Publié le 9 sept. 2008
Marc-André Lussier LA PRESSE

Le satiriste américain Bill Maher a fait appel à Larry Charles, le réalisateur de Borat, pour mettre en images son exploration de la question religieuse en Amérique et dans le monde. Le résultat a pour titre Religulous. Dans JCVD, Jean-Claude Van Damme retrouve par ailleurs foi en lui-même...

Bill Maher est un athée. Le brillant satiriste, notamment animateur de l'émission Politically Incorrect pendant les années 90, estime que la religion - n'importe laquelle - est extrémiste par sa nature même.

«Il n'y a pas de position nuancée, disait-il hier devant un groupe de journalistes réunis dans une chambre de l'hôtel Intercontinental de Toronto. Ou tu crois, ou tu ne crois pas. Et quand tu crois, c'est dire que tu souscris à des notions parfaitement irrationnelles pour lesquelles aucune preuve n'existe. Aucune!»

Aussi, le mot religion rime-t-il dans son esprit à toutes les velléités destructrices commises en son nom. «Bien sûr, les institutions religieuses ont parfois été bénéfiques sur le plan des organisations caritatives, observe-t-il. Mais ces bonnes actions pourraient aussi être très bien menées sans leur caractère «religieux». Dans l'ensemble, la religion fait beaucoup plus de mal que de bien. Cela dit, tout le monde a le droit de croire en ce qu'il veut, là n'est pas la question. En revanche, le problème se pose quand certaines personnes tentent d'imposer leurs convictions sur d'autres individus. C'est là que ça dérape.»

À son avis, la situation a très sérieusement dérapé à partir du jour où la religion s'est mise à contaminer la politique. Au point d'atteindre des sommets inégalés depuis l'arrivée au pouvoir de George W. Bush. Aujourd'hui, un politicien américain ne peut espérer mener une campagne sans que la question de sa foi ne soit soulevée, remettant ainsi en cause la frontière supposément étanche devant séparer l'État de l'Église.

Le dernier tabou

Cette obsession de la foi constitue le point de départ de Religulous, un documentaire «à la Michael Moore», dans lequel Maher parcourt le monde afin de tenter d'en comprendre les mécanismes.

«Il s'agit probablement du dernier tabou, fait valoir Maher. Dès qu'il est question de religion, plus aucune discussion n'est possible avec des gens qui, dans tous les autres aspects de leur vie, affichent pourtant une attitude très mesurée. C'est assez fascinant. Et puis, je tenais à ce que ce film soit drôle. Je veux d'abord que les gens rient. Et une fois qu'ils auront ri, peut-être y verront-ils un fond de vérité, et peut-être réfléchiront-ils aussi à la question. Si ce film peut susciter la discussion, tant mieux!»

La manière provocante dont Maher s'y prend pour livrer son propos risque évidemment de soulever l'ire des groupes religieux et de la droite fondamentaliste. «Ils me détestent depuis déjà longtemps! observe Maher. Je ne crois pas que je serai l'objet de menaces et je ne crains pas pour ma sécurité, à vrai dire. Je ne veux pas vivre dans cet état d'esprit-là.»

Fervent opposant de la droite républicaine, Bill Maher souhaite évidemment la victoire de Barack Obama à l'élection présidentielle. «Je vais bien entendu voter pour les démocrates, même si dans l'État où j'habite, la Californie, cela ne change strictement rien. C'est en effet gagné d'avance chez nous pour Obama. Par ailleurs, je ne suis pas du genre à contribuer financièrement à des campagnes électorales mais quand j'ai vu celle que John McCain a choisie comme colistière pour le parti républicain - Sarah Palin défend des idées indéfendables -, je n'ai pu m'empêcher d'envoyer un chèque au parti démocrate!»

Religulous (amalgame des mots «religion» et «ridiculous»), prendra l'affiche en salle le 3 octobre.

La réhabilitation de Van Damme

«Jean-Claude Van Damme peut jouer»! Voilà ce qu'on pouvait entendre à la sortie de la projection de JCVD, un film dans lequel la star de films d'action de série B joue de son image en plongeant sa propre personne dans une véritable quête introspective. Involontairement impliquée dans le braquage d'une petite banque située dans sa ville d'origine, la célèbre vedette est en effet amenée à confronter sa propre vie à celle qu'elle mène au cinéma.

Le réalisateur Mabrouk El Mechri, dont Van Damme était l'idole d'enfance, était ravi de l'accueil qu'a obtenu JCVD auprès du public anglo-saxon. «Cela me conforte d'autant plus que le film n'a pas obtenu de succès en France, malgré les très bonnes critiques. La perception du public francophone est complètement différente de celle du public international, car Jean-Claude a fait quelques apparitions malheureuses sur des plateaux de la télé française, et celles-ci sont restées bien accrochées dans les mémoires. De sorte que les gens, j'imagine, n'ont pas voulu aller au-delà de l'image qu'ils se sont déjà faite de Jean-Claude. Ici, lors de la projection de minuit, je n'ai pas du tout senti que les spectateurs avaient des idées préconçues. Les échanges avec le public après la projection ont aussi été formidables.»

Van Damme n'a malheureusement pas pu faire le voyage à Toronto, mais le jeune cinéaste affirme qu'une réhabilitation de l'acteur est en cours. «Pour lui, il y a un «avant» et un «après» JCVD, dit-il. Ça, c'est clair.»

En principe, JCVD devrait prendre l'affiche chez nous l'automne ou l'hiver prochain.