Normand Provencher LE SOLEIL

Woody Allen est l’exemple même de la régularité. Trente-six films en 41 ans de carrière, un par année depuis 15 ans, c’est à se demander ce qu’il met dans ses All-Bran le matin. Avoir une énergie créative aussi incroyable à 72 ans, faut le faire.

Son dernier opus, Cassandra’s Dream, présenté hier à Toronto, s’avère encore une fois une agréable surprise, qui s’inscrit en droite ligne dans sa filmographie des dernières années, qu’on pense à Scoop et à Match Point. Certains y verront peut-être une version un peu moins profonde, voire édulcorée, de l’un de ses meilleurs films, Crimes et Châtiments.

Encore une fois tourné à Londres, Cassandra’s Dream est le récit de deux frères (Ewan McGregor et Colin Farrel) qui, attirés par l’appât du gain — le premier pour impressionner la femme qu’il aime, le second pour régler ses dettes de jeu —, commettront l’irréparable, à la demande de leur oncle (Tom Wilkinson), lui aussi dans un beau pétrin. Jusqu’où Ian et Terry iront-ils pour réaliser leurs rêves ? Loin, beaucoup trop loin.

Cassandra’s Dream fait référence à la prophétesse de malheurs de la mythologie grecque. C’est aussi le nom symbolique que donnent les deux frangins au bateau qu’ils ont acheté. Avec un nom pareil, on devine que ça ne se terminera pas dans la rigolade.

Le film au scénario bien huilé reprend les thèmes chers à Allen — le combat entre le bien et le mal, la culpabilité, les dilemmes moraux. Des deux frères, Colin Farrel, personnage torturé, accro à l’alcool et aux pilules, est celui qu’on devine être le porte-voix du réalisateur, à défaut de s’être donné un rôle dans son film. Encore une fois, ses fans ne devraient pas être déçus.

Les six vies de Dylan

Après le Festival de Venise, Todd Haynes, réalisateur du magnifique Far From Heaven, est débarqué à Toronto avec un biopic mi-fictif mi véridique sur l’un des personnages les plus déroutants de la musique populaire américaine, le légendaire Bob Dylan.

Haynes prend le pari, risqué mais relevé haut la main, de faire incarner Dylan par six personnages représentant autant de facettes de sa personnalité complexe. Parmi eux, Christian Bale, Richard Gere et Heath Ledger, la performance la plus remarquable étant offerte par Cate Blanchett, lauréate du prix d’interprétation féminine à Venise et figurante assurée dans la liste des actrices mises en nomination aux Oscars.

Dans un style a priori échevelé, mais jamais déroutant, Haynes cherche à cerner la véritable identité de Dylan, projet complexe s’il en est un puisque le célèbre chanteur folk était aussi difficile à saisir qu’une bulle flottant au vent. «J ’en sais beaucoup plus sur vous que vous n’en savez sur moi», lancera Dylan à un certain moment, dans une mémorable séquence où Blanchett donne dans le vibrant Mr. Jones.

Un film puzzle brillant et dense, qui devrait faire les délices des aficionados du chanteur à la voix rauque qui, quatre décennies plus tard, continue à entretenir le mythe dont il est le héros.

La sortie commerciale de I’m Not There est pour le 28 novembre.