Normand Provencher LE SOLEIL

Gagnant de la Palme d'or en 2006 pour The Wind That Shakes the Barley (Le vent se lève) et abonné de la Croisette, l'Anglais Ken Loach a fait souffler hier un vent de légèreté sur une compétition qui en avait bien besoin, au lendemain du cauchemar catho-sadico-naturaliste de Lars Von Trier.

Looking for Eric se veut une métaphore sur la vie et le foot. Un postier paumé (Steve Evets), empêtré dans une vie qui ne va nulle part, voit débarquer dans son imagination le joueur de foot Éric Cantona, qui lui prodiguera quelques judicieux conseils sur la façon de se reprendre en main.

D'abord pour renouer avec la femme qu'il a abandonnée il y a 30 ans, avec un bébé sur les bras; ensuite, pour sortir son beau-fils d'un guêpier pas possible avec un petit renégat du coin.

Rigolo et attendrissant que ce feel good movie où l'ex-star du Manchester United passe son temps à parler en proverbes et en paraboles, autant de clins d'oeil à sa célèbre répartie prononcée un jour en conférence de presse («Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer...»).

 

Le film aura peut-être plus de résonances auprès du public européen, mais sur le fond, tout le monde y trouve son compte avec ses qualités de coeur, d'amour et de solidarité.

Dans la boîte à poux de Von Trier

Petit retour sur le film controverse du Festival jusqu'à maintenant, Antichrist, de Lars Von Trier, qui a profondément divisé les festivaliers. Il fallait entendre les applaudissements et les sifflets à l'issue de la projection, dimanche soir.

En conférence de presse, hier, Von Trier ne s'est pas répandu en explications sur son film, laissant le soin à chacun de se faire une tête. Chose certaine, le monsieur ne manque pas d'estime de soi, se qualifiant de plus grand réalisateur au monde, excusez du peu...

Antichrist a été écrit par Von Trier six mois après une profonde dépression. Déjà qu'il n'est pas toujours évident à suivre lorsqu'il se sent bien...

Le prologue d'anthologie, filmé au ralenti dans un magnifique noir et blanc, ainsi que la première partie donnaient l'impression qu'on s'en sortirait sans trop de mal. C'était avant que Von Trier décide d'ouvrir les vannes.

Ouf! et re-ouf!

Cette histoire de couple endeuillé (Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe) parti guérir ses plaies au fin fond de la forêt se métamorphose alors en un cauchemar aux scènes répugnantes, choquantes, souvent grotesques.

Dafoe se fait donner un coup de bûche dans les parties intimes par Gainsbourg, servir une branlette où il éjacule du... sang, avant de se faire transpercer la jambe avec un vilebrequin et visser une... meule. Sympathique.

Dafoe se traînera de peine et de misère dans un trou où il affrontera une... corneille ressuscitée, grande amie d'un renard parlant (aux tripes à l'air), qui lui lancera à la figure : «Le chaos règne!» Tu l'as dit, mon renard, tu l'as dit.

Pauvre Dafoe, il l'avait eu plus facile au Viêtnam dans Platoon...

Le monde, hommes et femmes, est sorti de la salle quasiment les deux mains pour se protéger l'entrejambe (Gainsbourg se fait aussi des trucs pas croyables dans ce coin-là avec une paire de ciseaux).

Attendez-vous à ce que le film reçoive le visa adultes lors de sa sortie québécoise. Pour notre part, pas trop certain qu'on a le goût de le revoir.