Rébecca Frasquet

L'Américain Adrien Brody s'est amusé à tourner le fantaisiste Darjeeling Limited en compétition à la Mostra, où il rompt avec des rôles bien plus sombres, tels que celui d'un musicien sauvé de la déportation par un nazi mélomane dans Le Pianiste qui lui a valu un Oscar.

Cinq ans plus tôt, Adrien Brody était le plus jeune comédien à être consacré meilleur acteur par Hollywood, à 29 ans, pour sa composition fiévreuse d'un juif polonais survivant de la Shoah, dans le film de Roman Polanski.

Aujourd'hui il s'écarte de rôles souvent dramatiques - La Ligne rouge de Terrence Malick, Hollywoodland d'Allen Coulter, en compétition à la Mostra 2006, où il jouait un détective privé raté - grâce à Wes Anderson, qui lui a confié un personnage désopilant dans The Darjeeling Limited.

«C'était un rôle génial, une expérience excitante, et pendant le tournage en Inde nous avons travaillé dur, mais aussi beaucoup plaisanté», explique-t-il lors d'un entretien, en marge de la présentation du film à Venise.

«Je n'ai pas eu autant d'occasions de tourner des films légers que je ne l'aurais souhaité, ou alors j'ai trouvé trop superficiels ceux qu'on m'a proposés de faire», ajoute l'acteur, longiligne dans un pull noir.

Affublé de lunettes géantes qu'il a gardées en souvenir et vêtu d'un improbable pyjama, il incarne - aux côtés d'Owen Wilson et Jason Schwartzman - l'un des frères Whitman, un garçon paranoïaque et hypocondriaque.

Lors d'un loufoque voyage spirituel dans le Darjeeling Limited, un train qui traverse le Rajasthan, il débite des répliques absurdes et lance des regards à la Buster Keaton, en déployant son corps anguleux.

«C'est vrai que j'ai tendance à être sérieux», dit l'acteur, plutôt discret lors de son passage devant les photographes à Venise, tandis que George Clooney ou Richard Gere assuraient le spectacle en faisant les clowns.

«Les gens vous connaissent à travers votre travail et à travers ce qu'ils lisent dans les magazines people, mais ce n'est qu'une petite partie de ce que je suis», ajoute Brody, volontiers traqué avec sa petite amie par les paparazzi .

Né le 14 avril 1973 à New York d'un père professeur d'histoire et de la photographe Silvia Blachy, tous deux originaires d'Europe de l'Est, Adrien Brody a débuté à douze ans par un petit rôle dans la sitcom Annie McGuire.

Depuis, il a joué sous la direction de Steven Soderbergh (King of the Hill), Spike Lee (Summer of Sam), Ken Loach (Bread and Roses), Night Shyamalan (The Village) ou Peter Jackson (King Kong) dans des films qui l'emmènent très souvent à l'étranger pour de longues périodes, dit-il.

Il apparaîtra bientôt aux côtés de Penélope Cruz dans le rôle du légendaire toréador Manolete, dans le film du même nom tourné par Menno Meyjes (sortie prévue en novembre aux États-Unis).

«C'était un vrai défi à cause de tout ce qu'il représente en Espagne», dit-il en levant ses prunelles vertes, derrière une mèche de cheveux bruns.

«Mais c'est ce qui m'attirait en lui, bien plus que le fait qu'il soit un toréador, c'est... qu'il a eu une vie vraiment tragique», conclut Brody.