

1973 : Défense de savoir, Nadine Trintignant

1978 : Violette Nozière, Claude Chabrol

1985 : L'effrontée, Claude Miller

1987 : Masques, Claude Chabrol

1999 : Rien sur Robert, Pascal Bonitzer

2003 : Ripoux 3, Claude Zidi