Marc-André Lussier LA PRESSE

Pour son nouveau film, l'auteur-cinéaste Pierre Salvadori a imaginé Audrey Tautou en vamp croqueuse d'hommes et de bijoux, et Gad Elmaleh en quidam à qui l'amour donne des ailes. Hors de prix assume sans ambages ses influences, puisées à même l'âge d'or des comédies romantiques américaines.

Quand nous l'avions rencontré la dernière fois, Pierre Salvadori (Les apprentis) ne pouvait être plus fébrile. Assurant alors le «service après-vente» d'Après vous, le cinéaste attendait la réponse des deux acteurs pour qui il avait spécialement écrit Hors de prix. «S'ils refusent, avait-il dit alors, je serai vraiment dans la merde!»

Une situation comme celle-là est délicate de part et d'autre. Du côté du réalisateur, le risque d'essuyer un refus et de devoir jeter aux poubelles des mois de travail est bien réel. «Quand un acteur pour qui on a spécifiquement écrit un rôle ne donne pas son accord, on peut habituellement se tourner vers un autre acteur et adapter le personnage à sa personnalité, faisait remarquer Salvadori au cours d'une interview accordée plus tôt cette année à Paris. Avec Hors de prix, c'était impossible. Les deux interprètes que j'avais en tête occupent en effet une place bien particulière dans le cinéma français.»

De côté des vedettes, la situation se révèle tout aussi délicate.

«Dans un cas pareil, on sent une pression, c'est sûr, indique Gad Elmaleh. Qu'est-ce que cela veut dire quand un auteur te dit: "J'écris un film pour toi"? Qui es-tu? Qui suis-je? Que sais-tu de moi? Cette déclaration est presque violente parce qu'elle évoque, en un sens, une relation de pouvoir. Cela dit, j'aime beaucoup l'univers de Pierre. J'ai adoré Les apprentis. Lui, il a vu mes spectacles; et me suit depuis longtemps. J'appréhendais ainsi d'autant plus la lecture du scénario. Car si quelqu'un qu'on aime se goure à l'écriture, c'est difficile à gérer. Il ne faut alors surtout pas accepter. Fort heureusement, j'ai adoré son script. J'ai donné mon accord deux jours après l'avoir lu.»

Quand elle a su, par l'entremise de son agent, qu'un auteur cinéaste écrivait un film pour elle, Audrey Tautou n'a même pas voulu savoir de qui il s'agissait. «Je préférais ne pas connaître son identité car s'il s'agit de quelqu'un avec qui je n'ai pas beaucoup d'affinités, cela crée une pression inutile, explique l'actrice. En revanche, s'il s'agit d'un cinéaste que j'aime beaucoup, je vais m'enthousiasmer pour le projet. Et je commencerai à angoisser à l'idée que le film ne se fera peut-être jamais! Alors, je préfère ne rien savoir.»

Une fois le scénario écrit, l'actrice fut bien entendu ravie d'apprendre que l'auteur en question était, en fait, quelqu'un pour qui elle a beaucoup d'estime.

«J'étais hyper contente. J'ai toujours rêvé de travailler avec Pierre. J'ai lu son scénario dans un avion. Je lui ai téléphoné dès mon arrivée pour lui faire part de mon enthousiasme.»

Une vamp nouveau genre

La particularité de Hors de prix repose sur une dynamique qui rappelle l'âge d'or des comédies romantiques américaines, façon Lubitsch ou Billy Wilder. À cet égard, Salvadori assume pleinement ses influences. Il a ainsi imaginé la rencontre improbable, dans un palace de la Côte d'Azur, d'une jeune vamp qui se laisse entretenir par des hommes plus mûrs (et très très riches), et d'un modeste employé de l'endroit, qu'elle croit très fortuné.

Audrey Tautou a ainsi vu dans ce rôle l'occasion d'offrir une vraie composition en se glissant dans les robes (griffées) d'un personnage qui ne pourrait être plus différent de ceux qu'on lui confie habituellement. Il n'y a, dans ce rôle de femme fatale, strictement rien d'Amélie Poulain.

«C'est la première fois qu'on m'offre de jouer un personnage qui joue de sa séduction de façon aussi marquée, fait remarquer l'actrice. C'est très plaisant de camper quelqu'un d'aussi amoral. Cette femme ne sait rien faire, à part la conversation. Tout est motivé chez elle par l'appât du gain, le désir de posséder des choses comme une enfant. Je trouvais aussi amusant son côté frondeur, la façon dont elle manipule les gens autour d'elle. Cette femme n'a peur de rien!»

Qui dit comédie romantique dit aussi, forcément, histoire d'amour. L'authenticité de cette relation sentimentale passe évidemment par la complicité que partagent les acteurs à l'écran. Gad Elmaleh a même été surpris de constater à quel point le couple de cinéma qu'il forme avec Audrey Tautou fonctionne bien.

«J'ai même regretté un peu! avance-t-il. Avoir su que nous étions si crédibles à l'écran, j'en aurais profité pendant le tournage. J'aurais pu, par exemple, me pousser avec elle pendant que nous tournions la scène où nous roulons sur mon scooter! Merde! Pourquoi n'y ai-je pas pensé? Il émane d'Audrey une vraie magie quand elle est filmée.»