Publié le 24 avr. 2009
Louis-Bernard Robitaille LA PRESSE

Los abrazos rotos, de Pedro Almodóvar, Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, Looking For Eric, de Ken Loach, Bright Star, de Jane Campion, et Antichrist, de Lars von Trier, voilà quelques-uns des 20 films qui se batailleront la Palme d'or au 62e Festival de Cannes, qui aura lieu du 13 au 24 mai cette année. Un cru à faire rêver les cinéphiles. La Presse a assisté à l'éclatante annonce de la sélection, hier à Paris.

Hier en fin de matinée, dans un somptueux salon du Grand Hôtel, derrière la place de l'Opéra, le monde du cinéma a eu droit à sa grand-messe annuelle: l'annonce de la sélection officielle du festival de Cannes.

Ce qui reste de loin le festival de cinéma le plus important au monde - par la qualité de la sélection et le volume des affaires qui s'y brassent - ne peut pas se contenter d'une annonce à la sauvette dans un décor banal. Même pour un office qui n'a pas dépassé les 40 minutes, on n'a pas dérogé au rituel.

Les journalistes habitués de Cannes avaient reçu par courriel une invitation personnelle, à laquelle il fallait impérativement répondre pour figurer sur la liste. Quinze minutes avant l'heure dite, il y avait déjà embouteillage à l'entrée du salon. Une demi-douzaine de responsables du service de presse vérifiaient l'identité de chaque arrivant. Et sa présence sur la liste.

Peu après 11 h, quelque 400 journalistes, photographes et cameramen avaient pris place sur les petites chaises à dorure et à velours rouge, aussi étroites et inconfortables que celles qu'on utilise à l'Élysée pour les conférences de presse présidentielles.

Tout cela pour entendre égrener la liste des 52 longs métrages de la sélection officielle: 20 films en compétition, 19 autres dans la section Un certain regard, réservée aux cinéastes plus jeunes, et 13 hors compétition (séances spéciales, d'ouverture et de clôture, séances de minuit).

Une lecture faite par Thierry Frémaux, responsable de la sélection officielle depuis de longues années. «Il y a eu un effondrement du volume des longs métrages candidats à la sélection, a-t-il plaisanté. Nous n'avons reçu que 1670 longs métrages, contre 1792 en 2008.» Plus sérieusement, il a eu un mot pour «la cinquantaine de longs métrages que nous avons aimés, mais que finalement nous avons refusés. Je sais que pour les réalisateurs concernés, c'est une grosse déception. Mais notre souci à Cannes a toujours été de rester dans des dimensions physiques et humaines raisonnables, de manière à ce que les films soient vraiment vus».

Une énumération qui, pour plusieurs, ressemblait à un verdict. Pour la mise au point définitive de la sélection officielle, il peut y avoir des changements et des arbitrages de dernière minute. Exemple: L'âge des ténèbres en 2007, choisi in extremis pour la séance de clôture, à la stupéfaction de tous. Tant que le grand manitou Thierry Frémaux n'a pas prononcé les paroles fatidiques, on peut continuer à espérer un miracle.

Contrairement à ce qui se passait dans les années précédentes, Thierry Frémaux et Gilles Jacob n'ont pas eu à s'expliquer sur l'absence de telle ou telle cinématographie nationale. Les 52 longs métrages sélectionnés proviennent de 32 pays différents. Ni du Canada ni du Québec comme tels, on le sait. Le Mexique non plus, comme a souligné une journaliste mexicaine: «Oui, mais il y a le Brésil et la Colombie», a tranché Frémaux. Avant d'ajouter: «Quelle est aujourd'hui la nationalité d'un film? Gaspar Noé, qui est Français, a tourné Enter the Void en Corée et en langue anglaise, et son financement vient de différents pays.» Parmi ceux-là, le nôtre. À peu près le quart du film, coproduit par Bleu Blanc Rouge, a d'ailleurs été tourné au Québec et compte deux acteurs québécois à son générique: Simon Chamberlan et Janice Sicotte-Béliveau.

La sélection de cette 62e présentation a-t-elle été marquée par la crise actuelle? «Je peux vous rassurer, a répondu Gilles Jacob, que Cannes sera plein comme par les années passées. Il y a tout au plus une très légère baisse au marché du film: quelques professionnels en moins et des séjours écourtés d'un jour ou deux. En fait, la crise qui a eu des effets est celle qui résulte de la grève des scénaristes à Hollywood. Certains films ont été retardés, ou ne sont pas terminés.»

Pour le reste, les salles seront pleines à ras bords et la fête battra son plein.

 

Le jury de Cannes

Voici la composition du jury du 62e Festival de Cannes, qui se déroulera du 13 au 24 mai:

Présidente: Isabelle Huppert (actrice, France)
Asia Argento (actrice, réalisatrice, scénariste, Italie)
Nuri Bilge Ceylan (réalisateur, scénariste, acteur, Turquie)
Lee Chang-dong (réalisateur, écrivain, scénariste, Corée du Sud)
James Gray (réalisateur, scénariste, États-Unis)
Hanif Kureishi (écrivain, scénariste, Royaume Uni)
Shu Qi (actrice, Taiwan)
Robin Wright Penn (actrice, États-Unis)

 

La compétition officielle

Los abrazos rotos, de Pedro Almodóvar
Fish Tank, d'Andrea Arnold
Un prophète, de Jacques Audiard
Vincere, de Marco Bellocchio
Bright Star, de Jane Campion
Map of the Sounds of Tokyo, d'Isabel Coixet
À l'origine, de Xavier Giannoli
Das weisse band, de Michael Haneke
Taking Woodstock, d'Ang Lee
Looking for Eric, de Ken Loach
Nuits d'ivresse printanière, de Lou Ye
Kinatay, de Brillante Mendoza
Enter the Void, de Gaspar Noé
Bak-jwi, de Park Chan-wook
Les herbes folles, d'Alain Resnais
The Time that Remains, d'Elia Suleiman
Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino
Vengeance, de Johnnie To
Visage, de Tsai Ming-liang
Antichrist, de Lars von Trier