Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Le 28 mars prochain, les projecteurs des prix Jutra seront braqués sur René Malo, le lauréat du prix Hommage 2010. Ce producteur, exportateur et distributeur québécois estime qu'en lui décernant ce prestigieux prix, l'Académie des Jutra «frappe trois oiseaux avec la même pierre».

«Ça me fait plaisir que les Jutra reconnaissent le travail de ces métiers. Parce qu'en 16 ans d'existence, un seul producteur [Rock Demers] a été honoré», note celui qui a vu le jour à Joliette en 1942 et est né artistiquement à l'Expo 67, où il a produit plus de 2600 heures de spectacles au pavillon de la Jeunesse.

Les hommages étant des occasions de faire des bilans, René Malo affirme que ses 25 années consacrées au septième art ont été marquées par son militantisme à l'endroit du cinéma québécois.

«J'ai toujours fait énormément de lobbying auprès des politiciens et propriétaires de salles pour les convaincre qu'il était essentiel que les films québécois soient vus, que c'était la seule façon de faire aimer notre cinéma. Et j'ai travaillé très fort pour amener Téléfilm Canada à se doter d'un fonds de distribution et de production avec un système de crédit d'impôt. C'est extraordinaire qu'aujourd'hui, dans un petit État comme le Québec, de 10 % à 15 % des recettes engrangées proviennent des films québécois.»

Après avoir créé Malofilm Distribution en 1973, René Malo a produit 25 longs métrages, dont Le déclin de l'empire américain de Denys Arcand, Sonatine de Micheline Lanctôt et Les portes tournantes de Francis Mankiewicz. Propriétaire associé dans plusieurs salles de cinéma, il a aussi dirigé de 1989 à 1997 une maison de production de ventes internationales aux États-Unis. En 2006, l'Université du Québec à Montréal a créé la Chaire René-Malo en cinéma et en stratégies de production culturelle.

Plus «exportables»

Confiant dans le talent et la créativité des cinéastes québécois, René Malo pense qu'il y a encore beaucoup à déployer, cependant, pour rendre nos films plus «exportables».

«Dans certaines circonstances, dit-il, je trouve que l'emploi d'une langue jouale n'est pas justifié. En rencontrant des jeunes étudiants en cinéma récemment, j'ai constaté qu'ils n'étaient pas conscients que si l'on veut vendre quelque chose à quelqu'un, il faut qu'il comprenne ce qu'on lui dit. Je pense que ce qui nous manque le plus, ce sont de bons scénaristes et une bonne école de scénarisation.»

Il évoque un long métrage comme C.R.A.Z.Y., ainsi que tous les films de Denys Arcand, comme des exemples parfaits de films québécois exportables partout. Consacrant désormais le plus clair de son temps à ses activités de mécénat, René Malo travaille ces jours-ci à la production d'un film sur Craig Kielburger, un jeune Ontarien qui, à l'âge de seulement 12 ans, a choisi de consacrer sa vie aux enfants-esclaves.

«Je veux faire des films qui me tiennent à coeur», conclut René Malo.