Publié le 14 févr. 2009
Marc-André Lussier LA PRESSE

Il y avait presque une fête de famille hier à la Berlinale. L'événement du jour, outre la présentation du nouveau film d'Adrzej Wajda en compétition (voir Berlinotes), était sans contredit le dévoilement de Deutschland 09 - un collage de 13 courts métrages sur l'état de la nation, inscrit hors compétition.

Dans ce film collectif, 13 cinéastes allemands proposent chacun leur vision personnelle du pays dans lequel ils vivent. Seule contrainte: une durée maximum de 12 minutes.

Ce projet est né d'une discussion spontanée qu'a eue, à l'automne 2007, le cinéaste Tom Tykwer (The International) avec des collègues (producteurs et réalisateurs) autour d'un café. Le sujet? Le 30e anniversaire de la sortie de L'Allemagne en automne, un long métrage collectif auquel participaient notamment Rainer Werner Fassbinder et Volker Schlöndorff, lequel a beaucoup marqué les cinéphiles allemands d'alors, tout autant que les cinéastes des générations subséquentes.

Élaboré dans un contexte complètement différent de celui d'aujourd'hui (le mur ne devait tomber que 12 ans plus tard), L'Allemagne en automne avait à l'époque su cristalliser l'état d'esprit qui régnait dans un pays marqué par plusieurs fractures idéologiques.

«Au cours de cette conversation très passionnée, nous constations que personne ne s'était encore penché sur l'idée de concevoir un film qui parlerait directement de l'Allemagne d'aujourd'hui, rappelle Tykwer, coordonnateur du projet. Dès que le projet fut mis en marche, plusieurs cinéastes ont répondu avec enthousiasme à la proposition. Certains ont dû nous quitter en cours de route parce qu'ils étaient trop pris par leurs projets respectifs; d'autres ont en revanche dû être écartés, car il fallait bien limiter le nombre de participants. Treize signatures, c'est déjà beaucoup! Cela dit, l'idée n'était pas de faire un catalogue, ni quelque chose de forcément représentatif.»

En résulte un film inégal, dans lequel la plupart des cinéastes, parmi lesquels Wolfgang Becker, Hans Weingartner, Christoph Hochhaüsler, Tykwer et bien d'autres, empruntent une approche plus impressionniste. Seul Fatih Akin, à qui l'on doit notamment De l'autre côté, y est allé d'une vision plus frontale en filmant une interview de Murat Kurnaz, un ancien prisonnier de Guantánamo.

«Ce projet me donnait l'occasion de ramener un sujet dont j'aimerais qu'on discute davantage, a déclaré Akin lors de la conférence de presse. Je ne veux pas qu'on oublie ce scandale!»

Dani Levy, dont le film fut très applaudi, y va par ailleurs d'un segment très drôle dans lequel il se met lui-même en scène. Déprimé par les réponses qu'il obtient en réalisant un vox-pop dont la question est «Qu'est-ce que l'Allemagne en une phrase?», le cinéaste consulte un psychiatre. En ingérant la prescription prescrite par le médecin, Levy se met tout à coup à voir son pays d'adoption - et ses compatriotes - sous un nouveau jour.

«Ce fut un élan impulsif, qui est sorti comme un cri! a expliqué le cinéaste d'origine suisse. Je voulais me situer en tant que Juif dans cette société et je tenais à le faire d'une façon amusante.»

Truffé de références, Deutschland 09 constitue une réflexion issue de l'intérieur. À cet égard, il sera intéressant de le comparer avec un autre projet collectif qui, en principe, devrait se concrétiser à l'automne. Sur le même modèle que Paris, je t'aime, des cinéastes venus de tous les coins du globe viendront tourner un court métrage à Berlin. Si jamais ce film collectif était prêt à temps, on espère bien entendu en faire l'un des événements de la prochaine Berlinale. Qui célébrera son 60e anniversaire l'an prochain.

Les frais d'hébergement pour ce reportage sont payés par le Festival de Berlin.