Rémi Nadeau LA PRESSE CANADIENNE

Les grands studios américains devront expliquer en commission parlementaire pourquoi ils imposent aux Québécois des films doublés en France.

La commission de la culture tiendra l'automne prochain une consultation sur le doublage des films ainsi que des séries télé diffusés au Québec et les représentants de la Motion Picture Association y seront convoqués.

Le Parti québécois et l'Action démocratique, qui réclament l'adoption d'une loi pour forcer les studios américains à faire doubler leurs films au Québec, ont obtenu ce mandat d'initiative.

«On va leur demander de nous expliquer comment on pourra s'assurer que nous, citoyens du Québec, on va avoir accès à des versions doublées en français au Québec, autrement que par une loi», a précisé le député péquiste Pierre Curzi, dans un entretien téléphonique.

«Ils ne veulent pas avoir de loi, pour éviter que d'autres pays adoptent des législations, a-t-il ajouté. C'est légitime, mais nous, nous voulons des produits culturels adaptés à ce qu'on souhaite.»

La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a récemment écarté l'adoption d'une législation pour forcer les compagnies comme Paramount, Warner ou Universal à investir quelque 75 000 $ par film pour qu'il soit doublé au Québec.

Mme St-Pierre a choisi la voie de la négociation avec ces grands studios, faisant remarquer que 78 pour cent des films diffusés en salle au Québec en 2007 ont été doublés ici, contre 72 pour cent en 2006, en raison de mesures incitatives telles que des crédits d'impôt.

Pour le député adéquiste François Benjamin, c'est plutôt le dépôt d'un projet de loi de l'opposition officielle qui a fait réagir l'industrie.

«On a observé une progression dans le spectre d'une loi qui leur aurait forcé la main, mais à partir du moment où on ne parlera plus de la loi (qui n'a pas été appelée par le gouvernement), ça va régresser», a prédit le député de Berthier.

Pierre Curzi croit aussi que le Québec doit éviter de s'en remettre à la seule bonne volonté des compagnies américaines, alors que le marché des DVD et des sites de téléchargement de films et de séries télé explose.

«Si on n'a pas de loi, qu'est-ce qu'on va faire avec les DVD?» se demande le député de Borduas, qui craint «qu'on laisse aller cet important marché, ce qui serait inacceptable».

Le ministère de la Culture indique que 94 pour cent des films vendus en DVD contiennent une piste audio en français ou des sous-titres. Toutefois, aucun chiffre n'est disponible quant à la proportion de coffrets de séries télé ayant été traduits.

Par voie de communiqué, le président et le vice-président de la commission de la culture, le député péquiste Sylvain Simard et le libéral Emmanuel Dubourg, ont indiqué «que le doublage représente un apport économique non négligeable et que ses implications culturelles sont importantes».

Selon eux, «il est justifié de chercher à mieux comprendre la situation actuelle et les enjeux».

En plus des différents acteurs de l'industrie, Roy L. Heenan, qui a été nommé par la ministre St-Pierre pour entreprendre des démarches de négociations avec les grands studios, sera aussi appelé à témoigner devant la commission.