Rébecca Frasquet AGENCE FRANCE-PRESSE

L'Américain Clint Eastwood a fait une entrée fracassante au Festival de Cannes mardi avec The Exchange, une éblouissante fresque sur l'Amérique des années 20 où Angelina Jolie campe la mère d'un enfant kidnappé, en butte à l'incurie des institutions.

Après le choc d'Indiana Jones dimanche, Hollywood devait à nouveau assurer le spectacle sur les marches rouges dans la soirée, avec la venue d'Eastwood et Jolie - déjà là pour le film d'animation Kung Fu Panda -, mais aussi de James Gray et Gwyneth Paltrow pour Two Lovers. Joaquin Phoenix, rôle masculin principal de Two Lovers, était absent.

Ces deux films dévoilés à mi-parcours du festival marquent l'entrée des États-Unis dans la course à la Palme d'or.

Chaleureusement applaudi par la presse le matin, The Exchange est un ambitieux film-fleuve (2 h 21) où Angelina Jolie trouve à 32 ans son meilleur rôle, celui d'une mère-courage dans l'Amérique sexiste des années 1920.

Produit et réalisé par Eastwood qui en signe aussi la musique, le film s'inspire d'un fait divers sur lequel l'acteur-réalisateur de 77 ans, quatre fois oscarisé, s'est documenté.

Angelina Jolie y est Christine Collins, une standardiste et mère célibataire dont l'enfant âgé de neuf ans, Walter, disparaît à Los Angeles un jour de 1928 alors qu'elle est au travail.

Cinq mois plus tard, la police lui ramène un garçon qui prétend se nommer Walter Collins mais n'est pas le sien.

Christine tente alors de faire éclater la vérité, mais une police corrompue, habituée aux méthodes musclées, décide de redorer son blason en bouclant l'affaire et enferme la mère rebelle en hôpital psychiatrique.

Un prêtre charismatique (John Malkovich) puis un avocat déterminé viennent à son secours et l'affaire rebondit avec l'arrestation d'un assassin d'enfants...

Après avoir fouillé un épisode peu glorieux de la Seconde Guerre mondiale dans son diptyque Mémoires de nos pères (2006) et Lettres d'Iwo Jima (2007) qui confrontait les mémoires collectives des deux belligérants, États-Unis et Japon, Clint Eastwood revient à un conte tragique aux accents sociaux.

De facture hollywoodienne classique avec son récit linéaire et ses scènes de bravoure à la dramatisation appuyée, The Exchange impressionne par sa peinture des injustices produites par la société américaine des années 20.

Il met en lumière le traitement réservé aux classes populaires et en particulier aux femmes et aux enfants, faibles parmi les faibles, par les institutions policières, judiciaires ou psychiatriques.

Police, justice, prison et surtout hôpital où camisole de force, drogue et électrochocs font office de traitement, sont des machines à broyer toute rébellion sociale autant que des institutions démocratiques, nous dit Eastwood.

«J'aime remettre les choses en cause, ce genre d'histoires ne peut que m'intéresser car elle recèle beaucoup de conflits», a affirmé à la presse un Eastwood qui n'a «pas envie de raconter des histoires à l'eau de rose».

La maltraitance des enfants, magistralement évoquée dans son conte tragique Mystic River (2003) qui mettait en scène des victimes de pédophilie, affleure aussi dans The Exchange.

Pour la 3e année consécutive en compétition à Cannes, James Gray a dévoilé Two Lovers, une belle romance aux accents tragiques où Joaquin Phoenix campe un homme déchiré entre deux femmes, jouées par Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw.

De son côté, le Hongrois Kornel Mundruczo devait montrer Delta.

La Croisette attentait aussi mardi le dieu du soccer argentin Diego Maradona, héros de Maradona by Kusturica, montré hors compétition.