Publié le 26 févr. 2009
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Qu'ont en commun Wim Wenders, Gael Garcia Bernal, Gaspar Noé, Mira Nair, Jane Campion, Gus Van Sant, Jan Kounen et le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissoko? Réponse: tous participent au film 8, qui sera présenté en ouverture du 4e Festival de films sur les droits de la personne (FFDPM), le jeudi 12 mars à l'Auditorium Alumni de l'Université Concordia.

8 est un film collectif. Ou plutôt, une collection de huit films inspirés par les «huit objectifs du Millénaire pour le développement», fixés en l'an 2000 par 191 gouvernements. Ces objectifs visaient à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015. Mais si l'on en juge par les courts métrages réalisés, on est encore loin des résultats escomptés.

Cet implacable bilan, dressé par des pointures du cinéma, n'est que la pointe d'un festival hélas nécessaire. Le reste de la programmation, tout aussi implacable, viendra nous rappeler qu'ailleurs, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants vivent dans des conditions inacceptables selon les critères de la Charte des droits et libertés.

En tout, 72 films venus de 22 pays seront projetés du 12 au 22 mars prochain, au Cinéma du Parc, au Cinéma ONF et au Coeur des sciences de l'UQAM. Du lot, on compte neuf fictions, sept films d'animation et 56 documentaires.

Et il sera question de quoi? De tout ce qui brime, réprime, opprime et assassine. Des petits Boliviens qui travaillent dans des mines (Child Miners), de l'enfer de Bagdad (Baghdad Shorts Collection, Agonie d'une nation), du conflit israélo-palestinien (Faces, To See if I'm Smiling), de résistance tibétaine (Fire Under the Snow, Quand le train traverse la nature, le bonheur défile), d'immigration illégale aux États-Unis (Made in L.A.), de répression en Birmanie, aux Philippines (Révolution par l'image, Waging War on the People), de censure (Journalists, Témoin indésirable) ou de torture (Tembûr, Special Circumstances).

Attention: malgré ses airs pessimistes, le FFDPM est aussi capable d'espoir. D'autres films, plus heureux, viennent rendre compte des progrès accomplis. Faces réconcilie, par la grimace, des Israéliens et des Palestiniens. Jaffawyie raconte l'histoire du groupe hip-hop System Ali, composé d'Arabes, de Juifs et de Russes. Pray the Devil Back to Hell relate l'émergence d'un mouvement féminin pour la paix au Liberia, alors que Kassim The Dream retrace l'itinéraire de l'Ougandais Kassim Ouma, ancien enfant-soldat devenu boxeur professionnel.

«On a l'impression que ces injustices sont quelque chose d'abstrait, jusqu'à ce qu'on rentre dans la peau des gens qui les subissent, soulignait assez justement hier Laure Waridel, marraine de l'événement, lors de la conférence de presse. Contrairement aux médias, qui s'adressent généralement à notre tête, ce festival permet aussi de toucher le coeur de gens.»

La plupart des projections seront suivies de débats. Une vingtaine de cinéastes viendront à Montréal pour raconter la genèse et le tournage de leurs films, certains réalisés dans des conditions difficiles. Une exposition de 32 photoreportages sur les droits humains (Anthropographia) sera par ailleurs présentée parallèlement au FFDPM, au Cinéma du Parc et au Coeur des sciences de l'UQAM.

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Festival de films sur les droits de la personne, du 12 au 22 mars. Infos: www.ffdpm.com