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Jules Falardeau : l'indépendance dans le ring comme dans la rue

Le jeune cinéaste Jules Falardeau.... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Le jeune cinéaste Jules Falardeau.

Photo Martin Chamberland, La Presse

Comme son père Pierre, Jules Falardeau veut faire du cinéma, se définit comme militant et s'intéresse à la boxe. On ne s'étonnera pas alors d'apprendre que son premier moyen métrage documentaire porte sur Reggie Chartrand, un boxeur qui a été de toutes les luttes pour la souveraineté du Québec. 

Ce qui nous frappe dans le documentaire de Jules Falardeau sur Reggie Chartrand, ce sont les yeux du boxeur. Des yeux fougueux, surchargés de hargne et d'émotion. Des yeux d'une personne qui refuse d'abandonner et qui rappellent ceux de Maurice Richard.

Ironiquement, quelques jours plus tard, lorsque La Presse rencontre le jeune cinéaste de 25 ans, Jules Falardeau évoque l'ancien numéro 9 du Canadien de Montréal en traçant un parallèle entre l'émeute du Forum et le «Lundi de la matraque» du 24 juin 1968.

Ce jour-là, à l'occasion du défilé de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal, Pierre Elliott Trudeau refuse de quitter la tribune d'honneur en dépit des projectiles lancés dans sa direction. Des policiers dispersent sauvagement les opposants.

«Pierre Elliott Trudeau est venu nous narguer, estime Jules Falardeau. Cette émeute-là me fait penser, dans un autre contexte, à celle du Forum. Que Clarence Campbell suspende Maurice Richard pour toutes les séries, c'est une chose. Mais qu'il vienne ensuite au Forum pour narguer les gens... ça n'a pas passé. Avec Trudeau, c'était un peu la même chose. Il est venu assister à la parade alors que la veille, il avait dit que le Canada ne comptait qu'une seule nation.»

Avec la visite du général de Gaulle en 1967, cet épisode est sans doute celui qui a le plus résisté à l'usure du temps dans le documentaire de 45 minutes que Falardeau consacre à l'ancien boxeur. Plusieurs autres parties du film ont le grand mérite de faire remonter à la surface des jalons oubliés ou méconnus des plus jeunes de l'histoire du mouvement indépendantiste au Québec: une manifestation au square Dominion, la création des Chevaliers de l'indépendance, la mouvementée visite d'Élisabeth II en 1964.

En laissant toute la narration à Reggie Chartrand, Jules Falardeau présente un montage chronologique des événements, accompagnés de photographies de coupures de presse jaunies (tirées des archives du boxeur) et de bouts de films glanés sur le web. Le tout donne un ensemble qui nous semble linéaire et télégraphique. Le cinéaste en est conscient et défend son choix.

«J'aurais pu faire un documentaire conventionnel où j'aurais demandé à des gens qui ont connu Reggie (de témoigner à la caméra). Mais je me suis dit qu'il a tellement vu sa pensée être trahie que c'est lui qui devait parler et nous raconter sa vie. L'ensemble me fait beaucoup penser à un grand-père qui te raconte des histoires. On en apprend énormément à les écouter parler.»

Quant au montage, Falardeau estime qu'il s'appuie sur le style préconisé par certains documentaristes militants sud-américains qu'il admire et desquels il se réclame.

Un personnage important

C'est en allant assister à des combats de boxe avec Pierre Falardeau à la fin des années 90 que Jules, alors préadolescent, a connu Reggie Chartrand. «Mon père me disait que c'était un grand homme, qu'il avait fait beaucoup pour le Québec.»

Quelques années plus tard, il tombe sur l'ouvrage de Chartrand intitulé La dernière bataille et découvre tout son côté militant. «J'ai réalisé qu'il n'était pas juste un ancien boxeur, mais aussi une sorte d'intellectuel. Il ne s'exprime peut-être pas comme on s'attend d'un intellectuel, mais il a une tête sur les épaules. C'est quelqu'un qui a un discours intéressant, même si je ne partage pas toutes ses idées.»

Une bonne partie du film, dont les entrevues, a été tournée il y a cinq ans. Chartrand était cependant réticent à revenir sur la scène publique et le projet est demeuré inachevé. Après la mort du cinéaste, le 25 septembre 2009, Jules Falardeau a fait parler de lui en critiquant les journalistes qui ont mis en doute la contribution de son père à la cause souverainiste et à l'immobilité des tenants de la souveraineté. Reggie Chartrand l'a alors appelé et tout a déboulé.

Le jeune homme, qui étudie le cinéma à l'université, croit qu'il est important de garder en mémoire la contribution de tels individus. «Il faut que les Québécois commencent par connaître au moins les moments de leur histoire, estime-t-il. Certains font des trucs sur la conquête, les Patriotes, la crise d'Octobre. C'est très bien. Mais je constate que personne n'avait fait quelque chose sur Reggie et selon moi, c'était très important.»

Reggie Chartrand - patriote québécois sera présenté aujourd'hui à 13h au Cinéma du Parc et en séance payante le 24 juin à 19h au même endroit. Il sera mis en ligne, entre autres sur YouTube, autour du 18 juin.




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