Publié le 27 févr. 2010
Anabelle Nicoud LA PRESSE

C'est un film discret qui finit par arriver sur les écrans québécois grâce aux Oscars : avec deux nominations dont une pour le meilleur scénario original. The Messenger, d'Oren Moverman, explore les dommages collatéraux de la guerre: le retour difficile des soldats à la vie civile.

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Will Montgomery (Ben Foster) est de retour à la vie civile après un séjour en Irak. Il fait équipe avec Tony (Woody Harrelson) pour sa nouvelle mission: annoncer aux familles la mort des soldats. Une mission hautement humaine mais pour laquelle ces officiers doivent garder leurs distances.

«C'est vraiment une façon personnelle de considérer la guerre et ses conséquences sur le plan humain», explique le réalisateur Oren Moverman, interrogé il y a plusieurs semaines. Moverman, qui signe son premier long métrage, a pourtant hésité avant d'accepter de tourner The Messenger.

«On m'a d'abord proposé le scénario d'Alessandro Camon, mais je ne voulais pas le prendre et en faire quelque chose de très différent. J'en ai parlé avec lui et il m'a donné sa bénédiction», dit Oren Moverman, qui a coscénarisé I'm Not There de Todd Haynes.

Ensemble, ils font des recherches sur le retour des soldats à la vie civile. «Mais c'est vraiment avec l'aide de l'armée qu'on a pu construire nos personnages», précise le réalisateur. Une grande partie du film se déroule lors de ces fameuses «notifications» aux familles des soldats morts: des aspects de la guerre qui ne sont, évidemment, jamais filmés.

«Vous savez qu'il n'existe aucune image pour ces choses, mais, petit à petit, on a pu réunir les pièces d'un puzzle: on s'est inspiré de la façon de faire de l'armée, on a recueilli des témoignages et on a commencé à imaginer différentes situations pour les réactions des gens», dit Oren Moverman.

La guerre à l'écran

Par sa démarche, le film se rapproche du documentaire. Oren Moverman s'est inspiré de sa propre expérience pour diriger les comédiens. Né en Israël, le réalisateur a fait son service militaire pendant deux ans. «Vous savez, beaucoup de gens ont le sentiment, en rentrant, que c'est comme revenir d'une autre planète. Et je comprends ce que c'est que de revenir d'une zone de guerre», poursuit-il.

Après le récent succès au box-office de la bluette Dear John et le succès critique de The Hurt Locker de Kathryn Bigelow, The Messenger confirme un intérêt du public américain pour les guerres en Afghanistan et en Irak. C'était également le cas lors du dernier festival du film de Sundance.

«De façon générale, ici, on a tendance à penser que la guerre est finie: c'est l'effet Obama. On n'y prête tout simplement pas attention. C'est peut-être aussi pour ça que The Hurt Locker, un film très puissant, est le film que l'on veut voir. C'est un film qui se passe en Irak, qui parle de la guerre, et c'est presque la conséquence de cette absence de la guerre ailleurs», estime Oren Moverman.

Le réalisateur ne devrait toutefois pas se cantonner à l'approche réaliste et dramatique qui est celle de The Messenger. «J'ai d'autres projets», confie-t-il. D'après la presse américaine, l'un d'entre eux serait un biopic sur le leader de Nirvana, Kurt Cobain : très loin, en effet, des traumatismes de la guerre en Irak.