Sonia Sarfati LA PRESSE

Le 25 juin 1996. Un camion bourré d'explosifs frappe les tours d'al-Khobar, en Arabie Saoudite, faisant 19 morts parmi les Américains et 372 blessés. Chez lui, aux États-Unis, l'acteur et réalisateur Peter Berg suit la couverture de l'attentat. La journée même. Les suivantes. Lorsque des agents du FBI sont, pour la première fois, envoyés là-bas pour enquêter avec les forces locales. Une idée a germé en lui. Elle a donné un film qui vient de voir le jour. Il s'intitule The Kingdom. Et s'inspire de ce drame mais a été actualisé et placé dans un contexte post-11 septembre. Il sera sur nos écrans dès vendredi. 

«Il me semblait fascinant de mettre en scène, dans un long métrage, les cultures américaine et arabe devenues cibles de violences religieuses, combattant ensemble les extrémistes. Et, pour cela, devant naviguer à travers les différences, les soupçons et les politiques. Mais je voulais avant tout que l'intrigue soit axée sur l'humain et non sur les politiques. Les gens ne vont pas au cinéma pour être éduqués», indiquait le réalisateur lors d'une rencontre de presse tenue à Los Angeles il y a quelques semaines. 

Ce qu'il ne voulait pas: «Un film où l'on verrait un groupe d'Américains qui débarque en Arabie Saoudite pour botter le cul des Arabes. Nous sommes politiquement neutre dans The Kingdom, nous présentons des Américains et des Arabes qui travaillent ensemble de manière très décente et humaine.» 

Pour cela, il a appliqué à cette situation particulière la recette qu'il a utilisée dans Friday Night Lights, film de football qui était surtout le formidable portrait d'un bled du fin fond du Texas et de ses habitants. Un drame humain plus qu'un drame sportif, quoi. 

S'attarder aux humains

The Kingdom, de la même manière, s'attarde aussi à l'humain. Aux humains. Entre autres incarnés par Jennifer Garner, Jamie Foxx et Jason Bateman. Ils avaient à coeur les mêmes préoccupations que Peter Berg. Se sont mis au service d'une intrigue, d'un thriller. D'un divertissement. Et déjà avec ça, ils en avaient plein la tête... et le corps. 

«Peter nous fait beaucoup improviser, indique Jamie Foxx. Il aime attraper les choses au vol, il veut de l'intensité, de l'organique, du rapide. Pour ça, il faut travailler fort. Très fort.» Même quand il fait 45 à 55 degrés à l'ombre à Phoenix et dans ses environs - puisque là s'est fait le tournage. D'où l'évanouissement de Jennifer Garner, par une journée torride, même si, selon Jamie Foxx, «elle est la personne la plus forte du monde. Je n'en reviens pas encore. Elle venait d'avoir son enfant, elle s'était remise en forme et elle avait à se battre dans cette chaleur infernale!» 

L'actrice accepte le compliment. Elle le mérite. Personne n'en doutera après avoir vu sa «grande» scène de The Kingdom. Elle se bat à mains nues contre un terroriste. Le corps à corps est sauvage. Viscéral. «Pas chorégraphié», précise la vedette de la série Alias, allumée et pleine d'humour. «L'homme que j'affrontais n'avait qu'une consigne: ne pas toucher mes seins parce que j'allaitais, poursuit-elle. Il pouvait me cogner la tête, me tirer les cheveux, pas de problème. Après tout, qu'est-ce que c'est que quelques bleus?» En fait, la seule chose qui l'a un peu dérangée, c'est la réaction de son mari, Ben Affleck, quand il a assisté au tournage du fameux combat: «Je pensais que ça le rendrait nerveux de voir sa femme se faire balancer contre les murs, de plus en plus fort à chaque prise, de voir l'autre en train d'essayer de m'arracher le visage. Mais Ben était plutôt du genre: «Ouais, vas-y! Vas-y, bébé!» Enfin, ça reste entre nous, hein?» Bien sûr, Jennifer. 

Outre les deux... pugilistes, la scène en question met aussi en présence Jason Bateman. Son personnage a été kidnappé. Il est ligoté à une chaise et bâillonné. Un terroriste menace de le décapiter. Un rôle qui est à des lustres de celui de Michael Bluth dans Arrested Development. Ce qui n'éteint pas le sens de l'humour du comédien: «Pour me préparer, j'ai demandé à ma femme de m'attacher... mais elle n'a pas voulu», rigole-t-il. 

Par contre, lui aussi y est allé de son lot de suggestions à Peter Berg - avec qui il a joué dans Smokin' Aces de Joe Carnahan: «Au départ, dans le scénario, je n'étais pas bâillonné. Mais quand je me suis rendu compte que la scène s'étalait sur 30 pages, j'ai suggéré qu'on me mette quelque chose sur la bouche. Parce que, dans telles circonstances, il aurait fallu que mon personnage hurle à l'écran pendant 10 minutes... et moi, pendant une couple de jours sur le plateau.» Ça, il n'en était pas question. 

Et Peter Berg a acquiescé. Prouvant encore que le plateau de The Kingdom n'était pas le royaume d'un tyran. 

The Kingdom (Le royaume en version française) prend l'affiche le 28 septembre. Les frais de voyage ont été payés par Universal Pictures.